‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 86 sur 138 · SAINT LOUIS ET SAINT JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

SAINT LOUIS ET SAINT JEAN-BAPTISTE

FRAGMENT d'UN RBTABLE ATTRIBUÉ A VAN EYCK ET CONSERVÉ AC PALAIS DE JUSTICE DE PARIS

monseigneur de Châtillon dans une rue qui était au village là où le roi fut pris; et cette rue passait toute droite parmi le village, si bien qu'on voyait les champs d'un côté et de l'autre. En cette rue était monseigneur Gaucher de Châtillon, l'épée au poing toute nue. Quand il voyait que les Turcs se mettaient dans cette rue, il leur courait sus, l'épée au poing, et les jetait hors du village, et, tout en prenant la fuite devant lui, les Turcs, qui tiraient aussi bien derrière que devant, le couvraient tous de traits. Quand il les avait chassés hors du village, il se débarrassait de ces traits qu'il avait sur lui et remettait sa cotte d'armes sur lui, se dressait sur ses étriers et étendait les bras avec l'épée et criait : « Châtillon, chevalier! où sont mes prud'hommes? » Qiiand il se retournait et qu'il voyait que les Turcs étaient entrés par l'autre bout, il recommençait à leur courir sus l'épée au poing, et les en chassait, et ainsi fit-il par trois fois de la manière dessus dite. Qiiand l'amiral des galères m'eut amené vers ceux qui furent pris à terre, je m'enquis à ceux qui étaient autour de lui ; mais je ne trouvai personne qui me dît comment il fut pris, si ce n'est que monseigneur Jean Frumons, le bon chevalier, me dit que, quand on l'amena prisonnier à Mansourah, il trouva un Turc qui était monté sur le cheval de monseigneur Gaucher de Châtillon et la croupière du cheval était tout ensanglantée. Et il lui demanda ce qu'il avait fait de celui à qui le cheval était, et le Turc lui répondit qu'il lui avait coupé la gorge sur son cheval même, ainsi qu'il apparut à la croupière qui en était ensanglantée. II y avait un très vaillant homme dans l'armée qui avait nom monseigneur Jacques de Castel, évêque de Soissons'. Quand il vit que nos gens s'en revenaient vers Damiette, lui qui avait grand désir d'aller à Dieu, ne s'en voulut pas revenir au pays où il était né, mais il se hâta d'aller à Dieu et piqua des éperons et attaqua tout seul les Turcs, qui à coups d'épée l'occirent et le mirent dans la compagnie de Dieu au nombre des martyrs.

Pendant que le roi attendait le payement que ses gens faisaient aux Turcs pour la délivrance de son frère le comte de Poitiers, un Sarrasin très bien habillé et très bel homme de sa jtersonne vint au roi et lui présenta du lait pris en pots et des fleurs de diverses

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