CHAPITRE XXN
A peine mort, Louis IX éUiit
d^ regardé comme un saint,
et les bwnmefl que Yoa voyait
agaiouiUés autour de la tente du
monarque ne priaient pas pour
le repos ck l'ame du roi , mois
lui denaadaieot coouie à un
bienheureux déjà rendu auK
parris ieâeates, d'obtenir de
Dieu qu'il leur fiât accordé de roToir leur patrie. €epe»dant
ces restes que la dotrieur aimùt à contempler lurent enleTëg
aux regards de la foule. ■ D'après les ordres (') du ccHnte
(>] VillMen«-TnB>.
d'AnjoQ, les cbirar^ens procédèrent à rembamnement , commencé pnr rextraction du cceur et des entrailles, que Charles destinait à Tabbaye sicilienne de Montréal; puis on plaça le corps dans une énorme chaudière pleine d*eau-de-Yie , jusqu'à Tentière séparation des os et de la chain
> Le cœur et les ossements ayant été lavés et enveloppés d'une fine toile imprégnée de parfums i furent scellés dans un coffre précieux.
» Le roi de Sicile les confia à Geoffroy de Beaulieu , confident des plus secrètes pensées du royal défimt, en rengageant à mettre sur le champ à la voile pour la France. »
Mais à cette annonce, un soulèvement général éclata dans le camp : c Non , non, » se mit à crier de toutes parts le peuple armé, et les voix des chevaliers se mêlaient à celles des soldats : < Non , non; les restes de notre roi, le cœur de notre saint et vaillant chef ne nous seront point enlevés; nous les garderons , nous les emporterons au pays : avec ces reliques nous serons invincibles.
Philippe, successeur du saint et du héros, et Charles d'Anjou , comprirent le cri de l'armée et y firent droit.
Après plusieurs jours de deuil, après que les hérauts d'armes eurent crié par trois fois : < Le Roi est mort, vive le Roi ! > Philippe ill écrivit à la reine-mère et aux régents de France, en leur demandant d'ordonner par tout le royaume des services et des prières c pour le noble mort aymé de » Dieu et des hommes, Loys, de pieuse et vaillante mé- » moire, illustre roy des François, notre seigneur et père * adoré* »
Le nouveau roi n'étant pas eneore entré en convalescence, Charles d'Anjou prit le commandement de l'armée chrétienne, avec la résolution de poursuivre activement la guerre. Les troupes qu'il avait amenées de son royaume
se montraient impatientes de combattre, et parmi les croisés débarqués en même temps que Louis IX et que la maladie ne retenait pas couchés et énervés, la même ardeur belliqueuse existait, et pour se distraire de leur douleur, barons, chevaliers et hommes d'armes deman* daient à grands cris les batailles.
Plusieurs combats ftirent donc livrés autour du lac de la Goulette, dont le roi de Sicile voulait s'emparer, pour approcher de Tunis. Les Maures, si insolents et si hardis quand ils avaient eu pour auxiliaire l'impitoyable et dévorante peste , n'osaient plus défier les chrétiens , depuis qu'une température moins ardente était venue diminuer les ravages du fléau. Du moment que les soldats de la croix faisaient des sorties de leur camp, les hordes musulmanes s'éparpillaient comme des troupes d'oiseaux effrayés, et couraient chercher leur salut dans les profondeurs de leurs sables sans fin. Cependant dans plusieurs rencontres , ils furent atteints dans la plaine , et y laissèrent une grande quantité de blessés et de morts ; une autre fois , leur camp fut enlevé et Uvré au pillage. De la forfanterie au découragement , de l'orgueil à l'abaissement il n'y a qu'un pas chez les barbares; le roi de Tunis, qui naguère avait si superbement insulté aux croisés, à présent au lieu de se lever pour venir à leur rencontre , vivait caché dans des gi^ottes souterraines, pour se dérober aux périls des combats.
La peur le poursuivant et descendant avec lui dans ses demeures obscures , il ne vit plus de salut pour lui et pour sa famille que dans la paix , et , il résolut de l'acheter au prix de ses immenses trésors. Peut-être Mohammed avait-il entendu parler de la cupidité de certains hommes qui, depuis la mort de Louis IX , exerçaient une puissante influence dans les conseils des croisés; toujours est-il, qu'à
i&8 SAINT LOUIS
plusieurs reprises il envoya au camp chrétien des ambassa* deurs, porteurs de propositions toutes pacifiques.
