CHAPITRE VI
'est une des époques les
plus mémorables de notre
histoire, que j'essaie de
remettre sous les yeux de
la jeunesse ; et plus jV
:dche qui m'a été donnée,
les temps glorieux ne se
)urs de paix et de bonheur.
lant toute une page, je puis
: et du repos; dès que mon
itrer dans une voie tran-
uement détourné par quel-
je n'ai pas fini de redire
une soumission appuyée sur les plus solennels serments,
que surgit soudain une révolte nouvelle. Pierre Mîiuclerc
me fait m'égarer dans le dédale de ses parjures et de ses félonies; tout à l'heure je le montrais aux pieds de la régente et de son fils, leur jurant foi et fidélité, et le voilà, dans les premiers jours de l'an 1250, offrant à Henri III d'Angleterre , de renouer une autre ligue contre Blanche deCastille, promettant bien cette fois delà renverser de son pouvoir. Pour parvenir à ce but, il livre au monarque anglais ses principales places de guerre, et, sous un frivole prétexte, rappelle près de lui Yolande de Bretagne.
Pareille déloyauté devait enfin recevoir son châtiment; l'armée royale avançait toujoui^, et, des murs de Bellesme était arrivée devant ceux d'Angers , dont le château avait été fortifié par Philippe-Auguste. Louis IX était campé en face de cette antique cité , que quelques écrivains ont surnommée la Ville iVotre , lorsqu'un chevalier du Temple vint lui apporter de la part de Pierre Mauclerc le message suivant:
c Moi, Pierre de Dreux, comte-duc de Bretagne, me reconnaissant vassal du roi d'Angleterre, je cesse dès ce moment de me regarder comme homme-lige du roi de France, au- ([uel je déclare la guerre. »
En se montrant si arrogant, Pierre de Dreux comptait sur le secours du monarque anglais ; cet appui lui manqua. Malheur advient toujours au souverain qui met sa confiance dans l'étranger ; car celui-ci ne fait sa prospérité et sa puissance qu'aux dépens et dommages du prince , qui a été assez simple pour l'appeler à son aide. Les secoui*s pi*omis par Henri lil n'arrivèrent que plus tard.
La déclaration de Pierre Mauclerc , remise au jeune roi sous les murs d'Angers, méritait une prompe répression, elle ne se fit point attendre. Dès que la capitale des états des comtes d'Anjou, après quarante jours de siège, se fut rendue au roi de France , Blanche de Castille convoqua un parle*
ment féodal où l*on examina les griefs des chevalîei'S de Bretagne, et ceux de la couronne; dans ce parlement, Pierre de Dreux fut déclaré déchu de sa tutelle et bail , et ses vassaux déliés de tout serment antérieur.
Cette sentence solennellement proclamée, consterna le prince qu'elle frappait; et pour Je relever de la stupeur dans laquelle il était tombé , il ne fallut rien moins que la nouvelle du débarquement du roi d'Angleterre à saint Malo. C'est sur cet appui que Pierre de Dreux a toujours compté, pour se venger de la régente qu'il déteste; il se hâte donc de se rendre à Nantes, où il fait à Henri Plantagenet une réception royale, et de rechef se reconnaitson vassal.
Le jeune roi et sa mère s'étaient éloignés d'Angers , ils y reviennent aussitôt; et, là , donnent le commandement do l'armée royale aux comtes de Flandre et de Champagne: c'était placer leur confiance dans des hommes qui leur avaient été longtemps contraires. Les nobles cœurs pèchent souvent ainsi , et ne savent pas assez se défier. Le versatile Thibaud n'était pas encore assez guéri de ses inconstances politiques , pour qu'on pût lui donner, avec prudence , une si haute charge.
De Nanies, Henri III, pour éviter une rencontre avec l'armée française, passa en Poitou; son nouveau vassal, obséquieux auprès de lui, était parti de la cité nantaise,chevauchant auprès du suzerain qu'il venait de reconnaître; et, au camp de Louis IX, on le croyait dans les marches poitevines , quand, à hi tète do troupes bretonnes, il sort de son vieux château de Pornic, tombe à l'improviste sur les soldats de France, les met en déroute, et, après avoir payé de sa personne, rentre viclorieux dans Nantes, pourvu de tout ce qu'il fallait pour défendre la ville contre l'attaque de l'armée royale.
