I. Poème de la Philippide, par Guîllatime le Brétoil
Monnaie de Jean Sans-Terre '.
gnages du passé, il dit au roi, en présence des barons : «Je ne sais ce que la fortune réserve pour l'avenir à ton neveu , dont j'ai été jusqu'à présent le gardien .fidèle, d'après tes ordres; nous te le remettons ici en parfaite santé, jouissant de la vie et intact dans tous ses membres. Charge un autre de nous remplacer dans ces soins et qu'il le garde plus heureusement , si le sort veut le permettre. Mes propres affaires m'occupent bien assez. »
Ayant dit ainsi, le baron se retira à Brause et renonça dès lors à un ministère de crime et d'angoisse. Mais le roi, à qui seul la vie de son neveu était odieuse, qui seul était poussé par son esprit à commettre un tel meurtre, s'éloigne secrètement de tous les officiers de sa cour, se détermine à s'absenter pendant trois jours et va se cacher dans
les vallées ombragées de Moulineaux; de là, et la quatrième nuit étant venue, au milieu de la nuit Jean monte dans une petite barque et traverse le fleuve en se dirigeant vers la rive opposée. Il se rend à Rouen et s'arrête devant la porte par où l'on arrive à la tour, sur le port que la Seine inonde deux fois chaque jour à de certaines heures du reflux de ses ondes, et dont elle se retire peu de temps après, le laissant ainsi à sec. La cause qui opère des mouvements si subits est connue de Dieu seul et nul n'a pu et ne pourra jamais dans les siècles à venir la comprendre de son esprit humain: cette cause donc est cachée, mais voici comment le fait se manifeste à nous.
Le roi, étant donc arrivé sur le port que les eaux avaient rempli, selon leur usage, se tenant debout sur le haut de la poupe de sa barque , ordonna que son neveu sortît de la tour et lui fût amené par un page ; puis, l'ayant placé avec lui dans sa barque et s'étant un peu éloigné, il se retira enfin tout à fait. Alors l'illustre enfant, déjà placé près de la porte par où l'on sort de la vie, s'écriait, pour que du moins un crime si détestable fût signalé par son nom : « Mon oncle, prends pitié
I. lOHANNES REX. Buste de face dans un triangle. Au revers, ROBERDON DIVE Dans uti triangle, astre et croissant. — AR.
de ton jeune neveu; épargne, mon oncle, mon bon oncle, épargne ton neveu, épargne ta race, épargne le fils de ton frère. » Tandis qu'il se lamentait ainsi, l'impie, le saisissant par les cheveux au-dessus du front, lui enfonce son épée dans le ventre jusqu'à la garde, et, la retirant encore humectée de ce sang précieux, la lui plonge de nouveau dans la tête et lui perce les deux tempes; puis, s'éloignant encore et se portant à trois milles environ, il jette son corps, privé de vie, dans les eaux qui coulent à ses pieds.
Le bruit de la disparition d'Arthur s'étant répandu, le roi des Français somma Jean de paraître devant lui à Paris pour être jugé par ses pairs, ce à quoi le roi d'Angleterre n'ayant pas répondu, Philippe se préparait à entrer en Normandie, lorsque le pape Innocent III ' envoya vers les deux rois de France et d'Angleterre l'abbé de Casemar pour rétablir entre eux la paix. Conformément aux ordres du pape son seigneur, il s'adjoignit l'abbé de Trois-Fontaines et exposa avec lui les volontés du pape aux deux princes. Il leur recommanda de convoquer les archevêques, évêques et grands de tout le royaume, pour faire devant eux la paix, en ménageant leurs droits réciproques, et de rétablir dans leur premier état les abbayes de nonnes et de moines, aussi bien que les autres églises détruites dans le cours de leurs guerres. Philippe reçut communication de cette injonction à Nantes, dans l'octave de l'Assomption de la bienheureuse Vierge Marie; il interjeta appel en présence des archevêques, abbés et barons du royaume, et on renvoya cette affaire à Texamen du souverain pontife.
Le dernier jour du même mois, le roi de France rassembla une armée et assiégea Radepont. Ayant fait élever autour de la place de hautes tours de bois et dresser ses machines de guerre, il prit la ville après quinze jours de siège, faisant prisonniers vingt chevaliers qui s'étaient bravement défendus, cent sergents et trente arbalétriers. Quand il eut repris ses forces et réparé son armée, le roi assiégea Château-Gaillard, construit par le roi Richard sur une roche élevée qui dominait la Seine, près de l'île