Quand le bruit de ces négociations se fut répandu, les soldats témoignèrent un grand mécontentement. Depuis leur débarquement sur la stérile plage africaine , ils avaient sans cesse entendu faire de fabuleuses descriptions de la ville de Tunis , poétiques récits , qui montraient la cité musulmane toute resplendissante d'argent , d*or et de pierreries : t Non-seulement toutes ces richesses brillent au-dessus du sol, leur avaient dit les narrateurs , mais des trésors d'une valeur indicible sont encore enfouis sous les mosquées et les palais. »
Le pillage d'une ville si opulente avait été promis à l'armée par ses chefs , afin de lutter contre le découragement qu'amenaient la maladie et les lenteurs de l'attente: les négociations ouvertes enlevaient aux soldats ce dédommagement à leurs pertes et à leurs souffrances ; aussi murmuraient-ils hautement.
Parmi les plus notables et les plus illustres personnages du camp chrétien , on aurait pu soupçonner que d'autres espérances avaient été semées; car l'ardeur pour les batailles venait tout-à-coup de se refroidir , et ce n'était plus de s'emparer de Tunis que l'on parlait sous les tentes les plus splendides, mais bien de la paix avec les Infidèles.
Si Louis IX eût encore vécu , ce soudain changement n'aurait pas eu lieu ; mais quand un roi comme lui vient à disparaître de la scène politique, le vide qu'il laisse ouvre passage à de mauvaises et cupides passions ; alors elles vien* nent, elles grandissent, elles se montrent, parce que l'homme de bien n'est plus là , pour les réprimer et les bannir de ses conseils.
Un prélat aimé et vénéré, le légat apostolique manquait aussi maintenant à l'armée chrétienne : de concert
ET SON SIÈCLE. hk^
avec le pieux monarque, il avait toujours su contenir Fesprit des croisés dans les voies de la justice et du devoir ; depuis cette double perte , chefs et soldats flottaient dans l'incertitude , et cette incertitude devait à la fin retenir Tarmée dans l'inaction et &ire abandonner la pensée de poursuivre la guerre.
Le nouveau roi de France , encore affaibli par la maladie qui l'avait mis sur le bord de la tombe , avait au fond du coeur le désir de retourner en France; plusieurs barons et chevaliers aspiraient également au repos et à la patrie : on consentit donc à délibérer sur les propositions pacifiques du roi de Tunis. « Dans le conseil, dit l'historien des croisades, ceux à qui l'on n'avait fait aucune promesse et qui n'étaient pas aussi impatients que les autres de quitter les côtes d'Afrique , furent d'avis qu'il fallait poursuivre la guerre. C'était , disaient*ils, pour la conquête de Tunis, que Louis IX avait débarqué à Carthage et que l'armée chrétienne avait souffert tant de maux. Que restait-il à faire pour honorer la mémoire de Louis et de tant de Français martyrs comme lui de leur zèle et de leur foi , que de continuer et d'achever leur ouvrage ? Toute la chrétienté savait que les croisés menaçaient Tunis, que les Maures fuyaient à leur aspect, et que la ville musulmane s'apprêtait à leur ouvrir ses portes. Que dirait-elle en apprenant que les croisés avaient fui devant les vaincus et s'étaient dérobés à leur propre victoire ?
> Ceux qui étaient d'avis de conclure la paix répondaient qu'il ne s'agissait pas seulement d'entrer dans Tunis • mais aussi de conquérir le pays, ce qui ne pouvait se faire qu'en exterminant la population. D'ailleurs, ajoutaient-ils, les longueurs d'un siège affaibliraient beaucoup l'armée chrétienne. On approchait de l'hiver, on ne pourrait se procurer de vivres, et les pluies continuelles causeraient plus de maladie que l'excessive chaleur. La prise de Tunis
n'était point le principal but de la croisade ; il fallait faire la paix à des conditions avantageuses, pour avoir les moyens de porter ensuite la guerre où Texigeraient les circonstances. »
Parmi les chefs influents qui parlaient ainsi , se trouvait l'homme de malheur , Charles d'Anjou ; et cependant , qui avait conseillé , qui avait voulu l'expédition de Tunis , si ce n'était lui? comment si soudainement, lui et ceux qui suivaient ses inspirations, avaient-ils changé de politique? comment ne reconnaissaient-ils plus la nécessité de délivrer la Méditerranée des pirates qui l'infestaient , et qui , sans cesse faisaient captifs et jetaient dans les fers les pèlerins se rendant aux saints lieux ? Comment renonçaient-ils si vite à leur résolution d'enlever au Soudan d'Egypte son plus puissant auxiliaire ?
