‹ Saint Louis et son siècleChapitre 3 sur 30 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Le vieux cri français: le roi EST HQitT, VIVE LE ROi! quï venaïl de retentir sous les voâtes de lu basilique funèbre, était répété par tout le royaume, et le nouveau roi, pour lequel la France demandait maintenant de longs jours était Louis, huitième du nom.

Le roi est hort, vive le roi: « un double principe politique est renfermé dans cette acclamation de la douleur et de la joie ('): l'hérédité de la famille souveraine,

(■) CUlMobrusd , Mélmftt fOliUq^ei.

rimmortalité de Tétat. C'est à la loi salique que nous devons, comme nation, une existence dont la durée n'a pas d'exemple dans les annales du monde. Nos pères étaient si convaincus de l'excellenoe de cette loi, que dans la crainte de la violer , ils ne reconnurent point immédiatement Philippe-de-Yalois pour successeur de Charles-le-Bel. A la mort de celui-ci, la monarchie demeura sans monarque. La reine était grosse , elle pouvait porter le roi dans son sein ; en attendant on resta soumis à la légitimité inconnue, et le princijpe gouverna en l'absence de l'homme. >

c Louis YIII , dit l'historien du Baillant , fut bon et vertueux prince, et si peu de temps roi, qu'il n'a autre surnom , sinon de père du roi saint Louis. »

Du Baillant, commet dans ce peu de mots, plusieurs erreurs et injustices : Louis VBI fut le fils d'un grand roi , et le père d'un roi plus grand encore ; Louis fut surnommé Cosur-de-Lvon , ou Lion pacifique tout à la fois à cause de son courage et de sa douceur. Son courage , l'Angleterre l'a vu , comme la France a connu sa valeur, sa piété et son amour de la justice.

€ Il choisit son fils atné pour lui succéder , laissant à ses autres enfants , des apanages ; l'accession du premier-né à la couronne , n'était pas encore un droit indépendant de la volonté paternelle {*). >

Pour plaire à la France, le fils de Philippe- Auguste avait plus d'un titre à l'amour et au respect de la France : il était brave, pieux et justicier, et de plus époux de Blanche de Castille. Mon-seulement le royaume , mais l'Europe entière savaient maintenant ce que valait cette princesse ; Philippe-Auguste , bon juge en fait de mérite , la consultait souvent, et plus d'une fois, l'appela dans son

(1) Ètiidei historiques de ChftteaabriaDd.

conseil, où de vieux hommes d'état façonnés aux affaires, s'étonnaient de sa sagesse , de son savoir et de la longue portée de ses vues en matières politiques.

Le règne de Louis YIII , ne fut en quelque sorte que la continuation de celui de son prédécesseur dont la gloire se reflétait sur lui. Ce prince n'avait ceint la couronne que depuis quelques mois , lorsque le fils de Jean-sans-Terre , qui avait refusé d'assister à son sacre , le somma d'exécuter un traité passé entre la France et l'Angleterre , le 1 1 septembre 1216. Cette exigence était de fait une déclaration de guerre ; car jamais le baronage de France n'eût souscrit à la restitution du duché de Normandie , ni à celle des autres domaines arrachés des mains du meurtrier d'Arthur de Bretagne.

La réponse de Louis VIII fut ce qu'elle devait être , la publication pure et simple de l'arrêt de confiscation rendu contre le prince traktre et félon, par la cour des pairs qu'avait convoquée Philippe-Auguste (*)•

< Légitime possesseur de ses biens , avait ajouté

> Louis Vin, je ne me refuse point à justifier de mon » droit devant mes barons de France; mais Henri a le » premier lacéré le traité , en tirant , au mépris des con- » ventions , une forte rançon des Français pris à Lincoln :

> de plus, les libertés d'Angleterre, jurées par ce traité, ne • s'observent nullement. Ainsi , je ne céderai pas un pouce » de terrain ni la valeur d'un fromage , de tout ce que mon » père , d'illustre et regrettée mémoire , a confisqué. »

Aux princes , il ne faut pas seulement de nobles paroles ; il faut qu'ils appuient leurs bien-dires par les armes : c'est ce que fit l'époux de Blanche de Castille. A la tête d'un

(1) Goillaume de Puylaoreas ; Vie de Lom V///; anonyme; FmIs et gestes de Louis Mil, par de Bray, etc. , etc.

grand nombre de chevaliers , il partit pour le Poitou et la Saintonge ; il établit des garnisons à Niort et à Saint-Jeand'Angély, et s*avança jusque sous les murs de la Rochelle, où Savary de Mauléon » avec trois cents chevaliers et une multitude de sergents et de soldats , avait juré de se défendre jusqu'à la dernière extrémité. On devait donc s'attendre à une forte résistance , à des assauts meurtriers , et à un long et périlleux siège.

