‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 37 sur 138 · I. Le comte d'Arundel, Guillaume d'Aubigny · texte numérisé non relu

I. Le comte d'Arundel, Guillaume d'Aubigny

portent à la tête des coups redoublés ; mais enfin les débris de leurs lances se brisent à leur tour, et les deux ennemis s'attaquent plus vivement avec leurs épées, cherchant tour à tour à se donner la mort. La haine remplit leur cœur; elle éclate sur leur visage et dans les efforts désespérés de leur glaive.

Enfin le comte Richard, irrité de ne pouvoir triompher de Guillaume à force ouverte, enfonce son épée jusqu'à la garde dans le flanc du cheval de son ennemi. Celui-ci sent son cheval qui chancelle sur ses genoux tremblants; il s'élance aussitôt à terre, et, ferme sur ses pieds, il frappe le comte d'un coup si vigoureux, qu'il le renverse sur le sable de tout le poids de son corps ; au même instant le cheval de Richard, frappé à son tour, roule pesamment sur son cavalier. Cependant les compagnons du comte accourent et, le trouvant renversé dans la poussière, se hâtent de le relever. Il était couché sur le dos, tout meurtri de la chute de son cheval, accablé du poids énorme de ses armes et du corps qui l'accablait; il se relève cependant avec l'assistance de ses amis empressés. Alors il se dresse sur ses pieds, remonte sur un nouveau cheval et s'élance de nouveau pour attaquer le chevalier des Barres, afin de l'emmener vivant ou de le laisser mort sur la place. Celui-ci, tout couvert de sang, peut à peine se tenir sur ses pieds; son bouclier, tout brisé et percé sur mille points, est couvert de dards frémissants qui le rendent semblable à un hérisson ; cependant, parmi ceux qui l'accablent de leurs flèches, nul n'ose encore s'approcher de lui, et le comte Richard s'écrie : « Nous avons rompu la barrière; réjouissez-vous, guerriers. Barres est enfin en nos mains ; il n'est point de petite barrière qui puisse désormais nous enlever Barres. »

Tandis qu'il se vantait ainsi, le chevalier Hugues le frappe sous l'oreille gauche de sa lance, qu'il brandit d'un bras vigoureux. Le comte se tourne sur la droite; mais la lance se brise, sans faire tomber ni blesser celui qu'elle attaque. Hugues s'écrie alors : « Tu as cru pouvoir triompher de l'invincible seigneur des Barres ; mais nous arrivons encore à temps pour lui porter secours. Abstiens-toi à l'avenir de pareilles bravades, nous ne te les permettrons pas ; ne blasphème plus contre les héroïques enfants de la France et sache qu'on ne peut leur résister. »

Monnaie de Richard Cœur de Lion '.

Il dit, et, faisant tourner son glaive autour de lui, il frappe à la tête Richard, qui, de son côté, le presse avec ardeur et le force enfin à. reculer. D'autres chevaliers se portent à leur tour auprès des combattants; la terre disparaît sous les débris des armes; des Barres a repris haleine et est rentré dans la lice. Cependant l'ennemi prend la fuite, et le roi et ses Français rentrent à Mantes triomphants et lassés, pressés de se livrer au festin et ensuite au repos. Le roi d'Angleterre renonce à attaquer nos frontières avec ses chevaliers, car il se voit privé de son plus vaillant appui ; son

fils Richard, réclamant en vain la fiancée que le roi Henri retient enfermée dans une tour, a rompu les liens qui l'attachaient à son père, et forme avec le roi Philippe une alliance paisible.

Lassé de tant de maux et des guerres où ses fils avaient pris parti contre lui, le roi des Anglais, Henri, avait demandé la paix, et Philippe le Magnanime était entré en traité avec lui, lorsque, pendant l'octave des apôtres saint Pierre et saint Paul, le roi Henri mourut à Chinon. Il avait longtemps réussi dans toutes ses entreprises jusqu'au règne de Philippe, roi des Français-, que le Seigneur lui avait imposé comme un mors, pour dompter sa bouche rebelle, en punition du meurtre de saint Thomas de Cantorbéiy, martyr; car Dieu voulait par une telle vengeance lui ouvrir les yeux de l'esprit et le ramener dans le sein de l'Eglise notre mère. Il fut enseveli à Fontevrault, dans une abbaye de nonnes. Richard, son fils, comte de Poitiers, lui succéda. Dans les premiers jours de son avènement au trône, tout le château de Gisors fut la proie des flammes, et le lendemain, comme il en sortait, le pont de bois se brisa sous ses pieds. Toute sa suite passa librement; Richard seul tomba dans le fossé avec son cheval. Quelques jours après, le roi Richard et le roi Philippe conclurent et terminèrent la paix entamée déjà dans les pourparlers de Philippe et de Henri. Le roi

1. RICARDVS REX ANG. Buste de face, avec couronne et sceptre. Au revers, GEOFRID ONEVE. Croix dans quatre arceaux. — AR.

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