‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 32 sur 138 · I. Henri le Court-Mantel, qui ne régna que quelques jours · texte numérisé non relu

I. Henri le Court-Mantel, qui ne régna que quelques jours

devant la cour du roi. Mais Philippe ne fut pas dupe des détours et des finesses du roi d'Angleterre, et, voyant bien que les délais qu'il prétextait toujours pourraient porter préjudice aux intérêts de sa maison, il résolut d'entrer sur les terres de ce prince à main armée.

Philippe avait alors vingt-deux ans; il régnait depuis sept années. L'an 1187 de l'Incarnation du Seigneur, il leva une armée nombreuse dans le Berri et entra vivement dans l'Aquitaine, qu'il ravagea; il y prit les châteaux d'Issoudun, de Graçai et dévasta beaucoup d'autres forts et territoires environnants jusqu'à Châteauroux. A cette nouvelle, Henri, roi d'Angleterre, et son fils Richard, comte de Poitiers, levèrent aussi une grande armée et ne craignirent pas de la mener à Châteauroux contre le roi de France, leur seigneur. Leur intention était de forcer le roi Philippe et son armée à lever le siège de cette place. Mais, voyant la constance et le courage des Français , ils se contentèrent d'aller camper auprès d'eux. L'indignation s'empara de Philippe et de tous ses guerriers, et il fit ranger son armée en bataille. Les ennemis, redoutant la valeur éprouvée du roi Philippe et l'ardeur naturelle aux Français, députèrent au camp des hommes honnêtes et religieux accompagnés des légats de l'Eglise romaine, que le souverain pontife avait envoyés en France vers le roi Philippe pour travailler à rétablir la paix. Les députés promirent, au nom du roi d'Angleterre et de Richard son fils, en donnant auparavant caution, qu'ils s'en rapporteraient entièrement pour toute leur querelle au jugement de la cour du roi de France et qu'ils étaient prêts à donner toute satisfaction. La trêve étant conclue, chacun rentra dans ses domaines.

Cependant des messagers passaient les mers pour se rendre à la cour de Philippe. Ils venaient lui annoncer, avec des gémissements et des soupirs, qu'en punition des péchés de la chrétienté Saladin, roi d'Egypte et de Syrie, avait fait une invasion sur les terres des chrétiens situées au delà des mers; qu'il en avait massacré sans pitié des milliers ; qu'un grand nombre des frères du Temple et de l'Hôpital, avec les évêques et les barons du pays, étaient tombés sous le fer de ce cruel ; qu'il avait pris la sainte Croix et le roi de Jérusalem, et que, poursuivant le cours de ses

lyô HISTOIRE DE FRANCE.

iniquités, il avait en peu de jours subjugué la sainte cité de Jérusalem et toute la Terre Sainte : Tyr, Tripoli, Antioche et quelques autres châteaux forts avaient seuls résisté à ses efforts.

C'était ainsi que les païens se réjouissaient de leurs succès maudits \ Saladin s'avança avec son armée vers Tibériade (2 juillet 1187). Il marcha jusqu'à ce qu'il eût dépassé la ville et s'avança tout près des Francs. Comme personne d'entre eux ne se présentait, car ils n'abandonnèrent pas leurs tentes, le sultan campa et ordonna à l'armée d'en faire autant. Quand la nuit fut venue, il posta en face des Francs un corps chargé de les observer, descendit avec un petit détachement vers Tibériade, l'assaillit, pratiqua une brèche à l'une des tours et prit la ville de vive force dans la nuit même. Ceux qui s'y trouvaient se réfugièrent dans la citadelle et s'y défendirent. C'est là qu'étaient retirés la souveraine de Tibériade et ses enfants. Saladin pilla la ville et la livra aux flammes.

Quand les Francs apprirent que Saladin avait attaqué Tibériade, s'en était emparé avec ce qui s'y trouvait et l'avait brûlée, ils se réunirent pour tenir conseil." Un d'entre eux fut d'avis de se porter au-devant des musulmans, de les combattre et de les repousser de Tibériade. Mais le comte Raymond" dit : « Tibériade appartient à moi et à ma femme. Saladin vient de traiter la ville comme vous savez; reste la citadelle, où se trouve ma femme. Je consens qu'il prenne l'une et l'autre et ce qui nous appartient, pourvu qu'il s'éloigne. Par Dieu! j'ai vu les armées musulmanes jadis et tout récemment; je n'en ai jamais vu une semblable à celle qui accompagne Saladin par le nombre et par la force. Quand il aura pris Tibériade , il ne lui sera pas possible d'y rester; dès qu'il l'aura quittée et s'en sera éloigné, nous la reprendrons. S'il séjourne, il ne le pourra faire qu'avec toutes ses troupes. Celles-ci ne sauront se résigner à rester longtemps loin de leurs demeures et de leurs familles. Elles seront donc obligées d'abandonner Tibériade, et nous délivrerons ceux des nôtres qui auront été faits prisonniers. »

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