Dinaux, t. IV, p
r.ES LETTRES ET LES SCIENCES. 249
(lissant tous les jours avec ses protecteurs. Voilà comment elle a retenu seule l'honneur qu'elle aurait pu, dans d'autres conditions, partager avec le midi, de former la littérature de la France.
jMais ce n'est pas seulement par des ballades et des chansons qu'elle a conquis ce privilège. J'ai dit ce que nos trouvères avaient fait dans l'épopée ; nous allons voir ce qu'ils firent encore dans d'autres genres oii se retrouve, à un degré plus marqué, le vieil esprit gaulois.
Lais et fabliaux.
Après l'épopée venait la poésie lyrique; nous avons vu la place qu'y tiennent les troubadours et il convenait d'en rapprocher les œuvres des trouvères dans le même ordre de composition. Mais il y a d'autres sortes de poëmes que les troubadours ont à peine connus et dans lesquels les trouvères ont excellé: poëmes qui ont bien plus d'importance que ces chansons et qui sont comme une suite des romans d'aventures ou de chevalerie : les lais et les fabliaux.
Hâtons-nous d'y revenir.
Les lais ' et les fabliaux sont si bien comme un diminutif des romans d'aventures ou de chevalerie qu'on les pourrait distribuer en catégories semblables à celles oi^i nous avons rangé ces romans. Il y en a dont
L Le lai était une composition musicale, d'origine bretonne, dont le nom a passé par abus à des récits qui n'étaient plus destinés à être chantés. Voy. P. Meyer, le roman de Flamenca, p. 279, noie et sur la forme primitive et les transformations du lai, Ferdinand WoIR, Ueber die Lais, Sequmzen und Leiche (Heidelberg. 1841).
les sujets sont tirés de l'antiquilé, comme Narcissus, et Pijramc et Thishé, imités d'Ovide, l'auteur chéri de nos trouvères'. D'autres dérivent plutôt des romans de la Table ronde et s'y rattachent soit par l'indispensable personnage du roi Arthur, soit plus communément parun genre d'aventures analogues à celles qui se passent dans le domaine fantastique de ce roi demi-fabuleux. Tcd est le conte du Clwvalicr à li'pée où le principal rôle est à Gauvain, le fidèle serviteur d'Arthur; à la suite de l'aventure principale il est appelé à faire l'expérience de la fidélité de sa femme et de son lévrier, expérience qui n'est pas à l'avantage de la femme, hi à la satisfaction du mari '; tel encore le conte du Courl Mantel, un manteau qui ne va qu'à la femme restée fidèle : la femme d'Arthur qui l'essaye la première ne le fait qu'à sa confusion'; la lai de Lanval, où la reine Genèvre figure encore, jouant à la cour d'Arthur le rôle de la femme de Putiphar*; la Mule sans frein de Payen de Maisières), où l'on retrouve maître Queux, le sénéchal d'Arthur, et Gauvain qui cette fois triomphe de tous les enchantements sans nouvelle mésaventure'; le lai d^Haveloc dont le héros, fils d'un roi de Danemark dépouillé par un lieutenant d'Arthur, parvient, après mille incidents merveilleux, à reconquérir ses droits*.
Ce genre de contes ou de nouvelles où s'était essayé déjà, vers la fin du douzième siècle, Audrefroi le Bas-
1. Barbazan et Jïéon, Fabliaux et contes des poètes français du onsième au quinsième siècle, t IV, p. 143, 326 et Hist. littér.,1. XIX.
2. Méon, Nouveau recueil de fabliaiix et contes, t. I, p. 127; cf. Hist. liltér., t. XIX, p. 704.