‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 5 sur 138 · En iioi · texte numérisé non relu

En iioi

2. RADHDVLFO Monogramme. Au revers, PINCIVS. Croix. — AR, denier.

repentir; le prince le courba alors sous le joug de sa volonté et de son bon plaisir, et l'obligea à donner pleine satisfaction sur la cause première. Quant à Drogon, seigneur de Mouchy-le-Châtel, Louis le poursuivit en faison de la part qu'il avait prise à cette guerre et d'autres méfaits, en particulier des dommages causés à l'église de Beauvais. Drogon avait quitté son château, mais sans beaucoup s'en éloigner, afin de pouvoir s'y réfugier au besoin. Il s'avançait donc, suivi d'une troupe d'archers et d'arbalétriers, à la rencontre du prince; mais le jeune guerrier, fondant sur lui, l'accabla si promptement par la force de ses armes, qu'il ne lui laissa pas le temps de chercher un abri dans son château, car, se précipitant vers la porte au milieu des gens de Drogon et avec eux, ce vigoureux champion, doué d'une rare habileté à manier l'épée, reçut et porta mille coups, parvint au centre du château, et, ne se laissant pas repousser, ne se retira qu'après l'avoir livré aux flammes; jusqu'aux fortifications extérieures de la tour et les approvisionnements en tous genres furent consumés. Une telle ardeur animait ce héros, qu'il ne songeait pas même à se mettre à l'abri de l'incendie; lui et son armée coururent un grand danger; la voix du prince resta longtemps altérée à la suite de ses fatigues. C'est ainsi qu'il plia sous l'autorité de sa volonté cet homme, comme un malade à l'extrémité, humilié par le bras de la toutepuissance divine.

C'était par ces preuves de valeur et d'autres encore que le seigneur futur de la France s'élevait dans l'opinion ; toutes les fois qu'il s'en offrait quelque occasion, il s'efforçait avec persévérance de pourvoir à l'administration du royaume et de la chose publique, de dompter les rebelles et de soumettre par tous les moyens possibles les châteaux habités par les oppresseurs. Il en arriva ainsi lorsque Guy de Truxel, fils de Milon de Montlhéry, homme remuant et malfaisant, revint de l'expédition du Saint Sépulcre. Il était brisé par la fatigue d'une route longue et pénible et par le chagrin et le remords. Saisi de terreur à l'approche de Corbogath S il s'était sauvé d'Antioche en descendant le long d'un mur et avait déserté l'armée de Dieu assiégée dans cette ville; il se voyait

I Voyez VHiifoirc des croisades, par Gnillaiime de Tyr.

donc honni de tout le monde. Craignant de voir sa fille unique privée de son héritage, il céda aux désirs et aux conseils du roi Philippe et de son fils Louis, qui tous deux convoitaient le château de Montlhéry, et il maria cette fille à Philippe, l'un des fils que le roi avait eus de la comtesse d'Anjou.

Afin de s'attacher sûrement son jeune frère, le prince Louis lui assura, à l'occasion de son mariage, et à la prière du roi son père, le beau château de Mantes. Le château de Montlhéry étant ainsi tombé aux mains du roi et de son fils, les princes s'en réjouirent comme si on leur eût enlevé une paille de l'œil ou qu'on eût brisé des barrières qui les tenaient enfermés.

Nous avons, en effet, entendu le roi Philippe dire à son fils : « Ecoute,

Louis, mon enfant, sois attentif à bien Monnaie de PhUippe I". (Mantes ■ . )

conserver cette tour d'où sont parties

des vexations qui m'ont fait blanchir, ainsi que des ruses et des fraudes criminelles qui ne m'ont jamais permis d'obtenir une bonne paix et un repos assuré. ».

En effet, les maîtres de ce château parleur infidélité entraînaient les fidèles à la même infidélité, et rendaient les infidèles plus infidèles encore; ils savaient au loin comme de près attirer les perfides, et faisaient si bien qu'il ne se commettait rien de mal dans le royaume sans qu'ils y missent la main. D'ailleurs le territoire de Paris était flanqué du côté de la Seine par Corbeil, à moitié chemin de Montlhéry, et à droite par Châteaufort; il en résultait un tel embarras dans les communications entre les habitants de Paris et ceux d'Orléans, qu'à moins de faire route en grand nombre, ceux-ci ne pouvaient aller chez ceux-là, ni ceux-là chez ceux-ci, sans la permission des perfides châtelains. Aussi le mariage dont on a parlé fut-il accueilli partout avec faveur, car il faisait tomber les barrières et rendait la circulation facile entre les deux villes. Vers la même époque, Guy, comte de Rochefort, homme habile et guerrier expérimenté, oncle paternel de Guy de Truxel, était revenu de Jérusalem, couvert de gloire et chargé de richesses ;

I. SILIPVS REX. Deux croisettes et deux annelcts, restes du monogramme de Eudes. Au revers, MEDANTEVM CA. Croix. — AR. denier.

