I. Chroniques de Provence
France, la seconde devint reine d'Angleterre, la troisième reine des Romains et la quatrième reine de Sicile ; ainsi toutes les quatre portèrent couronne.
La princesse Marguerite*, qui était sage et bien endoctrinée depuis son enfance, fut alors remise aux messagers du roi Louis, qui étaientl'archevêquedeSens etmessire Jean deNesle ; ils prirent congé du comte et firent tant par leurs journées, qu'ils vinrent auprès du roi et lui remirent la jeune fille. Le roi la reçut avec joie et la fit couronner reine de France par la main de l'archevêque de Reims.
La reine Blanche, mère du roi Louis, avait eu à cœur ce mariage et fut contente et joyeuse de le voir fait; mais elle était hautaine et jalouse de cœur, et faisait à la reine Marguerite sa bellefille grands chagrins et peines, quand elle vit que le roi l'aimait chèrement ^ Les duretés qu'elle lui fit furent telles, que la reine Blanche ne voulait pas souffrir, autant qu'elle le pouvait, que son fils fût en compagnie de sa femme, si ce n'est le soir quand il allait coucher avec elle. Les logis là où il plaisait le plus de demeurer pour le roi et la reine, c'était Pontoise, parce que la chambre du roi était au-dessus et la chambre de la reine au-dessous, et ils avaient si bien arrangé leurs affaires, qu'ils tenaient leur parlement dans un escalier tournant, qui descendait d'une chambre dans l'autre. Et ils avaient leurs affaires si bien arrangées, que, quand les huissiers voyaient venir la reine dans la chambre du roi son fils, ils frappaient la porte de leurs verges, et le roi s'en venait courant dans sa chambre, de peur que sa mère ne l'y trouvât pas, et ainsi faisaient à leur tour les huissiers de la chambre de la reine Marguerite, quand la reine Blanche y venait, pour qu'elle y trouvât la reine Marguerite. Une fois le roi était auprès de la reine sa femme, et elle était en très grand péril de mort, parce qu'elle était blessée d'un enfant qu'elle avait eu. La reine Blanche vint là, prit son fils par la main et lui dit : « Venez-vous-en, vous ne faites rien ici. » Quand la reine Marguerite vit que la mère emmenait le roi, elle s'écria : «Hélas! vous ne me laisserez voir mon seigneur ni morte ni vive. » Et