CHAPITRE I
ouis de France, père du nouveau-né, était en armes devant Toulouse, guerroyant contre les Albigeois et accomplissant il avait fait de tirer l'épée li insultait à la croix , quand use bien-aimée venait de lui s. Aussitôt il quitta le camp, l'évéque de Beauvais ; Phia\ ; Gauthier , comte de Pone Seez et d'Alençon; il avait l'auguste accouchée; cependant, il s'arrêta trois jours à Lyon pour y célébrer les tnns fôtes de Pâques. En ce temps de foi et de piété, les voyageurs
faisaient des haltes religieuses dans les grands jours solennels; il y avait repos sur les routes, comme dans les ateliers.
Philippe- Auguste , qui avait pour la belle , spirituelle et vertueuse épouse de son fils , une véritable affection paternelle , accourut vite à Poissy , auprès de l'accouchée, et voulut que son petit-fils reçût au baptême, le nom de Louis. Ce nom, cependant ne se trouvait point au calendrier, n'étant pas encore celui d'un saint; et un article du concile de Nicée défendait de donner aux enfants tenus sur les fonts baptismaux d'autres noms que ceux que la religion avait inscrits sur la liste des bienheureux habitants du ciel. Pour la neuvième fois la famille de France éluda cette injonction de l'église : Blanche si soumise et si pieuse eut peut-être le pressentiment que le fils qu'elle venait de donner à la France , aurait un jour son nom placé dans les annales célestes , comme dans celles de l'histoire , et ses scrupules furent vaincus.
Le berceau du nouveau-né fut placé à côté de celui de son frère, auquel le roi Philippe-Auguste avait donné son nom de Philippe.
L'heureuse mère passait dans la chambre des enfants ses plus douces et ses meilleures heures ; et Louis YIII , faible et maladif, y venait souvent aussi se reposer auprès de ses deux fils et de leur mère, de la vie agitée de la cour et des fatigues des camps.
Ces glorieuses fatigues , il lui fallut promptement les affronter de nouveau. Le prince qui a lassé la main des historiens contraints à écrire sa vie , tant il y a amassé de bassesses et de cruautés , de hontes et de parjures, l'odieux Jean-sans-Terrè, meurtrier de son neveu Arthur de Bretagne et usurpateur de sa couronne , ayant été déclaré traître et félon par les douze pairs , devant lesquels Philippe-Auguste 'avait sommé de comparaître , ne se sentait plus solidement
établi sur le trône d'Angleterre ; la voix du mépris et de la haine ne se taisait plus ni à Londres , ni dans les provinces anglaises. Maintenant des malédictions montaient de partout vers le ciel» contre le monarque qui, après avoir ceint son front d'une couronne volée et ensanglantée, portait sa main avide et souillée sur les richesses de TÊglise.
A tous ses crimes passés bientôt il ajouta le sacrilège; des évèques furent dépouillés et proscrits par lui , et Tun d'eux que le pape avait fait cardinal , revint de Rome à Londres pour fulminer contre Jean Lackland une sentence d'excommunication ; les hauts barons d'Angleterre qui avaient été les premiers à mépriser un pareil souverain et à l'abandonner, firent alors un appel au peuple, et lui demandèrent, s'il voulait garder un rai maudit des hommes et frappé de la colère de Dieu?
Les barons et les évèques anglais ne se bornèrent pas à cet appel , ils en firent un autre à Philippe-Auguste , pour qu'il vint prendre possession , en faveur de son fils , du trône d'Angleterre. D'autres démarches avaient déjà été faites auprès du monarque français ; des négociations secrètes avaient eu lieu pour réveiller les prétentions au trône d'Angleterre que Blanche de Castille tenait du chef de sa mère, fiUe aînée de Henri IL En janvier 121 G, une ambassade solennelle vint déclarer à Philippe , alors à Poissy , que ce droit était juste et fondé , et offrir la couronne à son fils , s'il consentait à la réclamer à la tète d'une armée (*). c Le roi de France hésitait Quand Messire Loys vit que le roi ne voloit: — Sire, dit-il, s'il vous plaisoit, entreprendroie cette besoigne.
