‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 3 sur 138 · I. Guillaume le Roux n. Berthe · texte numérisé non relu

I. Guillaume le Roux n. Berthe

la chasse, dans la forêt Neuve, il fut tout à coup frappé d'une flèche et mourut'. On comprit que cet homme était tombé victime de la vengeance divine, car il s'était toujours montré cruel oppresseur des pauvres, insatiable sangsue des églises, impudent détenteur et dissipateur de leurs biens, lorsque des évêques ou des prélats venaient à mourir.

Certaines gens accusaient le très noble homme Gautier Tyrrel d'avoir percé Guillaume de sa flèche ; mais nous l'avons entendu souvent, et à une époque où il n'avait rien à craindre ou à espérer, affirmer sous serment, par ce qu'il y a de plus saint, que, le jour de la mort du roi, lui, Tyrrel, ne se trouvait pas dans la partie de la forêt où chassait ce prince, et que même jamais il ne l'avait vu dans cette forêt. Il est donc évident que la carrière insensée d'un si grand personnage ne fut si subitement arrêtée que par la puissance divine, afin que celui qui tourmentait inutilement les autres, éprouvât à son tour des tourments infiniment plus cruels, et que celui qui convoitait toutes choses, fût honteusement dépouillé de tout, car les royaumes et leurs gouvernements sont soumis à Dieu, qui brise le glaive des rois. Robert, l'aîné des frères de ce Guillaume, étant toujours retenu par la grande et illustre entreprise en faveur du Saint Sépulcre, son frère cadet, Henri, succéda sur-le-champ aux Etats du roi Guillaume. C'était un homme doué d'une haute sagesse, qui, par ses connaissances et son étonnante force d'âme et de corps, fournira un beau sujet à l'histoire de son règne. Absorbé par ses affaires intérieures, il ne renouvela pas les entreprises du roi Guillaume en Normandie, et laissa en repos le royaume de France.

Louis donc, jeune héros d'un caractère gai, attirant à soi tous les cœurs, si bon que certaines gens le tenaient pour simple, était à peine parvenu à l'adolescence, qu'il se montrait déjà le défenseur illustre et courageux du royaume paternel, pourvoyait aux besoins des églises, et, soin bien rare, veillait à la tranquillité des laboureurs, des ouvriers et des pauvres. Vers ce temps il arriva que le vénérable Adam, abbé de Saint-Denis, et Bouchard, noble homme, seigneur de Montmorency, se prirent de querelle au sujet de

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