I. Henri de Champagne
pltltA-RD CŒUR DE LION FUT SAISI DANS UNE PAUVRE CABANE OU IL ÉTAIT CACHÉ.
Composition de D. Maillart.
mST DE FRANCE PAR LES CHRONIQ UEURS. — U.
suivant, il le livra à l'empereur Henri. Henri à son tour le garda en prison, contre toute justice, pendant un an et demi. Richard, après avoir été obligé de se soumettre à une foule d'exactions de tout genre, donna enfin à l'empereur deux cent mille marcs d'argent pour racheter sa liberté et repassa par mer en Angleterre, car il craignait d'être encore retenu prisonnier par le roi des Français, qu'il avait si souvent offensé, s'il essayait de passer sur ses terres.
L'an du Seigneur 1193, le 12 avril, le roi Philippe leva des troupes et alla prendre Gisors ; peu de temps après il réduisit en son pouvoir tout le Vexin normand, que le roi d'Angleterre avait usurpé. Après la réduction de Gisors et de toute la marche de Normandie, le roi Philippe rendit à l'abbaye de Saint-Denis Neufchâtel-en-Bray, que le roi d'Angleterre Henri et après lui son fils Richard avaient longtemps gardé par force, contre tout droit.
Vers le même temps, le roi Philippe députa le vénérable Etienne, évêque de Noyon, à Canut, roi des Danois, pour le prier de daigner lui envoyer une de ses sœurs, qu'il voulait prendre pour légitime épouse. Le roi des Danois accueillit avec empressement cette demande, et remit entre les mains des envoyés du roi de France Ingeburge, la plus belle de ses sœurs, jeune princesse qu'embellissait encore la sainteté et la pureté de ses mœurs. Elle partit comblée des présents de son frère, se confia aux vents et à la mer, et trouva à Arras Philippe, roi des Français, qui accourait plein de joie avec les évêques et les grands de son royaume au-devant de la princesse depuis longtemps l'objet de ses vœux. C'est dans cette ville qu'elle devint sa légitime épouse et qu'elle fut couronnée reine des Français ; mais, ô prodige ! sans doute à l'instigation du diable ou par les maléfices de quelques sorcières, ce jour même le roi prit en horreur cette épouse si longtemps désirée. Peu de jours après, ses évêques lui dressèrent un tableau généalogique qui établissait le degré prohibé de parenté entre Philippe et son épouse par Charles, comte de Flandre ; la censure ecclésiastique rompit aussitôt ce mariage. Cependant la reine Ingeburge, ne voulant pas retourner en Danemark, se décida' à rester en France dans quelque saint lieu, car elle aimait mieux conserver la pureté conjugale et consacrer à la prière le reste de sa vie que manquer à ses premiers engagements en acceptant un nouvel époux.
Cependant l'acte qui avait autorisé la rupture de ce mariage fut vivement attaqué ; les Danois se plaignirent au pontife romain et Célestin envoya en France ses légats, savoir : Mélier, prêtrecardinal, et Cenci, son diacre. Ils vinrent à Paris, convoquant un concile des archevêques, évêques et abbés du royaume ; ils s'occupèrent de renouer le mariage entre le roi Philippe et son épouse Ingeburge. Mais bientôt ils devinrent comme des chiens muets qui ne peuvent plus aboyer, et, craignant même pour leur peau, ils demeurèrent dans l'émotion et l'indécision. Ce fut seulement trois ans plus tard, en l'an de l'Incarnation 1196, que le roi Philippe prit pour femme Marie (ou Agnès), fille du duc de Bohême et de Méranie et marquis d'Istrie, se refusant constamment à prêter l'oreille aux saintes remontrances des évêques et abbés qui l'engageaient à reprendre son épouse légitime.
Cette obstination du roi à offenser Dieu obligea le pape à faire convoquer un concile à Dijon par Pierre, prêtre-cardinal et son légat. Tous les évêques, abbés et prieurs du royaume y furent réunis. Mais, comme Pierre voulait en haine du roi faire placer tout son royaume en interdit, les envoyés de Philippe en appelèrent au siège de Rome.