— » Par la lance Saint- Jacques , reprit Philippe, fays ce qu'il te plaist; mais crains que n'en vienras à ton escient,
(f ) BUUnre de jomI Lmt , par le marqalf de Villeaeaf e*Tnii8.
car Angloys sont traystres et félons , ne te tiendront parole.
— » Sire, dict Messire Loys, en l'adventure de Dieu soit ! ne suis votre vassal que par les fiefe que tiens de vous en ce royaume ; or devez être estranger à ce qui concerne TAngleterre.
» Le jeune prince sort à ces mots, demande aux barons anglais vingt-quatre pleiges , et incontinent s'occupe de ses préparatifs de guerre.
» Les otages des familles les plus notables des deux royaumes n'ayant pas tardé à signer le traité , Louis entra en campagne avec six cents bâtiments et quatre- vingt barques montées par trois cents chevaliers et un grand nombre de soldats. »
Louis, d'une complexion faible, était revenu du midi de la France, attristé de cette guerre contre les Albigeois; car, bien que leur hérésie lui fôt odieuse , il ne pouvait oublier qu'ils étaient nés sur la même terre que lui. Mais l'expédition qu'il allait entreprendre, les champs de bataille qui s'ouvraient devant lui, le trône qui serait le prix de sa victoire, enflammaient son courage, et la force de son ame chassait de son corps toute faiblesse et toute débilité. Blanche de Gastille était loin de chercher à modérer son ardeur ; elle portait en elle un vrai cœur d'homme , et c'était son droit que Louis allait revendiquer. Le début de cette expédition fut heureux. Le 50*mai 1246, Louis débarqua à Sandwich , et digne fils du vainqueur de Bouvines, s'empara en peu de jours du comté de Kent. Douvres seul ne lui ouvrit point ses portes; mais Londres reçut le jeune prince français avec des acclamations de joie et d'enthousiasme. Les bourgeois, les barons, Guillaume de Salisbury lui-même , surnommé Longue-Épée , s'empressèrent de lui prêter hommage et serment de fidélité. Après cet accueil, il fut couronné solennellement dans la basilique de Wes-
minster; Louis» qui s'était fait aimer en France par son affabilité et sa douceur , et dont le courage lui avait valu le nom de Cœur^'Lwn ou de Lion-pacifique, sut aussi plaire aux Anglais.
Le roi d'Ecosse » Alexandre, le reconnut, et lui offrit son amitié ; bientôt on vit se serrer autour du nouveau trône d'Angleterre , les comtes d'Oxford, d'Albermale, de Warenne, d'Arundel, le comte de Pembroke, Hov^ard et beaucoup d'autres des plus grands seigneurs des îles Britanniques.
On a dit souvent que les rois étaient de grands ingrats : Louis de France faillit par trop de gratitude. Voulant récompenser ses nobles compagnons d'armes, il leur distribua imprudemment, aux yeux jaloux des Anglais, une partie de ses conquêtes. Dès-lors, beaucoup de chevaliers, qui avaient abandonné Jean-sans-Terre , pour s'attacher à lui, se refroidirent, et bientôt désertèrent sa cause. Ce qui contribua encore davantage à éclaircir les rangs des partisans du jeune monarque , fut la mort inopportune de ce Jean Lackland , si souvent maudit. Lui mort, une partie du peuple pensa qu'il lui serait plus facile de maintenir ses libertés nouvelles avec un prince anglais , fils du souverain qu'ils avaient dépossédé , qu'avec un prince étranger.
Le refroidissement, l'inconstance populaire , la désertion auraient pu décourager une ame vulgaire ; mais lui , Cœurde-Uon , lutta avec énergie contre les commencements de sa mauvaise fortune : même après la perte de la bataille de Lincoln , alors que tant de lances sur lesquelles il avait dû compter , s'étaient tournées contre lui ; alors que l'enthousiasme manquait à ses soldats et l'argent à ses coffn^s , il tenait ferme encore , et écrivait à son père de lui envoyer de l'or et du fer.
Philippe-Auguste , devenu vieux, avait perdu de son
amour des batailles , et ne sentait plus au-dedans de lui cette vive espérance qui se trouvait au cœur de son jeune fils ; encore meurtri des foudres de Rome, il craignait d'exciter de nouveau la colère du souverain pontife, protecteur des Plantagenet, et ne répondait que froidement aux demandes de Louis. Blanche de Castilie s'indignait de voir ainsi abandonner sur une terre hostile le père de ses en • fants; elle vint un jour trouver son royal beau-père, et lui dit en se jetant à ses genoux (^ ) :
— Comment, sire, laissercz-vous mourir vostre fils en estranges terres? Sire , par Dieu ! il doibt être rostre héritier; envoyez-lui dont il a besoin, du moins les revenus de son apanage.