Quand on va au fond de ces questions , on s'afflige ; car on découvre que la passion de l'or va se cacher sous les plus nobles armures et sous les manteaux de pourpi^e : Louis IX vivant, ce sordide amour ne se serait pas montré.
Le 51 octobre 1270, une trêve de quinze années fut conclue entre le calife, Yiman œmmafidant des croyants ^ Âbou Abdallah Mohammed, d'une part; et de l'autre le prince illustre Philippe, roi de France; le prince illustre Charles, roi de Sicile; le prince illustre Thibaut, roi de Navarre. Ce traité portait que les prisonniers des deux côtés seraient mis en liberté; les chefs chrétiens s'engageaient ensuite à protéger les sujets de Mohammed , habitant leurs états. Le prince musulman promettait à son tour d'accorder justice et protection aux chrétiens établis dans son royaume. Le troisième article du traité autorisait les moines et les prêtres du Christ à vivre et à pratiquer leur religion dans les états du commandeur des croyants. Une clause spécifiait qu'il leur serait donné à Tunis un lieu où ils pourraient bâtir des
maisons, construire des chapelles , enterrer leurs morts; ils auraient la liberté de prêcher dan3 leurs églises, de réciter à haute voix leurs oi&ces; en un mot, de servir Dieu conformément à leur culte, et de faire tout ce qu'ils faisaient dans leur pays {*).
Quand les chefs des croisés avaient stipulé ces clauses , ils s'étaient ressouvenus des vœux du roi qui manquait maintenant à leurs conseils.
Tout ce que je viens d'extraire de ce traité passé entre les Francs et les musulmans, en est la partie pure, la partie chrétienne: il y en a une autre, qui sonne trop l'argent pour être honorable; et que le monarque ( dont les restes étaient encore au milieu de l'armée chrétienne ) n'aurait pas signée. Le roi de Tunis prenait l'engagement de payer aux princes chrétiens deux cent mille onces d'or, moitié comptant^ le reste dansl'esppce de deux années; il se soumettait en outre au tribut que Tunis payait précédemment aux rois de Sicile , promettant de plus de solder les arrérages et de doubler les tributs de V avenir.
Celte dernière clause nous révèle pourquoi Charles d'Anjou avait conseillé avec tant de persistance le point de Tunis comme le plus important, et celui vers lequel l'expédition sainte devait tout d'abord se porter.
Ce traité une fois connu en France , fut loin de satisfaire l'opinion chrétienne ; Louis IX n'avait point accoutumé ses peuples à ces transactions d'argent qui arrêtent la victoire ; TAngleterre et l'Italie blâmèrent avec amertume la trêve qui termina cette guerre malheureuse. .
A peine cette trêve venait-elle de recevoir les signatures des parties contractantes, que le prince Edouard débarqua sur la côte de Carthage avec les croisés d'Ecosse et d'Angle-
(*) Histoire (Ut Crmadei, par Michaud. «
terre : plein d'ardeur il se dirigeait vers la Palestine. Dans Ysivmée on savait ce que valait le fils de Henri III; on connaissait son courage et sa résolution ; on le reçut donc avec de grands honneurs; mais quand il apprit quelle trêve venait d'être signée avec les Infidèles, quand il vit qu'il n'y avait plus à les combattre , il entra dans une grande colère, courut se renfermer dans sa tente, et ne voulut assister à aucuns conseils des princes français (*). Il manifestait surtout un vif ressentiment contre le roi Charles, son oncle, l'accusant, non sans de grandes probabilités, d'avoir été rînstigateur d'un traité tout-à-fait à son avantage, et contre l'honneur de la croix. Peu de jours après avoir pris terre, Edouard Plantagenet remit à la voile, résolu à continuer seul avec les siens une expédition à laquelle il s'était dévoué.
Le "iâ novembre , le roi Philippe , le roi Charles de Sicile, les autres princes, les barons, les chevaliers, s'embarquèrent sur leurs galères ; et le reste de l'armée les suivit sur les vaisseaux génois et vénitiens. A bord du plus grand et du meilleur de ces navires était déposée dans une chapelle ardente, où se récitaient incessamment , comme à terre, les offices sacrés, la châsse précieuse renfermant les ossements du saint et tant regretté monarque. Le cercueil du jeune prince, dont on avait Vingt-deux ans auparavant deviné la destinée , quand on lui avait donné à Damiette le nom de Tristan^ était placé tout à côté de celui de son royal père, et un peu plus bas , sous un drap mortuaire plus humble , dormait aux pieds de son maître, comme il le faisioiit pendant sa vie, le vénérable et fidèle Pierre de Villebeôn , le chambellan.
