‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 40 sur 138 · Conrad de Montferrat · texte numérisé non relu

Conrad de Montferrat

2o8 HISTOIRE DE FRANCE.

colère, quitta aussitôt le château de Pontoise, et, tenant conseil avec ses familiers, il envoya des députés au Vieillard^ roi des Arsacides, pour savoir plus sûrement de lui-même quelle foi il fallait ajouter à ces rapports. En attendant leur retour, le roi, pour plus de sûreté, s'entoura de gardes du corps toujours armés d'une massue d'airain et veillant alternativement, toute la nuit, près de sa personne. Quand les députés furent revenus, les lettres du Vieux de la Montagne prouvèrent à Philippe la fausseté de ces bruits, et, rassuré par les rapports de ses envoyés, qui avaient approfondi avec soin cette affaire, il ne tint plus aucun compte des nouvelles mensongères qui l'avaient troublé, et son âme fut plus tranquille.

Le roi d'Angleterre se disposait d'ailleurs à revenir dans ses États. Il confia au comte Henri, son neveu ^ jeune prince d'un rare mérite, toute la terre d'outre-mer que les chrétiens occupaient alors, et lui laissa son armée, puis il s'embarqua ; mais, une tempête s'étant élevée, le vent emporta le vaisseau qu'il montait vers les côtes d'Istrie, entre Aquilée et Venise. Le roi se sauva avec quelques hommes de sa suite. Mais un certain comte, nommé Mainard de Zara, ayant appris que Richard venait d'aborder sur sa terre et se rappelant tout le tumulte que ce prince avait excité, pour laperte de son âme, dans la Terre Sainte, se mit à sa poursuite dans l'intention de le faire prisonnier, contre l'usage des Etats chrétiens, qui garantissent un libre passage à tous les pèlerins sur leur territoire. Ils mirent le roi en fuite et prirent huit de ses chevaliers. Richard passa ensuite par un bourg de l'archevêché de Salzbourg, nommé Freysnigen, où Frédéric de Saint-Sauve lui prit encore six chevaliers. Le roi fut réduit à s'enfuir pendant la nuit avec trois hommes seulement ; il se dirigea vers l'Autriche. Léopold, qui en était duc, et parent de l'empereur, ayant fait garder la route et placer partout des soldats, finit par trouver le roi d'Angleterre dans un village voisin de Vienne. Il fut saisi dans une pauvre cabane où il était caché. Le duc, qui ne lui avait pas pardonné certains affronts qu'il avait subis de sa part en Palestine, enleva au roi d'Angleterre tout ce qu'il possédait et au mois de décembre

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