— Certes, Blanche, dit li roy; rien n'en feroy-je.
— Non , sire ? dit la dame.
— Non , vrai.
— Alors , sais-je bien que feroy.
— Quoy donc ?
— Par la benoite mère de Dieu! ay beaux enfants de monseigneur ; les mettroy en gaige et trouveray qui me prêtera sur eulx!
Et quitta li roy comme insensée et hors d'elle-mesme. Quand li roy la vist aller ainsi esmue , pensa qu'elle allait exécuter ce que disoit ; il la fit rappeler et li dist :
— Blanche, vous donneroi de mon trésor autant que voudrez et en ferez que bon vous semblera.
— Sire , dist Blanche , vous dictes bien !
On luy deslivra les grands trésors , et elle les envoya à son seigneur et maître.
Ces trésors ne suffirent pas : ils arrivèrent trop tard. Louis de France fut bloqué dans la célèbre tour' blanche
0) Mathiea Péris.
bâtie par GuîlIaume-le-Conquérant; et il n'en sortit que par un traité où le fils de Philippe-Auguste maintint toute la dignité du nom français.
Vieillir, c*est voir mourir: le monarque français, chargé d'années , fut atteint d'une grande douleur. Dans l'année i2i8, il vit passer de jeunesse à trépas, l'atné de ses petilsfiLs, auquel il avait donné son nom, et dont le savoir et Vintelligence estontwient desjà clercs et Preud-hommes. Ce jeune prince n'avait que neuf ans , et quand son aïeul , homme do fer et de batailles , vit son petit cercueil emporté au caveau de Notre-Dame, il se prit à pleurer comme une femme, et mêla ses larmes à celles de Louis de France et de Blanche de Castille.
Une mort d'enfant dérange souvent toute une destinée , et change bien des caractères ; celui du vainqueur de Bouvines fut profondément altéré par la perte du jeune prince, qui devait être appelé Philippe III. Dieu ne révéla pas alors à l'aïeul ce que devait être un jour son autre petit-fils.
Le lys qui a fleuri au pied du chêne séculaire, peut mourir, et il ne isera rien changé au roi de la forêt; ses branches et sa cime resteront verdoyantes : il n'en est pas de même de l'homme ; ce n'est point impunément qu'il voit périr le fils qui a grandi et fleuri à ses côtés.
Chaque année ajoutait à l'affection, à l'admiration que Philippe-Auguste avait pour Blanche de Castille. Comme fille, comme épouse, comme mère, comme princesse rapprochée du trône , elle était de plus en plus appréciée par la France et par son monarque. Il est vrai que, pour s'emparer du cœur des Français, Dieu l'avait douée de tout ce qui pLntt à un peuple galant et chevaleresque: elle unissait en elle, beauté, esprit, vertu et force de caractère. Brillante d'attraits dans une fête de la cour, elle était pleine d'autorité dans un conseil ; elle charmait la jeunesse par sa grâce, et la vieillesse
s'étonnait de sa sagesse et de la profondeur de ses vues, A pareille femme , on le voit, se pouvait confier l'enfance d'un prince. La mère qui avait tant de foi et de piété, devait en imprégner son enfant; celle qui portait le cœur si haut, devait élever le cœur de son fils jusqu'à ces régions voisines du ciel, qui sont, pour ainsi dire, spécialement sous les regards de Dieu.
Blanche de Castille et Louis VIII avalait eu soin d'entourer les berceaux de leurs enfants de tout ce que la France avait de plus pur et de plus vertueux. Ainsi , les premières leçons que reçut le jeune Louis , furent toutes de gloire et de vertu. Mathieu II de Montmorency, premier baron chrétien ; Guillaume des Barres , comte de Bochefort , surnommé V Achille français; Clément du Mez, maréchal de France, étaient les hommes qu'il voyait tous les jours , et qui étaient tous pour lui des leçons vivantes de loyauté et de prud'homie. Dans les livres , il y a de bons et grands enseignements; mais les meilleurs , les plus puissants de tous , ce sont les bons exemples.