Cependant le cardinal, loin de déférer à l'appel, n'en porta pas moins la sentence d'interdiction, en présence de tous les évêques réunis, recommandant seulement de la tenir secrète jusque vingt jours après la Nativité du Seigneur. Et en effet, vingt jours après la Nativité, toute la terre du roi des Français fut mise en interdit. Le roi, transporté de colère en apprenant que ses évêques y avaient donné leur consentement, les chassa de leurs sièges, dépouilla clercs et chanoines de tout ce qu'ils possédaient, les renvoya de sa terre et confisqua leurs biens. Enfin, pour com-ble d'outrages, il enferma dans le château d'Etampes Ingeburge, sa légitime épouse, cette sainte reine ornée de toutes les vertus, modèle d'innocence, qui déjà depuis longtemps était privée des consolations de sa famille. Non content de ces excès, il porta le trouble dans toute la France : les chevaliers, qui étaient accoutumés autrefois à jouir d'une entière liberté, furent tiercés, aussi bien que leurs hommes, c'est-à-dire que le roi les dépouilla violemment du tiers de leurs biens. Il imposa aussi à ses bourgeois
des tailles insupportables et les accabla sous le poids d'exactions inouïes.
Ce n'était pas la seule offense que le roi Philippe eût alors commise envers le Dieu qui lui avait été si favorable, et les fureurs de la guerre l'avaient entraîné à commettre de grands outrages envers les églises. Après avoir formé alliance avec Jean, frère du roi Richard d'Angleterre, tandis que celui-ci était retenu en prison par l'empereur, Philippe avait
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contre le roi d'Angleterre j^ j^
à peine rentré dans son royaume. Il assiégeait la ville de Verneuil, quand arriva la nouvelle que la ville d'Évreux, où il tenait garnison, venait d'être prise par les Normands, que ses chevaliers avaient été faits prisonniers et plusieurs même d'entre eux honteusement décapités. Aussitôt le roi, enflammé de colère, abandonne le siège de Verneuil, marche sur les Normands, les met en fuite, puis renverse la ville d'Évreux elle-même, et dans les transports de sa fureur il détruit aussi les églises de Dieu. Le reste de l'armée, qu'il avait laissé sous les murs de Verneuil, découragé par l'absence du roi et par la défense des assiégés, plia tout à coup tentes et pavillons , laissant à l'ennemi la plus grande partie des vivres. Ils battirent en retraite pour aller retrouver le roi. Les assiégés, après leur départ, sortirent de la ville et s'enrichirent des provisions et des dépouilles que les Français ava'ient abandonnées en toute hâte.
Peu après Philippe, roi des Français, ayant appris que le roi dAngleterre avait chassé et dépouillé de leurs biens les clercs de l'église de Saint-Martin de Tours, prit en revanche toutes les églises de son territoire appartenant aux évêchés ou abbayes qui
D.L.INCEL OT
Tour Guinette à Étampes.
D'après une photographie.
étaient au pouvoir du roi d'Angleterre , et, se laissant séduire par de mauvais conseils, il chassa les moines et les clercs qui s'y consacraient au service de Dieu, s'appropria leurs revenus et même accabla sans ménagement d'exactions odieuses et extraordinaires les églises de son propre royaume. Il amassa aussi ailleurs beaucoup de trésors et se réduisit à des dépenses modiques, disant que c'était à cause de leur pauvreté et parce qu'ils n'avaient pu entretenir leurs chevaliers que ses prédécesseurs les rois de France s'étaient vu enlever par la guerre une bonne partie de leurs États. Cependant la véritable intention du roi, en amassant ainsi des trésors, était de les faire servir à délivrer la terre de Jérusalem du joug des païens, tout en défendant vigoureusement le royaume de France contre ses ennemis, car il avait appris à l'école de la sagesse qu'il est un temps pour amasser et un temps pour dépenser : ce qu'il sut faire aussi en cas de nécessité, ainsi que le prouvent les villes qu'il a fortifiées, les murailles qu'il a réparées, et les innombrables châteaux qu'il fit élever.
