‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 93 sur 138 · Novembre · texte numérisé non relu

Novembre

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que j'allasse vers elle pour la réconforter. Et quand je vins là, je trouvai qu'elle pleurait, et je lui dis qu'il disait vrai celui qui dit que l'on ne doit pas croire aux femmes : « Car c'était la femme que vous haïssiez le plus, et vous en montrez un tel deuil ! » Et elle me dit que ce n'était pas pour la reine qu'elle pleurait, mais pour la peine que le roi avait du deuil qu'il montrait, et pour sa fille (qui

Sidon : château de Saint-Louis, d'après une photographie.

depuis fut reine de Navarre) qui était demeurée à la garde des hommes.

Au moment où la cité de Sayette était déjà presque toute fortifiée, le roi fit faire plusieurs processions dans le camp, et à la un des processions il demandait au légat de prier que Dieu ordonnât les affaires du roi selon sa volonté, afin que le roi fît ce qui serait le meilleur au gré de Dieu, ou de retourner en France, ou de demeurer là.

Après que les processions furent faites, le roi, en un moment où j'étais assis avec les riches hommes du pays, m'appela dans un préau et me fit tourner le dos de leur côté. Alors le légat me dit : « Sénéchal, le roi se loue beaucoup de votre service, et bien volon-

tiers vous procurerait profit et honneur ; et pour mettre, me dit-il, votre cœur à l'aise, il m'a dit que je vous dise qu'il a arrangé ses affaires pour aller en France à la Pâque qui vient'. » Et je lui répondis : « Que Dieu lui en laisse faire sa volonté ! »

Alors le légat me dit que je l'accompagnasse jusques à son hôtel. Alors il s'enferma dans sa garde-robe, lui et moi, sans plus, et me mit mes deux mains entre les siennes, et commença à pleurer très fort; et quand il put parler, il me dit : « Sénéchal, je suis très joyeux, et j'en rends grâces à Dieu, de ce que le roi et les autres pèlerins échappent du grand péril là où vous avez été en cette terre; et je suis en grand chagrin de cœur de ce qu'il me faudra laisser votre sainte compagnie et aller à la cour de Rome au milieu de ces déloyales gens qui y sont. Mais je vous dirai ce que je pense à faire : je pense encore à tant faire que je demeure un an après vous; et je désire dépenser tous mes deniers à fortifier le faubourg d'Acre, de sorte que je leur montrerai tout clair que je n'emporte point d'argent; alors ils ne courront pas après des mains vides. »

Quand le roi partit de la cité de Sayette, qu'il avait fortifiée de grands murs, et de grandes tours, et de grands fossés curés dehors et dedans, le patriarche et les barons du pays vinrent à lui, et lui parlèrent en telle manière : « Sire, vous avez fortifié la cité de Sayette, et celle de Césarée, et le bourg de Jaffa, ce qui est un grand profit pour la Terre Sainte ; et vous avez beaucoup renforcé la cité d'Acre par les murs et les tours que vous y avez faits. Sire, nous avons considéré entre nous, et nous ne voyons pas que votre séjour puisse apporter de profit au royaume de Jérusalem ; c'est pourquoi nous vous donnons avis et conseil d'aller en Acre au carême qui vient, et de préparer votre passage, afin que vous puissiez vous en aller en France après Pâques. » Par le conseil du patriarche et des barons, le roi partit de Sayette et vint à Sur, là où la reine était; et de là nous vînmes à Acre, à l'entrée du carême ^

Pendant tout le carême le roi fit préparer ses vaisseaux pour revenir en France ; il y en avait treize, tant vaisseaux que galères.

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