A ce moment, le connétable de Montmorency était mou-
rant, des chaleurs excessives avaient répandu des maladies parmi les soldats des comtes de Flandre et de Champagne ; une trêve signée provisoirement, le 4 juillet 1250, à saint- Aubin du Cormier, entre la régente et Pierre Mauclerc, fut ratifiée à Angers par le jeune roi et sa mère.
Sur ces entrefaites, Agnès de Beaujeu , seconde femme de Thibaud, vint à mourir. Cette mort fut pour Pierre Mauclerc comme une bonne fortune ; car elle lui donnait chance de pouvoir détacher le comte de Champagne de la cause du monarque français.
Effectivement , avec l'habileté qu'il avait pour intriguer, pour brouiller , pour raviver les rancunes et les jalousies , pour répandre le trouble et la discorde, il parvint à attiédir le zèle que Thibaud montrait depuis quelque temps pour le fils de Blanche de Castille. Se cachant à tous les regards, il est arrivé auprès de son ancien allié , et lui a adroitement fait entendre que , s'il a exigé le retour de sa fille Yolande, s'il l'a arrachée à la tutelle de la régente , s'il la retient encore à Nantes, malgré ses fiançailles avec Charles de France, c'est que son but a toujours été, le cas échéant , de la lui réserver pour épouse.
Le volage Thibaud, veuf depuis quelques mois, avait déjà ' pensé à se remarier avec Marguerite de Bourbon , fille d'Archambaud,dit le Grand. Mais la proposition du comte-duc de Bretagne lui sourit davantage et par suite de son inguérissable légèreté , il l'accepte.
C'est à l'abbaye de Val serre ou de Val secret , près de Château-Thierry que Mauclerc conduit sa fille ; c'est là que doit être célébré le mariage ; de son côté , le comte de Champagne, sous prétexte de visiter ses états, quitte l'armée royale, et bientôt paré pour la solennité nuptiale, sort de son palais et prend le chemin de Val serre ; il n'avait encore fait que quelques pas sûr cette route , qu'il rencontre un
ET SON SIÈXÎLE. 79
messager , lui annonçant que le grand-pannetier de la couronne le suit de près , et apporte au très haut et très puissant comte de Champagne , une lettre du roi.
Pour recevoir le noble émissaire de Louis IX, Thibaud revient à son palais, et cache au dedans de lui, tout ce qui bouleverse son ame.
Voici quelle était la lettre revêtue du seing royal.
c Sire comte Thibaud de Champaigne, ai entendu que vous avez convenance et promis au comte Pierre de Bretaigne, de prendre à femme sa fille: pourtant vous mande que si chier avez tout quant amez au royaukne de France , ne le fassiez point. La raison pourquoi, vous la sçavez: je jamais n'ai trouvé pis, qui mal m'ait voulu faire, que nul homme qui vive. »
Grâce à la mobilité de son caractère , Thibaud, après avoir lu la missive royale , nliésita point , et renfermant bien profondément au-dedans de lai le regret qu'il avait de ne pas épouser la princesse de Bretagne , envoya un de ses chevaliers auprès du comte de Dreux, porteur de ses excuses.
Ces excuses, comme on le pense bien, ne furent point agréées. Pierre Mauclerc et tous les siens regardèrent la conduite de Thibaud comme un sanglant outrage qu'il fallait au plus tôt venger. Alors, ils reveillèrent de concert avec d'autres grands vassaux , une question depuis longtemps assoupie; celle des droits du fief de Champagne, élevée à plusieurs reprises par Alix , femme d'Amaury, roi de Chypre et de Jérusalem. Tout inadmissibles qu'étaient les prétentions de celte princesse , d'après l'invitation de Pierre de Bretagne et du comte de Boulogne ^ elle arriva en France, où elle trouva, grâce à eux, de nombreux partisans : reprenant alors espoir et confiance , elle somma Thibaud de lui restituer le fief usurpé. Bientôt les troupes des comtes de Bretagne et de Boulogne , pénétrent dans les états champe-
noîs , brûlent les moissons , dévastent les villes et incendient les châteaux : témoin de tous ces désastres, Thibaud vient les arrêter. Mais les forces qu'il peut opposer à ses agresseurs, sont insuffisantes. Aloi's Blanche, qui a eu tant de sujets de plaintes contre lui, qui Ta vu plusieurs fois déserter la cause de son fils, lui porte généreusement secours, et marche, avec le jeune roi , sur Yroyes, déjà armée par les Bourguignons.