Monnaie d'Orléans

il s'attacha tendrement au roi Philippe, dont il avait été sénéchal. Philippe et son fils, le seigneur Louis, mirent le sénéchal à la tête de l'administration de l'État, afin de s'assurer pour l'avenir la possession tranquille du château de Montlhéry ; ils obtenaient aussi paix et services du comté limitrophe de Rochefort et de Châteaufort, ainsi que d'autres châteaux voisins, qui jusqu'alors avaient souvent été rebelles. La mutuelle intimité du sénéchal et des princes s'accrut à ce point, que le fils, le seigneur Louis, consentit à recevoir solennellement en mariage la fille du comte Guy

de Rochefort, quoiqu'elle ne fût pas encore nubile. Mais il ne prit jamais pour épouse cette jeune fille qu'il avait acceptée pour fiancée, car, avant que cette union se consommât, un empêchement fut opposé au mariage pour cause de parenté, et l'alliance fut abandonnée après quelques années. Cependant une intimité de trois années avait inspiré au père et au fils une confiance sans bornes en Guy de Rochefort; d'ailleurs ce comte, ainsi que son fils, Hugues de Crécy, s'employèrent de toutes leurs forces pour la défense et l'honneur du royaume. Mais il n'est que trop vrai :

Quo semel est imbuta recens servabit odoreni Testa diu -.

Les hommes de Montlhéry, jaloux de se montrer fidèles à leurs anciennes habitudes, machinèrent une trahison par le moyen des frères Garlande, qui alors vivaient en l'intimité du roi et de son fils. Sur leur conseil, le vicomte Milon de Troyes, frère cadet de Guy de Truxel, se présenta devant Montlhéry avec la vicomtesse sa mère, bien accompagné de soldats. Accueilli dans le château au nom des relations anciennes, le vicomte rappela en pleurant à la garnison les bienfaits passés de son père, remit sous les yeux de ces hommes leur activité naturelle et, leur rendant grâces de

1. PHILIPVS REX D-I. Porte entourée de DEXTRA. Au revers, AVRELIANIS CIVITAS. Croix cantonnée de l'A et de l'w. — Billon, denier.

2. Horace, Art poétique. Un vase neuf conserve longtemps l'odeur dont il a une fois été pénétré.

l'avoir rappelé parmi eux, il se jeta à leurs genoux pour les supplier humblement d'achever ce qu'ils avaient si bien commencé. Touchés de le voir si tristement prosterné devant eux, ces traîtres courent aux armes, volent vers la tour, attaquent ceux qui la défendent, combattant si vivement avec le fer et le feu, l'épieu et les pierres, que sur plusieurs points ils font brèche au rempart

Tour de Montlliéry, d'après une photographie.

extérieur de la tour, et blessent mortellement un grand nombre de ses défenseurs. C'était dans cette tour que s'étaient renfermées la comtesse, femme du sénéchal, et sa fille, fiancée au seigneur Louis. La nouvelle de ce qui se passait à Montlliéry étant arrivée aux oreilles dudit sénéchal, en homme vaillant il part sur-le-champ et s'approche audacieusement du château. Il avait emmené avec lui tous les chevaliers qu'il avait pu réunir; mais, afin d'accroître ses forces, il envoie partout les messagers les plus capables de faire diligence. Ceux qui assiégeaient la tour, sans avoir pu réussir

lO

Denier de Melun ' .

encore à s'en emparer, apercevant l'approche de Guy et craignant comme la mort l'arrivée du seigneur Louis, s'éloignèrent de la place, hésitant s'ils demeureraient ou prendraient la fuite. Mais Guy, non moins avisé que vaillant, attira habilement les frères Garlande hors de leur camp, leur assurant, sous la foi du serment, paix et grâce au nom du roi et du seigneur Louis, en sorte qu'il les décida à renoncer, pour eux et pour leurs complices, à l'entreprise qu'ils avaient tramée.

Par suite de leur défection, Milon lui-même se vit sans ressources.

Son complot ainsi avorté, pleurant et se lamentant, il se vit obligé de prendre la fuite.

Au premier bruit de ce qui se passait, le seigneur Louis marcha en toute hâte vers le château.

Ayant appris où en étaient maintenant les choses, il se réjouit de n'avoir éprouvé aucune perte, mais s'affligea de ne plus trouver aucun rebelle qu'il pût faire attacher à la potence. Cependant il observa religieusement envers ceux qui étaient restés sur les lieux, la promesse que Guy leur avait faite sous la foi du serment; mais, de peur que dans la suite ils ne tramassent quelque entreprise semblable, il détruisit toutes les fortifications du château, à l'exception de la tour.

Ainsi, à mesure que le prince Louis s'élevait de jour en jour, son père, le roi Philippe, s'abaissait dans l'opinion publique. Depuis que, foulant aux pieds les droits de sa femme légitime, il s'était uni à la comtesse d'Anjou, ses actes n'avaient plus été dignes de la majesté royale. S'abandonnant sans réserve à sa passion pour la femme qu'il avait enlevée, il ne pourvoyait à aucun des besoins de l'État et ne ménageait même pas sa santé. Les affaires du royaume n'étaient soutenues que par l'amour et la crainte qu'inspirait le fils appelé à lui succéder. Philippe donc, à peine arrivé à l'âge de soixante ans, dépouillant les marques de sa royauté, rendit le dernier soupir en la présence du prince Louis ", dans le château

1. lOVTHARIVS REX. Croix. Au revers, MELIDVN CATRO. Croix cantonnée d'un croissant. — Billon, denier.

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