Toute la nombreuse flotte des croisés prit la direction des côtes de Sicile ; ceux qui con^mandaieht ce retour vers
^ (I) Le mémorial des (yodesUlsde Reggio, uoas dit qu*à l'amTée do prince Édoaard. Tarmée des croisés aurait pn résister à deux cent mille cotuliâuanls.
TËurope , dans leur empressement de s'éloigner de l'Afrique , avaient méprisé les conseils de rexpérience. De vieux et habiles marins leur avaient prédit, dans cette saison avancée , de terribles tempêtes : l'impatience se fait sourde aux bons avis, et Charles d'Anjou avait, ep dépit de tout, décidé le départ. Ce qu'avaient annoncé les hommes de mer ne tarda pas à se réaliser : une tourmente , un coup de vent terrible assaillit la flotte , près d'entrer dans le port de Trapani; dix-huit grands vaisseaux, et quatre mille croisés furent submergés et périrent dans les flojts ; armes, équipements , chevaux, furent aussi perdus , et un historien raconte que dans ce grand naufrage, les monceaux d'or que l'on avait reçus du roi de Tunis furent également engloutis dans l'abtme.
c A la suite d'un si grand désastre , dit l'historien des croisades (% le roi de Sicile ne négligea rien pour secourir les croisés dans leur malheur. On doit croire aux sentiments généreux qu'il montra dans cette occasion , mais à ces sentinients se mêlait sans doute quelque espoir de tirer parti pour ses projets, d'une circonstance déplorable. Quand tous les chefs furent arrivés, on tint plusieurs consqils pour savoir ce qui restait à faire. Comme chacun déplorait ses infortunes, Charles proposa un moyen sûr de les réparer: c'était la conquête de la Grèce. Voici le plan qu'il avait arrangé : d'abord toute l'armée passait l'hiver en Sicile ; au printemps le comte de Poitiers partait pour la Palestine, avec une partie des forces chrétiennes; le reste devait suivre le roi Charles en Ëpire , et de là vers Byzance. »
Ce projet avait quelque chose d'aventureux et de chevaleresque qui aurait pu séduire les barons et les seigneurs français ; peut-être allaient-ils céder à cette tentation de gloire ;
C) Michaad el PoajoaUl.
mais au moment où commençaient ces beaux rêves, arrivèrent à Palerme des lettres de France ; dans ces lettres les régents du royaume suppliaient le nouveau roi de revenir sans délai dans ses états alarmés. Philippe se souvenant alors des conseils de sagesse et d'amour pour son peuple que son noble père lui avait donnés sur son lit de mort , déclara au roi son oncle, et aux barons et chevaliers, qu'il ne pouvait pas demeurer en Sicile, et qu'il lui fallait tout de suite retourner en France. Cette détermination déplut vivement au fougueux Charles d'Anjou , d'autant plus que les seigneurs français ne voulurent point abandonner leur jeune monarque. Avant de se séparer et de quitter la croix , les rois, princes^ barons et chevaliers , dans une assemblée solennelle, jurèrent que dans quatre ans ils s'embarqueraient pour la Syrie, et y conduiraient leurs troupes pour la délivrance des saints lieux.
Toutes les afflictions tombaient sans relâche sur le fils de Louis IX; il aimait de cœur son beau-frère le roi Thibaut, et ce prince en arrivant à Trapani mourut entre ses bras et ceux d'Isabelle de France. Il adorait sa belle et pieuse compagne, Isabelle d'Aragon ; la mort la lui enleva d'une manière cruelle : en traversant la Calabre, comme elle passait à gué une rivière, sa haquenée toucha un bateau de passage et se renversa; la reine, qui était alors enceinte, tomba, et, retirée de l'eau, fut transportée au château de Cozance, où elle rendit son ameà Dieu. D'un autre côté, et presque en même temps, le comte et la comtesse de Poitiers mouraient en Toscane , des suites de la maladie de Carthage. À Viterbe, Philippe vit périr sous le poignard des fils de Leicester, son ami et compagnon d'armes, Henri d'Allemagne, poursuivi par eux jusques dans une église et massacré aux pieds des autels.