La présence du roi arrivant ainsi , à la tète d'une armée, pour sauver Thibaud , fit faire de sérieuses réflexions aux grands vassaux qui avaient bien voulu tirer l'épée contre lui , mais qui ne voulaient pas faire la guerre au roi de France , leur maître et légitime seigneur. Le jeune monarque s'était hautement prononcé; en répondant à une députalion qui lui avait été envoyée du- camp ennemi, il avait dit d'une voix ferme et pleine d'autorité : < Je suis venu pour délivrer mes alliés d'une injuste oppression. Je suis également ici , pour faire rentrer les révoltés dans le devoir, et prêt à sacrifier ma vie pour la défense des uns, et pour le châtiment des autres. Au surplus , qu'on le sache bien , jamais je n'accéderai à une proposition faite par des vassaux armés malgi-é ma défense formelle. »
Quand un roi parle haut et ferme , appuyé sur son droit et sur son épée, il a beau être jeune et novice aux batailles, ses paroles ont une grande autorité. En cette circonstance $ celles de Louis IX furent puissantes, et la ligue, formée par Pierre de Dreux et le comte de Boulogne , se rompit et se dissipa devant elles.
Ainsi fut secouru et délivré le comte de Champagne , mais la sage et habile régente ne voulut pas que les prétentions de la i*eine de Jérusalem qui venaient de causer tous ces troubles , pussent plus tard en susciter de nouveaux ; aussi, elle convoqua un parlement féodal à Compiègne,
OÙ lurent mandés le comte de Champagne et la reine Alix.
Après un mûr et consciencieux examen, Alix se désista définitivement, elle et les siens, de toute future revendication sur les comtés de Champagne et de Brie , moyennant une rente de« deux mille livres ( 54,000 fr.) , en fonds de terre , et quarante mille livres ( 680,000 fr.) , en argent comptant Le roi en fit l'avance (*) à Thibaud, dont le trésor était épuisé ; de son c6té , ce prince consentit à céder à la couronne les divers fiefs qu'il possédait dans les comtés de Blois , de Sancerre , de Chartres , et en outre la vicomte de Châteaudun ; il s'engagea de plus à ne point marier Blanche , sa fille unique , sans le consentement de Louis.
On reconnaît dans ce traité toute la politique de la régente , d'affaiblir les grands vassaux en enrichissant la couronne.
c Après ces brouilleries , dit Mézeray, il y eut quatre ans » de paix ; pendant lesquels Blanche de Castille apportoit » tous les soins possibles pour bien élever son fils, le fai- » sant instruire dans les affaires par des seigneurs d'âge et » d'expérience , et dans la craôite de Dieu par des religieux B de l'ordre de Saint-Dominique et de Saint-François. La » saige royne sasvoit bien que cette bonne éducation ne se- 1 roit pas seulement avantageuse à ce prince pour son pro- » pre salut et pour le bien de royaulme ; mais encore à elle- > même , tant pour sa réputation que pour donner à son fils » des impressions contraires à celles que les mauvais bruits 9 lui eussent pu faire prendre; et de plus, pour s'assurer » entièrement son esprit; car il n'y a point de plus seur » moyen pour faire naître la reconnoissance ny de lien plus « puissant pour entretenir les enfantas dans l'obédiance et le
(I) VilUMOf^-TraDS.
» respect que les vrays maximes de piété et les commande- » ments de Dieu. »
Blanche de Castiile , tout en mettant dans Téducation de son fils la pensée catholique avant toutes les autres , tout en inspirant au jeune Louis un respect filial envers le père commun des rois et des sujets , avait su lui tracer nettement \eÈi limites du spirituel et du temporel; et, dans ces temps reculés, cette science n'était pas à la portée de tous. Avec la rectitude de son jugement, le fils de Louis VIII et de Blanche entra hien et pour toujours dans la pensée royale et maternelle.
Où la sagesse du jeune prince et la fermeté de son auguste mère se montrèrent dans tout leur éclat , ce fut en 1250, lorsque Milon, évéque de Beau vais revint, après un voyage à Rome , à son siège épiscopal. Ce prélat avait toujours été d'une humeur guerroyante et avait choisi pour modèle son prédécesseur , Pierre de Dreux , dont de vieilles chroniques racontent qu'il endossait plus volontiers la cuirasse que la chasuble , et frappait d'estoc et de taille , plus qu'il ne bénissait.
