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de M.elun-sur-Seine. Le lendemain matin, son fils le lit placer dans une litière couverte de riches étoffes et de somptueux ornements funèbres, et il voulut que les premiers d'entre ses serviteurs le portassent sur leurs épaules. Lui-même, comme il le devait en véritable fils, tantôt à pied, tantôt à cheval, accompagna constamment la litière en pleurant, suivi de tous ses barons. Il montra ainsi la même générosité d'âme qui lui avait fait éviter, sa vie durant, d'offenser son père en quelque chose que ce fût, malgré la répudiation de sa mère et l'union illégitime du roi Philippe avec la comtesse d'Anjou. Il s'était également abstenu de tout empiète-
Tombeau de Philippe I", à Saint-Benoit-sur-Loire. ( Vergnaud Romagnesi, A^o/Zc^ sur le mausolée de Philippe I"^.)
ment sur l'autorité royale, habituel aux jeunes princes. Un nombreux cortège conduisit donc les restes du feu roi, suivant ses ordres, jusqu'au fameux monastère de Saint-Benoît sur les rives de la Loire. Le roi Philippe avait dit, en effet, que, n'ayant jamais accordé aucun bienfait à l'église de Saint-Denis, il craindrait que ses restes ne fussent peu considérés au milieu des tombes de tant d'illustres monarques; il désirait donc n'être pas placé dans la sépulture des rois ses ancêtres, en l'église du bienheureux saint Denis. Son corps fut enterré très honorablement, en face de J'autel, au lieu même qu'il avait désigné; on le recouvrit d'une pierre funéraire, en accompagnant son ensevelissement de prières et de cantiques pour recommander son âme à Dieu.
Cependant le seigneur Louis, qui avait su dès sa jeunesse mériter l'attachement de l'Eglise, en se dévouant généreusement à sa défense, et qui s'était montré le soutien des pauvres et des orphelins en domptant et réprimant leurs oppresseurs, fut, par la
grâce de Dieu, appelé au rang suprême avec l'assentiment de tous les gens de bien ; mais les méchants et les impies eussent bien voulu l'exclure du trône par leurs complots, s'il eût été possible. Ce fut donc un grand acte de prudence, conseillé surtout par Jean, savant et vénérable évêque de Chartres, de ne point perdre de temps pour se réunir à Orléans, afin de consommer l'élévation du prince et de déjouer les manœuvres des impies. Le jour même de la fête du saint protomartyr Etienne, l'archevêque de Sens oignit de l'huile sainte le seigneur Louis, et, ayant célébré la messe d'actions de grâces, il enleva au jeune roi le glaive de la puissance séculière, lui ceignit l'épée de l'Église pour la punition des méchants, et, le couronnant joyeusement du diadème royal, il lui remit, aux acclamations du clergé et du peuple, tous les insignes de la royauté, le sceptre et la main de justice, dont il s*e devait servir pour défendre les églises et les pauvres. Le saint office était à peine achevé et le prélat était encore revêtu de ses ornements sacrés, lorsque arrivèrent divers envoyés de l'église de Reims, lesquels messagers eussent empêché d'achever le couronnement royal s'ils étaient arrivés à temps. Ils prétendaient, en effet, que cette cérémonie auguste appartient de droit à l'église de Reims, laquelle avait obtenu ce privilège du premier roi des Français, Clovis, baptisé par le bienheureux Rémi : «Quiconque, disaient-ils, enfreindrait ce privilège, respecté jusqu'alors, den)eurerait sous un anathème perpétuel. » Sans doute, ces émissaires espéraient faire la paix de leur archevêque, Raoul, homme vénérable, qui avait encouru le mécontentement du seigneur roi pour s'être fait élire et introniser au siège de Reims sans son consentement; mais les messagers, étant arrivés trop tard, restèrent muets à Orléans et retournèrent parler chez eux: s'ils avaient dit quelque chose, leurs paroles seraient restées sans utilité pour leur pays.
Louis donc, devenu roi des Français par la grâce de Dieu, ne perdit pas l'habitude, qu'il avait contractée dès sa première jeunesse, de protéger les églises, de soutenir les pauvres et les malheureux et de veiller à la défense et à la paix du royaume. Guy, comte de Rochefort, dont on a déjà parlé, et son fils, Hugues de Crécy, jeune homme capable et brave guerrier, irrités par la rupture de l'union qui avait été projetée entre leur maison et la
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ROYAUTÉ FRANÇAISE. ts
maison royale, ne cessaient d'insulter à l'autorité du seigneur Louis. Ils avaient soulevé contre lui Hugues de Pomponne, seigneur de Gournay, qui s'était livré à de graves déprédations, et ils ne pouvaient se consoler de la victoire qu'avait remportée le roi en s'emparant du château de Gournay. Hugues se décida, par cela même, à ne pas épargner son propre frère Eudes, comte de Corbeil, qui ne lui avait fourni aucun secours contre le roi. Tendant des pièges à l'innocente simplicité de ce frère, Hugues le surprit , un jour que celui-ci partait tranquillement et seul pour la chasse sans aucun soupçon des actes et des projets coupables que peut enfanter la fraternité corrompue par une noire envie. Enlevé par son frère, Eudes fut donc enfermé dans le château appelé La Ferté-Baudouin, chargé de honteux liens et jeté dans les fers. On exigeait, pour le délivrer, qu'il déclarât la guerre au roi. A la nouvelle de cet outrage sans exemple, de nombreux habitants de Corbeil vinrent solliciter l'appui de la majesté royale ; ils se précipitèrent aux genoux du monarque, lui annonçant avec larmes et sanglots l'enlèvement d'Eudes, ainsi que la cause de cet attentat; ils le conjuraient, en même temps, d'étendre son bras puissant pour arracher leur comte à sa prison.
Louis le promit aussitôt, et les suppliants s'abandonnèrent à l'espoir de voir leur seigneur délivré. Calmant leur douleur, ils s'occupèrent à l'envi de réunir des forces pour attaquer le château. Hugues ne possédait pas La Ferté-Baudouin par droit héréditaire, mais il l'avait acquis à l'occasion de son mariage avec la comtesse Adélaïde*, et l'avait retenu même après avoir répudié sa femme avec mépris. Quelques-uns des gens de Corbeil parvinrent à s'aboucher avec un habitant du château, qui leur promit, sous la foi du serment, de les faire pénétrer par ruse dans la place. Sur cette nouvelle, le roi se mit promptement en marche, mais seulement avec une petite troupe des gens de sa maison, de peur que son entreprise ne vînt à se divulguer. Sur le soir, et quand ceux du château étaient encore à boire et à parler autour des feux, le sénéchal du roi, Anselme de Garlande, envoyé en avant comme un courageux chevalier, fut reçu avec une quarantaine d'hommes