CHAPITRE IV
ETTE cérémonie si belle et si imposante du sacre, cette sorte de mariage et d'union indissoluble entre le monarque et la nation, î avec tant de joie et d'enla partie fidèle du royaume, é son autorité religieuse, s , les rancunes et les haines I vassaux. Les pnnces du ,ours leurs prétentions à la is prirent un caractère plus it Blanche de CastiUe accorder sa confiance au légat du pape, au cardinal de St-Ange, Italien d'un caractère insinuant et souple , d'une ambition
tout enveloppée de formes douces et agréables, et d'un esprit plus mondain que religieux. Ce courtisan , revêtu de la pourpre romaine, était doué d'une figure remarquablement belle. La mère du jeune roi avait conservé toute sa beauté, et la guerre la plus lâche, la plus déloyale de toutes, celle de la calomnie, recommença. Quand cette guerre s'allume elle va loin, elle monte haut, et dure longtemps; elle se fait sans lances et sans épées et n'en est pas moins cruelle ; elle ne rougit pas la terre de sang, mais elle fait répandre bien des pleurs amers. Elle ne tue pas le corps ; mais avec le poison et la peste des paroles mensongères et calomnieuses, elle flétrit les vertus les plus pures , ternit les réputations les plus belles, trouble l'esprit des peuples et renverse les trônes qui semblaient le plus solidement établis.
Comme d'autres reines , Blanche de Castille aurait pu succomber dans cette guerre discourtoise ; mais le dieu de la France ne le permit pas, et, cette fois, la vertu triompha du mensonge.
Pierre Mauclerc de Bretagne et Thibaud de Champagne , dont les gonfanons ne s'étaient point montrés à la cérémonie du sacre , étaient les plus ardents parmi les ennemis de la régente , et faisaient crier à leurs partisans : A bas la reine castillane et le ministre italien !
Le premier de ces deux redoutables adversaires , Pierre Mauclerc, était renommé par la turbulence et l'inconstance de son caractère ; jaloux , emporté , quelquefois intrépide , toujours intrigant, il était habile à nuire et à brouiller; et , en voyant toute la peine qu'il se donnait pour faire régner le désordre, on aurait pu croire, qu'il avait dit, comme le satan de Milton : Mal, sois mon unique bien (Evil be my only good).
Le second des antagonistes armés de Blanche de Cas-
tille , n'était qu'à moitié ennemi ; sans Taffront fait à sa bannière , il ne serait point entré dans la ligue formée par le prince breton; mais ce qui s'était passé à Reims, l'avait blessé si profondément , que , malgré sa légèreté habituelle , il en souffrait encore.
Par la situation de ses domaines, le comte de Champagne était le plus gênant des ennemis de la régente ; ses états touchaient presque à Paris, et, maître de Meaux et de la Brie, il disposait, en quelque sorte, des approvisionnements de la capitale du royaume.
Hugues IV, duc de Bourgogne, que son extrême jeunesse rendait facile à circonvenir, fut entraîné dans la ligue des grands vassaux ; et ce prince , que l'âge n'avait pu encore rendre ambitieux, se déclara contre le roi mineur.
Le caractère ferme de la régente ne faillit point devant cette puissante coalition; ne voulant la combattre» avec les armes, qu'à la dernière extrémité, elle appliqua son esprit à bien étudier, à bien connaître les princes qui s'étaient faits ses ennemis : pour être vaincus , les hommes n'ont pas be* soin que l'on tire l'épée contre eux, ils ont au dedans d'euxmêmes leurs passions, et , en flattant ces passions , on devient maître de celui qui les porte dans son sein ; avec cette finesse de femme qui ne nuit point au génie. Blanche avait découvert le chemin du cœur de ses plus redoutables adversaires. Ainsi , à Pierre Mauclerc qui aimait l'argent , elle offrit dix mille livres ( i 70,000 fr.), sur le trésor du Temple. Au comte de Flandre , depuis si longtemps détenu dans la tour du Louvre, elle rendit la liberté, en n'exigeant de lui que la moitié du prix de sa rançon. Dès le jour de sa délivrance, Ferrand devint un de ses plus chaleureux champions.
Au duc de Bourgogne , dont la jeune ame s'ouvrait encore à tous les nobles sentiments, elle témoigna tant de confiance , qu'il devint honteux de sa courte défection , et
revint franchement à elle et à la cause de son royal fils.
A Hubert de Burg, elle donna trois mille marcs d'argent (150,000 fr.), pour qu'il détournât Henri III de la disposition qu'il avait à se joindre à ses ennemis. Des victoires sanglantes remportées sur des champs de bataille, n'auraient pas aussi promptement amené au roi mineur de puissante appuis.
Quand ces chefs rentraient dans le devoir, ils reconnaissaient le fils de Louis VHI comme leur légitime souverain , et la reine Blanche de Castille, comme régente du royaume.
Un haut et puissant baron , parent de Philippe -Auguste , Ënguerrand 111, sire de Coucy, malgré la soumission des grands vassaux de la couronne, ne voulut pas reconnattre ce qu'ils reconnaissaient; et, dans son château, imprenable forteresse, dans sa tour de Coucy, que l'on comparait à la maîiresse tour du Louvre pour sa hauteur et sa force, il s'obstina à ne pas courber le front devant le royal enfant qui avait été sacré et couronné à Reims.
L'acharnement de plusieurs hauts barons contre l'^frangèi^e, qui s'était emparée de la régence, avait pris un tel degré de haine, que les plus hostiles proposèrent aux princes du sang d'appuyer celui d'entre eux qui mettrait la main sur la couronne du fils de Blanche et de Louis Ylll ; mais les proches parente du jeune roi ayant tous reculé devant l'idée d'une usurpation , un certain nombre de ces jmissanls ^ mécontents de haute baronie ( * ) , résolurent d'appeler au trône , un grand seigneur comme eux ; et leur choix tomba sur Ënguerrand de Coucy.
On a prétendu que , derrière les épaisses et hautes murailles de son château , après de mystérieux conciliabules , le couronnement d'Enguerrand eut lieu, et qu'un orfèvre de
(') Mezcray, Abreyè chronolotjiquc , ou Exlratt du l'Histoire de Fra»cv«
Paris fournit le diadème que les hauts barons niireut alors sur la tête de leur égal , qu'ils venaient d'élire roi.
c Hâtons-nous de le dire ('), il n'existe aucun acte émane de ce règne éphémère. Nulle garantie historique ne vient non plus donner du poids à ces faits démentis en quelque sorte par la célèbre devise du haut baitin :