La guerre avait recommencé à diverses reprises entre les rois de France et d'Angleterre, lorsque, au mois de juillet (1198), le roi Philippe, contre l'attente générale et malgré son propre édit, rappela les juifs à Paris et fit éprouver de grandes persécutions aux églises de Dieu. Aussi, dès le mois de septembre suivant, la veille de la Saint-Michel, il en fut bien puni. Le roi d'Angleterre parut à l'improviste et vint surprendre le roi de France avec quinze cents hommes d'armes, un grand nombre de Cotereaux et une multitude infinie d'hommes de pied. Il ravagea le Vexin dans les environs de Gisors, détruisit un fort nommé Courcelles, brûla plusieurs villages dans la campagne et emmena le butin qu'il y avait trouvé. Le roi Philippe, enflammé de colère, voulait pénétrer jusqu'au château de Gisors avec cinq cents chevaliers seulement; mais le passage n'était pas facile, les ennemis lui fermaient le chemin. A cette vue , avec une ardeur égale à son courage , il s'élance furieux au milieu des rangs ennemis et, après avoir combattu vaillamment à la tête d'un petit nombre de chevaliers, il s'échappe sain et sauf grâce à la miséricorde divine, et parvient à Gisors, laissant beaucoup de ses chevaliers prisonniers et le reste en fuite.
Monnaie d'Othon IV, empereur '.
Le roi de France, troublé de ce triste événement, au lieu de rappeler en sa mémoire les offenses qu'il avait commises envers le Seigneur, rassembla une armée, entra en Normandie et ravagea le pays jusqu'à Neubourg et Beaumont-le-Roger. Il rapporta de cette expédition un grand butin, et aussitôt après il congédia ses troupes, de manière que chacun rentra dans ses foyers ; bien des personnes trouvèrent que ce n'était pas agir prudemment. En effet le roi d'Angleterre, à cette nouvelle, vint peu de jours après avec ses Cotereaux, commandés par un certain Merchadier, pour piller le Vexin et le Beauvaisis. L'évêque de Beauvais, brave homme de guerre, et le bon chevalier Guillaume de Mellot se mirent vivement à sa poursuite pour lui enlever le riche butin qu'il avait fait; mais il leur dressa des embûches, les fit prisonniers et les garda longtemps en prison. Le comte de Flandre, Baudouin, qui avait renoncé à son hommage envers le roi de France et lui avait fait de grands maux, prit en même temps Saint-Omer.
L'empereur Henri étant mort, son frère Philippe, duc de Souabe, espérait lui succéder ; il avait pour lui la plus grande partie de l'empire ; mais Othon, son rival, fils du duc de Saxe, soutenu par son oncle Richard, roi d'Angleterre, le comte de Flandre et l'archevêque de Cologne, fut couronné à Aix-la-Chapelle roi de Germanie. Philippe, roi des Français, fit alliance avec ledit Philippe, roi d'Allemagne et duc de Souabe, espérant avec son aide soumettre le comte de Flandre et résister plus aisément au roi d'Angleterre.
Sur ces entrefaites le pape Innocent III envoya en France le légat Pierre de Capoue, diacre, cardinal de Sainte-Marie, pour rétablir la paix entre Philippe, roi des Français, et Richard, roi d'Angleterre. Cet homme vénérable vint en France vers l'époque de la Nativité du Seigneur ; mais il ne put réussir à rendre la paix aux deux royaumes; il obtint seulement, sur la foi des deux rois,
I. L'empereur à cheval, tenant un faucon de la main gauche. Au revers, cheval à droite. — AR, denier.
2i6 HISTOIRE DE FRANCE.
une trêve de cinq ans. Encore le roi d'Angleterre fit-il toujours intervenir quelques ruses, afin d'empêcher que cette trêve ne fCit confirmée par l'échange des otages.
L'an du Seigneur 1199, le huitième jour d'avril, Richard, roi d'Angleterre, mourut d'une blessure grave qu'il reçut près de Limoges, Pendant la semaine de la Passion, 'il avait assiégé un château nommé par les Limousins Chalus-Chabrol, à l'occasion d'un trésor qu'un soldat y avait trouvé et que le prince avide voulait à toute force se faire rendre parle vicomte de Limoges, car c'était chez lui que s'était réfugié le soldat qui avait fait cette découverte. Comme Richard était arrêté sous les murs du château dont il faisait le siège, un arbalétrier lui lança tout à coup un trait dont il fut percé. La blessure devint bientôt mortelle et quelques jours après le roi d'Angleterre entra dans la voie de toute chair. Ses restes reposent à Fontevrault, dans une abbaye de moines, auprès de son père. Quant au trésor qui fut l'occasion de sa mort, c'était, dit-on, un empereur, de l'or le plus pur, assis avec sa femme, ses fils et ses filles aune table d'or. L'inscription indiquait exactement le temps où ils avaient vécu. Le roi Richai'd eut pour successeur son frère Jean, surnommé Sans-Terre^ qui fut couronné le jour de l'Ascension suivante, à Cantorbéry.