Louis avait écrit à la reine toutes ces circonstances, et lui avait indiqué le jour où il commencerait l'attaque de cette ville devenue anglaise.

Ce jour venu , Blanche de Castille, ainsi que Bérengère, sa nièce , reine de Jérusalem, et la reine Isemburge, se rendirent pieds-nus et processionnellement à Notre-Dame , suivies des enfants de France , pour implorer l'assistance du Seigneur, Dieu des armées. Ces prières, secondées par la valeur et les exploits de l'armée française, furent écoutées de Dieu. La Rochelle, bloquée de toutes parts ^ après trois semaines de siège , se rendit à discrétion.

Louis revint victorieux au Louvre. Grande fut la joie de sa vaillante épouse, de ses jeunes enfants, des bannerets, des gens d'église, des bourgeois et du peuple, quand le digne fils du vainqueur de Bouvines fit sa rentrée solennelle dans sa bonne ville de Paris, si agrandie, si embellie et ceinte de si belles murailles par son illustre père.

Lui , dont la faible santé avait besoin de repos , ne put cependant demeurer que peu de temps au milieu de sa famille. La guerre venait de se rallumer dans le midi du royaume.

Le jeune Richard Plantagenet, duc de CornouaiUe, accompagné de Guillaume Salisbury , son oncle , débarqua inopinément à Bordeaux ; Saint-Macaire , place alors importante , fut enlevée de vive force par les Anglais. La ville de

La Réole sut leur opposer une invincible barrière. Richard, qui ne comptait pas sur cette résistance, et qui venait d'être averti que Louis Cœur-de-Lion était proche et brûlait du désir dç se mesurer avec lui , repartit en toute hâte pour i*etourner vers Londres , laissant au comte de Salisbury le soin de rallier son armée débandée.

Salisbury lui-même fut bientôt forcé de quitter le sol de France, et de suivre le même chemin que venait de prendre son neveu.

Ces batailles et ces guerres contre les Anglais étaient toujours approuvées par Topinion populaire. 11 n'y avait homme de labour à sa charrue , femme de village filant ssr quenouille qui ne désirassent , comme les habitants des bourgs et des villes, que l'Anglais fût chassé une bonne fois du duché d'Aquitaine et de tous les points de France , qu'insolemment il regardait comme sien.

Mais il y avait une guerre qui , malgré la vivacité et l'ardeur de la foi du xm*" siècle, n'obtenait pas le même assentiment; c'était celle contre les Albigeois.

Deux parlements tenus à Paris, l'un le 28 janvier 1226, l'autre le 20 mars de la même année , déclarèrent qu'il serait bon et utile que le roi en personne marchât contre l'hérésie. Louis partit donc, et, en entrant en campagne, il avait , outre les motifs politiques et religieux , un ressentiment qui lui était personnel. Il lui tardait de venger le meurtre d'un ami, d'un parent, de Guillaume de Baux, prince d'Orange, écorché vif et coupé en pièces par des Avignonais, dévoués ouvertement aux intérêts albigeois. A Montpensier, une des haltes du voyage, Louis, pressentant que de longs joui*s ne lui étaient probablement pas réservés, fit son testament; puis se hâta d'arriver en face d'Avignon , où tout était préparé pour une longue et vigoureuse résistance.

A peine le monarque français avait-il planté sa tenté royale sous les murailles de la ville, que plusieurs poètes d'alors avaient surnommée VOrientale h cause de ses monuments, que des propositions de reddition de la place lui furent faites ; mais Louis , ayant acquis la preuve que sous ces propositions pacifiques, était caché un piège, s'écria devant ses barons et ses soldats : < Je jure , par la mémoire de mon père, que dussé-je demeurer trois ans autour de ces remparts, je ne départirai du champ où flotte mon pavillon. >

Les assauts furent nombreux; de part et d'autre, l'acharnement et les exploits furent grands. Après une longue et désastreuse résistance , après de cruelles maladies qui décimèrent indistinctement les assiégeants et les assiégés, la ville se rendit et ouvrit ses portes au vainqueur.