.Pendant l'enfance du jeune Louis, le roi, son grand-père, reçut au Louvre , qu'il ne cessait d'embellir et d'orner , un hôte illustre et qui frappa vivement l'imagination du fils de Blanche et de Louis Cœur-de-Lion : cet auguste voyageur était Jean II de Brienne , roi de Jérusalem. Dans ses instructions à son fils, Blanche avait souvent répété le nom de la ville sainte, et déjà l'esprit du jeune prince s'était fortement attaché aux lieux témoins de la vie et de la mort du divin Bédempteur. Jean de Brienne était venu en Europe pour rallumer le feu sacré au cœur de ses frères en royauté ; quêteur couronné, il leur demandait, pour la conservation du saint tombeau, des hommes et de l'argent. Philippe-Auguste aurait voulu faire mieux et plus que d'accorder seulement des secours au roi de Jérusalem : il s'irritait contre les infirmités de
sa vieillesse , qui Tempèchaient de reprendre le bourdon , la croix , et sa vieille épée qui avait déjà brillé auprès de celle de Richard Cœur-de-Lion , au soleil de la Palestine.
Le petit-fils du monarque français entendait ces regrets , et toutes les fois que le nom de Jérusalem était prononcé devant lui , son attention s'éveillait, son imagination s'exaltait, et son cœur se mettait à battre plus fort dans sa poitrine. Blanche s'apercevait de cette émotion de son fils, et l'en aimait davantage.
Pendant que Jean II de Brienne était à Paris, une immense comète fut aperçue dans le ciel par les astronomes du temps , et signalée par eux au peuple. Aussitôt une vive et profonde terreur se répandit dans toute la nation. Dans les villes, dans les campagnes, on remarquait avec effroi que la comète avait sur son disque lumineux une grande tache de sang. Ceci ne pouvait pronostiquer que malheur et calamité.*, de sinistres prophéties ajoutaient à la frayeur publique... et dans toute la France on ne douta plus qu'un grand de la terre ne dût mourir , et que ce grand ne fût le roi Philippe-Auguste.
Ce monarque , qui régnait avec gloire et autorité depuis quarante ans , et qui , pour se consoler de ne pouvoir plus guider ses fidèles et vaillants soldats à la victoire, consacrait le reste de sa vie à l'agrandissement et à rembellissement de la capitale de son royaume, venait de convoquer au Louvre, pour la fin de juin 12^3 , un parlement féodal où devaient s'agiter les grandes questions de la religion , de la politique et de la monarchie.
Paris et la France étaient dans l'attente de l'ouverture do cette noble et solennelle assemblée, quand deux messagers arrivèrent à peu de distance l'un de l'autre, de la petite ville de Mantes, où le roi était allé s'éventer et prendre l'air; tous les deux apportaient de tristes nouvelles : les
jours du monarque étaient en dangen... A Tinstant même , toutes les églises de Paris se remplirent de foule : grands et petits, riches et pauvres, hommes de justice, hommes d'armes, gens de toutes classes, femmes, enfants, vieillards n'avaient plus qu'un cri, qu'une prière. tSeigneur! Seigneur! sauvez le roi! écoutez'nous , quand nous vous invoquons pour lui! >
A la porte des églises , dans les rues , sur les places publiques, on s'enquérait de détails sur la maladie, cause de tant d'alarmes; on racontait comment la douce et pieuse Isemburge, si longtemps délaissée, était accourue de sa retraite de Corbeil pour donner ses soins au royal moribond , et comment ses soins étaient partagés par Blanche de Castille et par Louis de France.
Malgré les prières du peuple , malgré les soins de sa famille, malgré les secours de l'art, le fils de Louis VII, qui avait tant ajouté de provinces , de puissance et de gloire au royaume qu'il avait reçu de son père, et qu'il allait laisser à son fils, trépassa chrétiennement, le 14 juillet 1225.