Aussitôt le roi des Français, profitant de Lheureux changement que la mort de Richard avait apporté dans ses affaires, prit Evreux avec les forts voisins, Avrilly, Aquigny, y laissa garnison et dévasta toute la Normandie jusqu'au Mans. Arthur, encore enfant, comte de Bretagne et neveu du roi d'Angleterre, entra dans l'Anjou avec une troupe considérable, se rendit maître du comté d'Angers, et, ayant trouvé le roi des Français au Mans, il lui fit hommage et lui jura fidélité ainsi que sa mère.
Eléonore, autrefois reine des Français, puis d'Angleterre, vint aussi trouver le roi Philippe à Tours et lui fit hommage du comté de Poitiers, qu'elle possédait à titre d'héritage. Le roi amena alors à Paris le jeune Arthur, le 28 juillet. Deux jours après, c'est-à-dire le 30 du même mois, il se rendit humblement en pèlerinage à l'église de Saint-Denis et y déposa dévotement sur l'autel un manteau de soie, qu'il offrit à Dieu et aux saints martyrs comme gage de son amour et de sa piété.
Au mois d'octobre, les deux rois jurèrent une trêve jusqu'à la Saint-Jean suivante. La même trêve fut aussi jurée entre Baudouin, comte de Flandre, et Philippe, roi des Français.
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Tombeaux de Tabbaye de Fontevrault.
D'après uue photographie.
L'année suivante (1200), au mois de mai, le jour de l'Ascension de Notre-Seigneur, Philippe, roi des Français, et Jean, roi d'Angleterre, conclurent ensemble la paix entre Vernon et l'île des Andelys, réglant entre eux sous leur sceau les conditions de cette paix et le partage des terres. Le jeudi suivant, Louis, fils unique
du roi des Français, épousa Blanche, fille d'Alphonse, roi de Castille, et nièce de Jean, roi d'Angleterre ; et pour ce mariage le roi Jean céda tous les forts, villes et châteaux, avec toute la terre que le roi des Français lui avait prise, à Louis et à ses héritiers, à perpétuité. Il assura même après lui à ce prince toute la terre en deçà de la mer, s'il venait à mourir sans héritier légitime.
L'an du Seigneur 1201, à la Nativité de la bienheureuse Vierge, Octavien, évêque d'Ostie et de Velletri, vint en France en qualité de légat. Le roi, par ses conseils, parut se résigner à recevoir en grâce la reine Ingeburge et éloigna de lui pendant quelque temps la fille du duc de Méranie. Aussitôt Octavien et Jean de Saint- Paul, prêtre-cardinal, tous deux légats du Siège apostolique, convoquèrent un concile à Soissons, auquel assista dans le mois d'avril le roi Philippe, avec les archevêques, évêques et princes de tout le royaume. On y traita pendant quinze jours de la rupture ou de la confirmation du mariage de la reine Ingeburge. Après bien des débats et des disputes entre les jurisconsultes, le roi, ennuyé d'un si long retard, laissa là les cardinaux et les évêques, et partit un matin avec son épouse Ingeburge sans avoir seulement salué le concile ; il se contenta de lui faire savoir par ses envoyés qu'il emmenait avec lui son épouse, parce qu'elle était à lui et qu'il ne voulait plus s'en séparer. A cette nouvelle le concile fut dissous, au grand étonnement des cardinaux et des évêques qui s'étaient réunis pour prononcer l'interdit. Jean de Saint-Paul s'en retourna tout honteux; mais Octavien resta en France, et cette fois le roi Philippe échappa aux Romains.
La même année, d'ailleurs avant le retour d'Octavien à Rome, Marie, la seconde femme de Philippe, fut rappelée par le Seigneur et entra dans la voie de toute chair. Le roi en avait eu un fils nommé Philippe et une fille nommée Jeanne. Il l'avait gardée cinq ans contre le droit et contre la volonté de Dieu. Quand Marie fut morte, Philippe sollicita et obtint une déclaration du pape Innocent III, qui reconnut les enfants de cette princesse pour héritiers légitimes du roi de France, et la confirma par une bulle. Cette condescendance fut loin d'être approuvée de tout le monde.