Ce boulevard du Languedoc emporté , la province sans défense s^empressa de reconnaître l'autorité du roi de France. Louis voulait poursuivre ses succès et aller mettre le siège devant Toulouse ; mais l'abandon d'un des plus grands vassaux de la couronne, de Thibaut, comte de Champagne , lui fit a grand regret reprendre le chemin de Paris. Il aurait voulu en finir avec les Albigeois comme il avait fait avec les Anglais.

Sur sa route, il s'arrêta au château de Montpensier, oii il était déjà descendu en allant assiéger et prendre Avignon. \Â , il avait eu comme un pressentiment de sa fin prochaine ; là, il devait mourir.

Le château de Montpensier appartenait à cette époque à Guichard IV et à son épouse Catherine, dauphine d'Auvergne : l'un et l'autre prodiguèrent à leur royal hôte les soins les plus empressés et les plus assidus. Le mal qui l'avait atteint (la dysscnterie) ne faisant qu'augmenter, le fils de Philippe-Auguste vit et envisagea avec sang-froid le danger

dans lequel il se trouvait, et fit approcher le chancelier Guérin et plusieui'S évèques et bannerets qui Tavaient suivi dans son expédition. Quand ils furent tous autour de son lit, se soulevant avec peine, tant il était déjà affaibli par les progrès du mal , il leur dit :

— Féaux amis, j'attends de vous une nouvelle preuve de votre fidélité. Jurez • entre mes mains défaillantes , d'obéir au prince du royaume , de vous rendre près de lui , et de le faire couronner aussitôt que j'aurai passé de vie à trépas. Et si, ce qu'à Dieu ne plaise, Louis venait à mourir, jurez-moi d'agir de même à l'égard de Jean , son frère.

Au nom des princes, des prélats et des barons qui étaient tous vivement émus du spectacle qu'ils avaient devant les yeux , des paroles qu'ils venaient d'entendre et du serment qu'ils venaient de prêter devant Dieu et devant leur maître et seigneur agonisant, Mathieu de Montmorency (désigné pour avoir la garde de l'héritier de la couronne) jura de soutenir , envers et contre tous , les droits de Louis , et de répandre pour lui jusqu'à la dernière goutte de son sang.

Après avoir reçu ce serment, Louis VIII dicta un second testament, par lequel il désignait son fils aîné comme unique possesseur des domaines royaux (') laissés par Philippe- Auguste , ainsi que du trésor déposé dans la maîtresse tour du château du Louvre.

< De ses onze enfants (% six seulement vivaient encore : Jean, son second fils, portait déjà le titre de comte du Maine et d'Anjou; le comté d'Artois formait l'apanage du troisième; Alphonse, le quatrième , se trouvait désigné comme futur suzerain du Poitou et de l'Auvergne. Louis destinait

(' I Faits el Gestes de lAtuis VIU , par de Bru y.

(') Histoire de saint Louis , par le marqui? de Villeneave-Trans.

Charles, le cinquième» à TËglise ; et Isabelle de France était comprise dans l'héritage paternel pour une somme de vingt mille livres (environ 540,000 francs).

» Le monarque consacrait ses pierreries à la fondation d'une église en l'honneur et révérence de Madame la Vierge Marie.

» Il donnait pour douaire, c à sa très chière espouse et compaigne , son illustre royne Blanche, » les fiefs et villes de Corbeil , Meulan , Melun , Dourdan ; la baronie d'Estampes et trente mille livres en argent monnayé (510,000 fr. Ses exécuteurs testamentaires étaient le chancelier Guérin, les évèques de Paris et de Chartres, et l'abbé de Saint- Victor. >

Dans toutes ces dispositions, le roi mourant ne déclarait pas expressément Blanche de Castille régente du royaume pendant la minorité de son fils; peut-être croyait^l avoir encore le temps de dicter un acte formel qui réglât tout à cet égard. Comme tant d'autres moribonds, le roi s'était abusé; la mort, dont la barrière du Louvre ne défend pas les roiSf ne lui accorda pas le répit sur lequel il avait peut-être compté ; elle l'enleva à son royaume le 8 novembre i226, après un règne de trois ans, et avant qu'il eût atteint sa quarantième année.

Les télégraphes, la vapeur, les chemins de fer, ont, pour ainsi dire , donné de nos jours des ailes à toutes choses. A l'aide de ces inventions, le bien et le mal, la joie et la douleur , ont pris de la rapidité des flèches et du vol des oiseaux. Au XIII® siècle, en France, comme partout, il n'en était pas de même; les communications étaient rares et lentes. Cette absence de voies directes allongeait bien plus toutes les distances, et, dans ce temps-là ^ les nouvelles n'allaient guère plus vite que les voyageurs.

