I. Dreux de Mellot
des périls. Ainsi jadis Jonathan, à Tinsu de son père et suivi de son écuyer, grimpa au sommet d'une montagne escarpée, et, ayant massacré de sa main vingt Philistins, seul il força des milliers d'hommes à prendre la fuite devant lui.
Aussitôt qu'il vit près de lui Guillaume brandissant sa lance, le comte d'Hirondelle*, plus rapide que l'oiseau qui lui donne son surnom et dont il porte l'image sur son bouclier, s'élance du milieu des rangs et porte un coup vigoureux de sa lance à la pointe affilée sur le bouclier resplendissant que Guillaume portait de son bras gauche. Volant avec une égale légèreté, le comte de Chichester, brandissant sa lance, veut essayer au même instant de renverser Guillaume. Mais, comme le souffle impétueux de Borée ne peut renverser le mont Rhodope et que les torrents débordés n'ébranlent pas le mont Hémus, de même le chevalier des Barres ne tombe point sous les doubles coups qui lui sont portés. Au contraire, dès le premier effort sa lance remporte un succès ; il enveloppe dans une même chute le comte et son coursier; puis, dans sa fureur, il frappe l'autre chevalier du revers de sa lance et le précipite par terre à la renverse. Brisant les liens qui le retenaient, le cheval, rendu à la liberté, s'enfuit à travers champs pour devenir la proie de quelque ennemi. Le fracas de la chute du chevalier et de son destrier retentit jusqu'à la colline voisine.
Un troisième combattant se présente alors : c'est le héros de Poitiers, fils aîné du roi, qui bientôt deviendra roi lui-même. Guillaume l'a reconnu aussitôt, et il se réjouit d'avoir conservé sa lance bien entière, car cette fois il a rencontré un ennemi digne de lui. Il marche à sa rencontre, et, rassemblant toutes ses forces, il frappe de sa lance le centre du bouclier de Richard; au même moment lui-même est atteint d'un coup terrible : l'une et l'autre lance, traversant les boucliers, vont chercher le corps qu'ils protègent; dans leur audace elles percent et font voler en éclats une triple cuirasse. Ardentes à se porter en avant, à peine sont-elles arrêtées par une cotte de mailles serrées, dont chacun des combattants avait eu la précaution de recouvrir sa poitrine. Là les deux lances se brisent à la fois avec éclat. Les tronçons cependant ne tombent point des mains des combattants, et l'un et l'autre se