Milon n'était pas seulement turbulent , il était adroit et astucieux , et pendant son séjour en Italie , il s'était insinué dans la faveur et les bonnes grâces du pape Grégoire IX ; et fort de cet appui, il répétait c qu'ami du lieutenant du roi du ciel, il ne redoutait aucun roi de la terre.'»
C'était avec ces dispositions qu'il revenait en France; et le jour même où il faisait sa rentrée dans son diocèse , une émeute éclatait dans la ville de Beau vais.
Robert Moret prud'homme de bon renom , venait d'être nommé par la régente , maire de la ville ; mais n'étant ni natif, ni habitant du pays, sa nomination se trouvait contraire aux privilèges de la commune. Les nottibles bourgeois protestèrent, et le menu peuple, joignant son mécontente-
ment à leurs réclamations , s'insurgea , se porta en tumulte contre Télu de la cour de France. I^s plus exaspérés se jeUmt sur cet homme de bien , Taccablèrent d'injures et de coups , et lui déchirèrent sa longue robe fourrée et herminée.
Cetre sédition , que Tévèque Milon était loin de calmer , ayant pris un caractère plus grave , Blanche et son fils arrivèrent en personne à Beauvais; on le voit, ni l'un ni- l'autre ne s'endormaient dans les délices de leurs demeures royales, et pour eux, régner , c'était veiller et agir.
Milon , apprenant que le roi arrivait à la tèt« d'un corps de troupes dans sa ville épiscopale , se hâta d'aller au-devant de lui. Dans les paroles qu'il adressa au monarque, il répéta plusieurs fois, que la haute, moyenne et basse justice de la cité de Beauvais, appartenait à son évêque.
Le jeune prince , qui avait déjà sa résolution bien prise , eut l'air de ne pas s'apercevoir de l'insistance du prélat, et le lendemain matin , quand il sut que les échevins notables et le peuple étaient réunis en conseil à la halle, il y arriva à l'improviste, et, avec douceur et majesté, leur dit : c Je viens connaître de l'afTaire. »
Ce peu de mots apaisa toute irritation, fit taire toute rumeur; je ne sais quoi d'en haut était alors sur le jeune roi, et faisait deviner qu'un jour il mériterait le surnom de Roi justicier. Les échevins ne parlèrent plus de leurs droits municipaux; les parents de ceux qui avaient péri en défendant Robert Moret, se jetèrent aux genoux du monarque, en s'écriant tous ensemble : c Sire, oh! sire! justice, faites-nous justice !
— Elle vous sera faite , » dit Louis, en faisant un signe aux sergents d'armes qui l'avaient suivi : ils allèrent chercher dans les prisons de l'évôché plusieurs accusés qui y
étaient détenus , et les amenèrent avec d'autres mutins arrêtés dès la veille, et, sous bonne garde , les enfermèrent dans la halle, d*où le roi venait de sortir pour aller s'établir sur la place publique, où l'affaire Ait régulièrement instruite, sans désemparer.
Par suite du jugement qui suivit Tinstruction , quinze cents mutins fiirent condamnés à être bannis de la ville et terre de Beauvais. Le même arrêt ordonnait la démolition de leurs maisons ; le maire devait frapper le premier coup sur les murs , et des ouvriers achèveraient Texécution de la sentence.
La prudence et la politique avaient dicté cette condamnation ; mais , dans le cœur des bons rois , la miséricorde est à côté de la justice; Farrêt fut modifié, et quinze maisons seulement tombèrent sous le pic de fer. La régente exigea , malgré l'opposition de l'évêque , que le ban fût publié dans la cathédrale même, et pour punir le prélat turbulent d'avoir fomenté la sédition , elle le frappa d'une forte amende, pour droit de gîte ; des huissiers royaux s'installèrent dans son palais et vendirent ses vins, pour le paiement de la somme fixée.
Milon , exaspéré , se hâta d'accourir aux conciles de Noyon et de Laon, convoqués par Henri de Dreux. Ses plaintes fu« rent favorablement écoutées par plusieurs des prélats, qui envoyèrent une députation à Blanche de Castille , pour demander l'élargissement des prisonniers, vassaux de l'évêque de Beauvais.