Ainsi, au Louvre, on savait que le roi de France s'était

arrêté à Montpensier ; mais le messager , chargé d'apporter à Paris la notification de la mort du monarque, n*y était pas encore arrivé huit jours après ce grand événement.

Louis avait écrit de Montpensier à la reine » et dans cette lettre avait fixé le jour de son retour dans la capitale. Ce jour-là venu , Blanche de Castille était sortie du Louvre , montée sur une haquenée magnifiquement caparaçonnée; auprès de la reine , chevauchait avec grâce le jeune prince Louis; dans une litière, ses frères et sa sœur suivaient à quelque distance, escortés par les officiers de la maison royale : tous allaient ainsi allègrement à la rencontre du roi.

Quand ce cortège fut en dehors des murs de Paris, Louis de France, voulant être le premiei* à embrasser son père , hâta l'allure de son cheval, et, avec la permission de la reine , la laissa bientôt loin derrière lui ; son gouverneur et quelques chevaliers le suivirent. Sa mère souriait à cette impatience filiale , quand tout-à-coup on vit le jeune prince et son oncle revenir. Hélas ! ils n'avaient fait que courir audevant du malheur! à quelque distance, ils avaient rencontré le chancelier chargé de la fatale nouvelle , et qui , ayant reconnu le fils atné de Louis YIII , dont il venait de recevoir le dernier soupir, avait mis pied à terre, et, fléchissant le genou , avait salué le noble adolescent du titre de roi.

A ce mot, d'abondantes larmes s'étaient échappées des yeux du jeune prince...

A la pâleur, aux yeux rougis de son fils , à la consternation répandue sur tous les visages des chevaliers qui revenaient vers elle , Blanche de Castille connut tout de suite le malheur qui la frappait. Femme aimante , épouse tendre et qui n'avait jamais eu que des jours de paix, d'union et de bon accord avec le prince dont elle avait partagé le trône , elle pleura sincèrement, amèrement son royal époux.

La piété du prince , que Dieu venait d'appeler au céleste royaume , la foi vive qu'elle gardait elle-même en son ame , comme un baume pour toutes les douleurs, adoucirent les regrets de la veuve chrétienne.

Dans sa première entrevue avec la reine, le chancelier lui remit un écrit, que le roi avait dicté sur son lit de mort, et dont voici la teneur :

c Louis, par la grâce de Dieu, roi des Français, aux amés et féaux qui verront ces présentes , salut et dilection.

> Vous saurez, qu'accablé de grave maladie, et craignant qu'il n'arrive des malheurs et des troubles en notre royaume , nous avons adjuré les barons et les prélats qui étaient autour de nous , par la fidélité qu'ils nous devaient; et ils nous ont promis , que le plus tôt qu'ils pourraient , si Dieu disposait de nous , ils rendraient hommage à notre fils, comme à leur seigneur et roi, et qu'ils s'efforceraient, autant que cela leur serait possible , de le faire couronner. Comme ils ont prêté serment avec une volonté spontanée , nous désirons que tous nos hommes en fassent de même, et qu'ils se rendent au jour indiqué pour le couronnement. »

Le 15 novembre 1226, les funérailles furent célébrées avec grande solennité et magnificence. Le comte de Boulogne ayant conduit son royal neveu auprès du cercueil du roi mort, se prosterna et pleura longtemps avec le jeune roi, sur les restes de son frère.

Peu de jours après les pompes de la tombe , la femme forte ^ mère de Louis IX , rassembla le conseil : elle venait d'y adjoindre le duc de Bretagne, le connétable et le cardinallégat de Rome, témoins de la mort du dernier roi, et qui l'avaient entendu dicter ses dernières volontés. Dans ce conseil, il fut arrêté que des copies de l'acte qui spécifiait formellement ces volontés , seraient envoyées à tous les grands vassaux et bannerets; et que l'on y joindrait la lettre

suivante , revêtue du sceau de rarchevêque de Sens et des évéques de Soissons et de Chartres.

c Sachez , chiers sires , que nous étions présents en l'ab- » baye de Montpensier, lorsque l'illustre et très chier sei- » gneur, notre roy Loys, s'est trouvé malade; à son lit » de mort , il a déclaré , avec liberté d'esprit , que son » Hls atné et successeur, comme les autres rejetons en- » core enfants, seraient placés sous la tutelle de notre » dame Blanche , leur mère, jusqu'à ce qu'ils parviennent » à l'âge légitime ; et , comme le roi seigneur a dit ces > mots devant nous , nous l'attestons de notre scel. »

Voilà donc une femme et un enfant, à la tète d'un royaume que l'Europe regarde toujours comme un de ces points de la terre d'où sortent les grands événements qui remuent le monde. Et, dans quel moment, la puissance tombe-t-elle aux mains de la veuve de Louis YIII !

