SAINT LOUIS RENDANT LA JUSTICE
d'aPKÈS la statue POLYCHROME DE GUILLAUME, AU PALAIS DE JUSTICE DE PARIS
là il entre en mon hommage. » Et aussi ordonna-t-il que ceux des seigneurs qui avaient des possessions en Angleterre choisissent rhommage au roi d'Angleterre ou le sien, car disaitril : « Nul homme vivant ne peut servir convenablement deux seigneurs à la fois. »
La prévôté de Paris était alors vendue aux bourgeois de Paris ou à d'aucuns, et, quand il advenait que d'aucuns l'avaient achetée, ils soutenaient leurs enfants et leurs neveux en leurs méfaits, car
CH- QOlTTZWlLLEÎv^
Coffret de saint Louis. (Musée du Louvre.)
les jeunes gens se fiaient en leurs parents et leurs amis qui tenaient la prévôté. C'est pourquoi le menu peuple était fort foulé et ne pouvait avoir raison des gens riches, à cause des grands présents et des dons qu'ils faisaient aux prévôts. Celui qui en ce temps-là disait la vérité devant le prévôt ou qui voulait garder son serment pour n'être point parjure, au sujet de quelque dette ou de quelque chose sur quoi il fût tenu de répondre, le prévôt levait sur lui l'amende et il était puni. A cause des grandes injustices et des grandes rapines qui étaient faites dans la prévôté, le menu peuple n'osait demeurer en la terre du roi, mais allait demeurer en d'autres prévôtés et en d'autres seigneuries. Et la terre du roi était si déserte, que, quand le prévôt tenait ses plaids, il n'y venait pas plus de dix personnes ou de douze. Avec cela il y avait tant de malfaiteurs et de larrons à Paris et dehors, que tout le pays en
était plein. Le roi, qui mettait grand soin à faire que le menu peuple fût gardé, sut toute la vérité; alors il ne voulut plus que la prévôté de Paris fût vendue, mais il donna grands et bons gages à ceux qui dorénavant le garderaient. Et il abolit toutes les mauvaises impositions dont le peuple pouvait être grevé et fit enquérir par tout le royaume et par tout le pays où il pourrait trouver un homme qui fît bonne et raide justice et qui n'épargnât pas plus l'homme riche que le pauvre. Alors lui fut indiqué Etienne Boileau, lequel maintint et garda si bien la prév^ôté, que nul malfaiteur, larron ni meurtrier n'osa demeurer à Paris, qui ne fût tantôt pendu ou exterminé : ni parenté, ni lignage, ni or, ni argent ne le purent garantir. La terre du roi commença à s'amender et le peuple y vint pour le bon droit qu'on y faisait. Alors elle se peupla tant et s'amenda, que les ventes, les saisies, les achats et les autres choses valaient le double de ce que le roi y recevait auparavant.
Ce fut ainsi qu'on put voir combien le roi, quand il fut revenu heureusement en France, se conduisit pieusement envers Dieu*, justement envers ses sujets, miséricordieusement envers les affligés, humblement pour son propre compte, et avec quel zèle il s'appliqua à avancer selon ses forces en toutes sortes de vertus, c'est ce que peuvent attester les personnes qui ont soigneusement observé sa façon de vivre et qui ont connu la sincérité de sa conscience. C'est le jugement des plus clairvoyants et des plus sages qu'autant l'or est plus précieux que l'argent, autant la façon de vivre et d'agir que le roi rapporta de son voyage dans la Terre Sainte fut sainte et nouvelle et supérieure à son ancienne conduite, quoique dans sa jeunesse il eût toujours été bon et innocent et digne d'une grande estime.
Le roi^ avait toujours été large aumônier, mais depuis son retour du voyage d'outre-mer, partout où il allait dans son royaume, il faisait donner aux pauvres églises, aux maladreries, aux Hôtels- Dieu, aux hôpitaux et aux pauvres gentilshommes et gentilles femmes. Tous les jours il donnait à manger à une grande foison de pauvres, sans compter ceux qui mangeaient en sa chambre, et