Celui dont l'ame venait de comparaître devant le roi des rois, devant le juge suprême qui pèse dans les balances de son équité toutes les gloires humaines, Philippe- Auguste, avait toute sa vie été magnifique ; il le fiit encore après sa mort : sans compter les joyaux ('), les pierreries, ornements de toute espèce laissés à la royale basilique de Saint-Denis ; les legs pieux aux églises , aux abbayes , aux léproseries et maladreries, et à divers personnages de l'état, s'élevèrent à huit cent quatre-vingt-treize mille marcs d'argent monnayé (environ 50,000,000 de fr.). Parmi ces legs, il y en avait un de cinquante mille marcs d'argent , aux Hospitaliers et aux
(*) GoiUaame-le-Breton ; Le Blanc, Traité (Us monnoia»
Templiers, pour entretenir, pendant trois ans, cent chevaliers de plus au service du Saint-Sépulcre.
Les obsèques de ce grand roi fiirent dignes de la mémoire qu'il laissait. Sa renommée guerrière n'avait été ni vaine , ni stérile; par lui, la Normandie, l'Anjou, le Maine, la Touraine , le Poitou , l'Auvergne , le Vermandois et l'Artois de^ vinrent à jamais partie intégrante de la France. Il était parvenu à comprimer l'esprit turbulent et envahisseur des grands vassaux de la couronne; et, en agissant ainsi, il leur avait appris à craindre et à respecter la royauté; en accordant sa protection aux communes, il donna plus de force et de solidité au trône. Depuis Charlemagne , pas un seul souverain n'a doté la France de plus de puissance et de grandeur. Philippe* Auguste n'avait pas voulu que sa valeur ne fût employée qu'à agrandir son royaume , et il s'était croisé pour aller avec Richard Ckeur-de-Lion délivrer le saint tombeau. Malgré ses prodiges de courage et ses nombreux faits d'armes en Palestine , il y fut éclipsé par son royal frère en chevalerie , Richard Plantagenet, dont l'ombre faisait tressaillir les chevaux sarrasins , et qui revenait du con^t la cuirasse hérissée de flèches y comme une pelotte couverte d'aiguilles.
Le jour des funérailles du vainqueur de Bouvines , dans le trajet du palais du Louvre, bâti et embelli par lui , jusqu'à la nouvelle basilique de Saint-Denis , merveille créée par Suger (*), ami et ministre de Louis-le-Gros et de Louis YII , les Français virent pom* la première fois , dans une solennité publique , le jeune prince qui était devenu , par la mort de son frère Philippe , l'héritier présomptif de la couronne de Louis VIIL
Ce roi marchait le premier après le cercueil du monarque trépassé; et l'altération de ses traits révélait encore plus
(') Celle qai existe anjourd'hoi.
sa douleur filiale, que ses longs habits de deuil. Près de lui. Ton voyait aussi, vêtus de violet, tous ses enfants en âge de marcher; Louis à leur tète, âgé alors de huit ans. Jean de Briennè, roi de Jérusalem, était venu se joindre au cortège ftmèbre ; on le remarquait près du comte de Boulogne , frère du nouveau roi , et au milieu des princes du sang.
Sur la route, et dans l'église , parée de deuil comme une veuve, je ne sais quel attrait tenait attachés les yeux du peuple sur le fils de Louis et de Blanche de Castille : Dieu laissait-il déjà tomber un rayon de gloire sur la blonde tête de l'enfant? ou sa beauté naturelle fascinait-elle d'elle-même les regards de la foule? Je ne puis le dire; mais, toujours est-il, que lorsque grands seigneurs, hauts et puissants barons, bourgeois, artisans et petites gens furent de retour chez eux, tous le .vantaient à l'envi. La vue de cet enfant avait jeté des semences d'espérance dans toutes les âmes.
La pierre qui scèle le caveau royal de Saint^Denis , était à peine retombée sur le cercueil de Philippe, que déjà Ton attribuait au défunt monarque ces paroles, comme ayant été dites par lui, sur son lit de mort :
c Les gens d'église pousseront mon successeur à guerroyer contre les Albigeois; il perdra sa santé en cette fatale entreprise; il y périra même de mort, et le royaume tombera ès-mains de femme et d'enfant. >
Ces paroles, si elles ont été prononcées parle roi mourant, lui étaient inspirées d'en haut , car elles se sont réalisées : heureusement que la femme y aux mains de laquelle est tombée la régence du royaume, a été la reine Blanche; et que Venfani a été Louis IX , notre plus grand roi.