La régente s'y étant refusée, Milon lança l'interdit sur son diocèse; et tous les autres évêques, membres des conciles rassemblés à Laon et Noyon , à l'exception d'Anselme , évêque de Laon , étendirent à toute la province cette mesure terrible , et redoutée surtout dans un siècle de ferveur et de foi.
L*interdit était proclamé au son des cloches, tintant comme pour des fanérailles (') ; un prêtre revêtu d'une chasuble noire » lisait du haut de la chaire ou de la galerie du Jubé , les paroles suivantes : c Que les coupables soient maudits dans les villes , maudits dans les campagnes ; que leurs biens soient maudits; maudits leurs corps, maudits encore les firuits de leurs entrailles... Que sur eux retombent toutes les malédictions que le Seigneur a lancées , par la bouche de Moïse, contre les violateurs de sa loi! Qu'ils soient ana* thèmes {maranatha) ! qu'ils périssent à la seconde venue de Jésus-Christ ! qu'ils soient jetés dans la sépulture de l'àne , et comme un fumier sur la surface de la terre; et, à moins qu'ils ne fassent pénitence, que leur lumière s'éteigne, comme vont s'éteindre ces flambeaux ! »
A ces mots, tous les prêtres, jetant à la fois leurs torches sur les dalles de l'église, les foulaient aux pieds et les éteignaient.
Par suite de l'interdit ainsi proclamé, les vases sacrés, les saintes hosties étaient retirés des tabernacles; les autels dépouillés de leurs ornements; les statues des anges, des saints et des saintes descendues de leui*s niches , couchées dans les sanctuaires et les nefs, et recouvertes de cendres et d'épines; enfin, le baptême pour l'enfant qui naissait, et la confession pour le chrétien mourant, étaient les deux seuls sacrements qui fussent alors administrés.
Les prélats qui venaient d'avoir le fâcheux courage de frapper de telles rigueurs les diocèses qui leur étaient confiés • trouvèrent de l'opposition dans les chapitres de leurs cathédrales, qui , n'ayant point été consultés, rejetèrent la
(*) Aog. Thierry, LeUret sur l'hittoire de France; Michelel, HisUnre de France; Guiiol, Cours d'Histoire moderne ; Villvoeuve , Hiiloire de sainl Louis,
décision des prélats, et portèrent plainte à la régente et au roi.
Blanche de Castille ^ pieusement et catholiquement soumise au vicaire de Jésus-Christ, reconnaissant le pouvoir qu'il avait reçu de Dieu, et qu'il avait droit d'exercer en matière de dogme et de religion , sentait depuis longtemps la nécessité de bien établir la séparation du spirituel et du temporel ; elle recourut donc à un parlement spécial, convoqué à l'abbaye royale de Saint-Denis. La plus grande partie du haut baronage de France y était rassemblée; et cette réunion d'hommes notables proclama c que loin de pouvoir se soustraire à la suzeraineté royale « les prélats, abbés, et ecclésiastiques possédant fiefs, se trouvaient, en matière civile, assimilés aux laïques et soumis, comme eux, au jugement du roi et de ses pairs.
c Forte de la décision que venait de proclamer ce parlement spécial de Saint-Denis ('); forte de sa conscience, la régente de France , soumise à l'obéissance spirituelle , pleine de respect envers la tiare , comprit le danger qu'il y aurait à ne pas tracer nettement la ligne de démarcation ou devait s'arrêter l'autorité apostolique; en vain chercha-t-on à invoquer l'exemple de l'Angleterre, alors entièrement dans la dépendance de la cour de Rome. Louis et sa mère ne se départirent jamais du plan de conduite adopté par le parlement féodal; et non-seulement l'ordonnance de Saint-Denis ne fut pas révoquée , mais elle forma la digue puissante contre laquelle vinrent, parla suite, se briser tous les conflits de juridictions. »
J'ajoute que ce sont là de beaux et grands titres de gloire pour la reine Blanche et pour le roi son fils. Avec la foi et
C) VilIcncuTc-Traiis.
la piété qu'ils avaient tous les deux dans l'ame, avec les idées de leur siècle, en rapport journalier avec le légat romain, homme influent à la cour; l'un et l'autre , en restant parfaits catholiques, ont su demeurer parfaitement Français , et ont rendu à Dieu ce qui était à Dieu , en gardant ce qui leur appartenait, ce qui était à César.