‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 4 sur 138 · I. Le 2 août iioo · texte numérisé non relu

I. Le 2 août iioo

Monnaie de Poissy

certains usages. La discussion, s'échauffant de plus en plus, vint malheureusement à un tel excès d'irritation, que, l'esprit de révolte brisant tous les liens de foi et d'hommage, les deux partis eurent recours aux armes, à la guerre et à l'incendie. Le seigneur Louis, en ayant été informé, manifesta une vive indignation et n'eut point de repos qu'il n'eût sommé le susdit Bouchard de comparaître au château de Poissy devant le roi son père, afin de s'en remettre à son jugement ^

Bouchard, condamné, refusa de se soumettre à la sentence prononcée contre lui, et se retira sans qu'on le retînt prisonnier , car la coutume des Français ne l'eût pas permis ; mais il éprouva bien vite les maux dont la majesté royale a droit de punir des sujets désobéissants. En effet, le jeune et beau prince porta sur-le-champ ses armes contre lui et contre ses alliés, Matthieu, comte de Beaumont, et Drogon, seigneur de Mouchyle-Châtel, hommes ardents et belliqueux qu'il avait attirés à son parti. Dévastant les terres de ce même Bouchard, renversant de fond en comble les fermes et les petits forts, à l'exception du château, Louis désola le pays par la famine, le fer et le feu; de plus, comme les ennemis s'efforçaient de se défendre dans le château, il en forma le siège avec les Français et les Flamands de son oncle Robert.

Bouchard, toujours audacieux, bien qu'il portât les armes contre le roi, refusa un matin de recevoir son glaive des mains de celui qui le lui offrait, et dit impudemment à la comtesse sa femme : «Noble comtesse, donnez joyeusement la brillante épée au noble comte votre époux, car celui qui la reçoit aujourd'hui comme comte vous la rapportera comme roi. » Mais il arriva, au contraire, que, par la volonté souveraine de Dieu, cet homme ne tarda pas à n'être plus rien de ce qu'il était ou de ce qu'il désirait être, car il fut bientôt tué d'un coup de lance par le comte Etienne, qui combattait pour la cause du roi. A cette heure, Bouchard humilié fut contraint au

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