Cependant, gardien et conducteur de tant de cercuei/s,
Philippe traversait l'Italie et s'avançait vers la France ; sur son passage , la foule qui voulait vénérer les reliques de saint Louis, obstruait souvent les chemins , car l'admiration publique avait devancé les jugements de l'Ëglise et avait déjà canonisé Louis IX. Cette fois, la voix du peuple était bien celle de Dieu. Arrivé à Lyon , le roi y séjourna une semaine, et dans sa profonde douleur, y goûta la joie triste de voir les populations des villes et des campagnes avoisinantes se joindre aux Lyonnais , pour honorer la mémoire de son père. Le huitième jour, Philippe prit le chemin de sa capitale , où il parvint à travers des flots de Français , le 21 mai 1271.
A son arrivée ù Paris, le nouveau monarque qui venait d'être salué des acclamations de ses sujets, acclamations mêlées de regrets et de larmes, fit déposer les ossements, le cœur de son père et les cercueils de tant d'êtres chéris , dans l'église de Notre-Dame.
La veuve de Louis IX , la malheureuse Marguerite , avait quitté sa demeure solitaire de Vincennes, pour venir audevant des reliques de son tendre et pieux époux , et des cercueils de ses chers enfants moissonnés si jeunes ! Tous les sinistres présages qu'elle avait eus au début de cette seconde croisade de Louis , étaient , hélas ! plus que réalisés. Le malheur avait dépassé toutes ses craintes d'épouse, de mère et de reine !
Le lendemain 22 mai, Philippe se rendit à Notre-Dame, cette vieille confidente des joies et des douleurs de l'empire français. Le jeune roi y revint avec les deux frères qui lui restaient, tous les trois vêtus de longs habits de deuil et marchant pieds nus. Après avoir prié le front courbé sur les dalles du sanctuaire, après avoir mouillé de leurs larmes la châsse de bois de cèdre renfermant les dépouilles mortelles de leur père , les trois fils de France se levèrent^ et l'atné
d'entre eux , le roi Philippe III, prit sur ses épaules le coffre qui contenait les reliques de son saint prédécesseur. Sur la route de Paris à Saint-Denis, ses deux frères, Pierre d'Alençon et Robert de Clermont, devaient tour à tour partage avec lui ce pieux devoir.
Sous ce fardeau sacré, les enfants de Louis tX ftirent plusieurs fois obligés de se reposer. En mémoire de ces différentes pauses , on avait autrefois élevé autant de croix qu'il y avait eu de repos sur la route mortuaire. Ces piertes de souvenir ont été abattues il y a cinquante ans , pendant nos jours de fièvre et de délire révolutionnaire. Eh titon Dieu! c'est à grand tort que Ton a fait disparaître ces croix attestant Tamour et le respect filial , sentiment pieux qu'il est bon de conserver et de perpétuer dans l'intérêt de tous; dans llntérèt du républicain comme du monarchiste!
Le corps de Louis IX descendu dans les caveaux de là royale abbaye de Saint-Denis, fut placé près de son aïeul Philippe Auguste, et de son père Louis Vlll , surnommé le Lion. La modestie et l'humilité du roi défunt avaient défétiân d'orner son tombeau ; cependant par respect pour ses cendres vénérées , on lui désobéit," et son sarcophage fut recouvert de larmes d'argent.
Dans le même caveau , les enfants reposèrent auprès de leur père. Tristan de Damiette, comte de Nevers, et Isabelle de France furent mis , pour dormir leur sommeil , dans le caveau de famille. Plus tard y furent également déposés les cercueils d'Isabelle d'Aragon , du comte Alphonse II de Brienne , du comte et de la comtesse de Toulouse.
Un autre corps obtint les honneurs de ce caveau royal, ce fut celui de Pierre de Villebeon , le fidèle et vaillant chambellan ; il fut mis aux pieds du roi , qu'il avait si loyalement servi. De nos jours, Cléry n'a point été couché aux pieds de'Louis XVI , le second saint Louis !
Quand , il y a UD demi-siècle, une terrible tempête s'éleva ; quand on vit les petits enfants jouer avec les ossements des plus puissants monarques; quand les grands vassaux de la mort, les majestés des tombeaux furent chassés de leurs sépulcres, on jeta au vent les cendres de Louis IX et de sa famille! Ce sacrilège a scandalisé le monde, mais n'a rien pu faire à la renommée du saint roi ; glorieuse et vénérée elle vit , elle vivra toujours ; car le Seigneur a dit : ■ La mémoire du juste ne périra pas et durera dans les siècles.
IN HEHOBIA «TERRA ERIT JtlSTUS. >