Ce fut vers la même époque que Jean, roi d'Angleterre, vint en France. Il y fut reçu avec éclat parle roi Philippe. On lui donna
une place d'honneur dans l'église Saint-Denis, où il fut conduit dans une procession solennelle, au chant des hymnes; puis le roi des Français le ramena à Paris, où les habitants lui firent un accueil plein de respect. Après cette réception brillante, il fut conduit au palais du roi, où l'on pourvut avec magnificence à tous ses besoins. Des vins de toute espèce furent tirés pour lui des celliers du roi de France et prodigués à Jean et à sa suite. Le roi de France le combla aussi de présents de tous genres, de l'or, de l'argent, de riches habillements, des destriers d'Espagne, des palefrois et bien d'autres objets précieux. Puis le roi d'Angleterre prit congé de Philippe, après ces marques d'amour et de bonne intelligence, et se retira dans ses Etats.
La paix ne devait guère durer. Peu de temps après le retour du roi Jean en Angleterre, le roi Philippe vint à Vernon, où il tint une conférence avec le roi d'Angleterre. Voici quel en était le sujet :
Le roi des Français somma Jean, roi d'Angleterre, comme son homme lige, de venir quinze jours après Pâques à Paris, pour faire une réponse satisfaisante aux plaintes de Philippe relativement aux comtés d'Angers, de Poitiers et au duché d'Aquitaine ; mais, comme le roi d'Angleterre, au lieu de venir en personne au jour marqué, ne satisfit même pas le roi par réponses, le roi des Français tint conseil avec ses princes et barons, rassembla une armée, entra en Normandie et prit le petit fort de Boutavant, qu'il détruisit. Orgueil, Mortemer et toute la terre que tenait Hugues de Gournay tombèrent bientôt en son pouvoir. A Gournay il fit Arthur chevalier, en lui livrant le comté de Bretagne, qui lui était dévolu par droit héréditaire ; il y ajouta même les comtés d'Angers et de Poitiers, qu'il s'était acquis par le droit des armes ;
Sceau de Jean Sans-Terre.
(Archives nationales, n" 10009.)
enfin il lui donna un secours de deux cents chevaliers avec une somme d'argent considérable. Le roi reçut aussi Arthur comme son homme lige à perpétuité ; le comte de Bretagne prit ensuite congé du roi et se retira dans le mois de juillet.
Peu de jours après, Arthur s'était engagé trop hardiment avec une troupe peu nombreuse sur la terre du roi d'Angleterre. Celuici survint à l'improviste avec une multitude infinie de gens armés, le défit et le prit avec Hugues le Brun, Geoffroy de Lusignan et plusieurs autres chevaliers. Le roi Philippe, ayant appris ces nouvelles, abandonna aussitôt le siège du château d'Arqués, parut avec son armée devant Tours, prit la ville et la livra aux flammes. Le roi d'Angleterre, de son côté, arriva à la tête des siens après le départ du roi de France et détruisit tout ce qui restait de la ville avec son château. Quelques jours après, le roi d'Angleterre prit le vicomte de Limoges et l'emmena avec lui- L'hiver étant survenu, les deux rois suspendirent leur guerre, mais sans conclure de trêve, et ils garnirent soigneusement leurs frontières.
L'an du Seigneur 1202, dans la première quinzaine après Pâques, le roi des Français, ayant levé une armée, entra en Aquitaine, et avec l'aide des Poitevins et des Bretons prit plusieurs forts. C'est alors que Robert, comte d'Alençon, forma une alliance avec le roi Philippe et mit toute sa terre sous la garde de ce prince. Celui-ci revint ensuite en Normandie avec son armée s'emparer de Conques, de l'île des Andelys et de Vaudreuil.
Dans le même temps le roi Jean \ appelant en secret auprès de lui ceux de ses serviteurs en qui il avait le plus de confiance, les excita, en leur promettant des présents, à chercher quelque moyen de faire périr secrètement son neveu Arthur. Il ne trouva cependant personne qui voulût consentir à se charger d'un si grand crime. Il fit donc transférer et enfermer le jeune homme dans une antique tour à Rouen. Déjà les mauvais desseins qu'il avait formés contre lui étaient parvenus aux oreilles de ses gardiens; mais Guillaume de Brause, qui commandait le château, ne voulut être ni le fauteur ni le complice d'une si indigne trahison, et, prévoyant avec sagesse les maux de l'avenir par les témoi-