‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 57 sur 138 · Guillaume de Puylaurens, Histoire des Albigeois · texte numérisé non relu

Guillaume de Puylaurens, Histoire des Albigeois

2. Guillaume le Breton, Vie de Philippe-Auguste, dans la Chronique de Saint-Denis.

sur la terre du comte Ferrand, passant à travers Flandre pour tout dévaster à droite et à gauche, et ils vont ainsi jusqu'à Tournay, que les Flamands avaient pris par assaut l'année précédente et gravement endommagée. Mais le roi y envoya frère Garin et le comte de Saint-Pol, qui la recouvrèrent assez facilement. Cependant l'empereur Othon quitta Valenciennes, où il s'était rassemblé avec ses alliés et partisans, et il vint jusqu'au château qu'on appelle Mortagne. C'était la première semaine après Saint-Philippe et Saint-Jacques que le roi se proposait d'attaquer ses ennemis; mais les barons le lui déconseillèrent, parce que les chemins étaient rudes et étroits pour passer jusqu'à eux. Le roi changea donc son dessein et dit qu'il retournerait en arrière et entrerait par un chemin plus facile dans le comté de Hainaut et détruirait partout le pays. Le lendemain donc, qui fut le jour de la sixième calende, le roi quitta Tournay et comptait se reposer, lui et son armée, cette nuit-là dans un château

qu'on nomme Lille ; mais il en advint autrement qu'il ne l'avait proposé, car Othon quitta ce même jour le château de Mortagne, chevauchant tant qu'il put après le roi à batailles ordonnées.

Le roi ne savait point et ne pensait pas que ses ennemis dussent ainsi venir après lui. Il arriva par hasard, ainsi que Dieu le voulut, que le vicomte de Melun partit de l'armée du roi avec quelques chevaliers légèrement armés, et il chevaucha du côté où se trouvait Othon. De même chevaucha après lui frère Garin, l'élu de Senlis, que nous appelons frère Garin parce qu'il était profès de l'hôpital de Jérusalem et en portait toujours l'habit. Sage homme, de profond conseil et merveilleusement prévoyant pour les choses qui étaient à venir. Tous deux s'éloignèrent donc à plus de trois milles de l'armée du roi jusqu'à ce qu'ils fussent arrivées dans un

Sceau de Fernand, comte de Flandre.

Archives nationales, n° 621. )

lieu élevé, d'où ils purent voir clairement les bataillons des ennemis prêts à combattre. Le vicomte demeura quelque peu en cet endroit, mais l'évêque se rendit promptement vers le roi, lui annonçant que les ennemis venaient en ordre de bataille, les chevaliers tout armés et montés, et les hommes d'armes à pied marchant en avant, ce qui marquait évidemment qu'il y aurait combat. Le roi ordonna donc à ses bataillons de s'arrêter et, ayant convoqué les barons, les consulta sur ce qu'il y avait à faire. La plupart lui conseillèrent de continuer à s'avancer. Les ennemis,

étant'arrivés à un ruisseau qu'on ne pouvait facilement traverser, le passèrent peu à peu, puis feignirent de se diriger vers Tournay. Alors les Français recommencèrent à crier que l'ennemi s'en allait à Tournay, mais l'évêque soutenait le contraire, proclamant et affirmant qu'il fallait combattre ou se retirer avec honte et dommage. Cependant les cris et les assertions de plusieurs l'emportèrent sur l'avis d'un seul. Nous nous avançâmes vers un pont appelé Bouvines , placé entre un endroit appelé Sainghin et la ville de Cysoing. Déjà la plus grande partie de l'armée avait passé le pont et le roi avait quitté ses armes; mais il n'avait pas encore traversé le pont, ainsi que le pensaient les ennemis, dont l'intention était dans ce cas de tomber sur ceux qui se seraient trouvés en deçà du pont et de les avoir à leur volonté. Pendant que le roi, un peu fatigué "des armes et du chemin^, se reposait un moment à l'ombre d'un frêne, près d'une église fondée en l'honneur de saint Pierre, voilà que des messagers promptement envoyés par ceux qui étaient à l'arrière-garde, annoncèrent avec de grands cris que les ennemis arrivaient et que déjà le combat commençait à s'engager sur les derrières de l'armée ; le vicomte de Melun et les archers, les cavaliers et hommes de pied armés à la légère ne soutenaient leur

Sceau de Garin, (jvêque de Senlis (Archives nationales, n° 6856.)

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