En 1226, l'Allemagne, ordinairement pays de sagesse et de repos, était sourdement agitée; et, ce qui avait éveillé ce trouble, c'étaient les divisions de l'empereur et de Rome. D'un autre côté , par-delà les Pyrénées , les rois d'Aragon , de Castille et de Navarre, sans cesse occupés à repousser les attaques des Maures, étaient dans l'impossibilité d'appuyer de leurs forces la nouvelle régente de France. Henri III, d'Angleterre, était bien lié pour trois ans encore par un traite solennel; mais l'expérience du passé n'apprenait-elle pas à la France que la foi anglaise observe peu les traités , quand il y a intérêt et avantage à les rompre? De ce côté-ci des monts , le comte de Toulouse n'avait-il pas , pour le tenir constamment en haleine , le terrible Simon de Montfort ?

On le voit. Blanche devait peu compter sur l'appui du dehors; aussi, en pesant tout, en étudiant les différentes cours qui pouvaient lui être favorables ou hostiles, elle se convainquait de plus en plus qu'il n'y avait qu'une seule

puissance dans laquelle elle devait mettre une confiance il* limitée , et c'était celle de Dieu : en lui et en son bon droit,, elle puisait sa force et son espérance. C'est de là que venait la fermeté toute virile de cette princesse , c laquelle prinst couraige d'homme en cueur de femme. >

Pendant que sur à\\evs points de l'Europe , des intérêts divers s'agitaient et se croisaient. Blanche , préoccupée de l'avenir de son fils, auquel se rattachaient le bonheur, la prospérité et la gloire de la France , ne perdait pas un instant pour réunir à Reims les grands vassaux de la couronne; avec la double sollicitude de reine et de mère , elle hâtait de tous ses vœux la journée du couronnement de Louis IX.

Déjà le jeune roi, avant d'aller s'agenouiller dans le sanctuaire de Saint-Remi , avait reçu de son oncle , le comte de Boulogne , l'éperon d'or et la ceinture de chevalier.

C'était là un bon et salutaire usage ; il était bien d'enseigner au prince qui devait porter la couronne, les nobles maximes et devoirs de la chevalerie. Dans cette religion créée par les hommes, comme dans le christianisme créé par Dieu , il y avait de grands et sublimes enseignements.^ La vie d'un vrai chevalier était toute d'abnégation et de courage : la chevalerie, c'était la charité armée; il était donc bon d'y agréger les rois. Car , celui qui ceint le diadème , comme celui qui porte le heaume, n'est-il pas obligé de vivre bien plus pour les autres que pour lui-même ? Si le trône est si haut placé , n'est-ce pas pour que celui qui a droit de s'y asseoir ^ voie mieux toute la grande famille que Dieu lui a donnée à gouverner, et puisse connaître ceux qui sont mal à l'aise , que l'on froisse , et qui se plaignent ?

Le chevalier est marié à son épée ; le jour , il la porte avec orgueil à son côte; la nuit il l'append au chevet de son lit ; et , après sa mort , on la couche avec lui dans sa tombe. Le roi qui comprend bien la royauté , ne doit guère plus se

séparer de l'épée qu'il a reçue à son sacre , que du sceptre et de la main de justice qui lui ont été remis en même temps. Le monarque n'a pas seulement le long manteau de pourpre, il revêt aussi Tarmure de fer, et alors il faut que le glaive royal brille au soleil : signe d'espérance pour les bons , signe de terreur pour les ennemis du peuple !

C'était donc une bonne préparation à la grande solennité du couronnement, que d'avoir conféré au jeune Louis IX Tordre chevaleresque de l'Étoile.

Le collier de cet ordre (*) était formé de trois chaînes entrelacées de roses d'or émaillées de blanc et de rouge ; l'astre aux cinq rayons y était suspendu , avec la devise :

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