Hist. littér.. t. XVIII, p
tard* fut cultivé avec éclat au treizième siècle par une femme qui, née en France, vécut en Angleterre^ mais qui eut soin de joindre elle-même le nom de sa patrie à son nom, Marie de France:
Marie ai nom, si sui de France^.
Elle était de France, et elle ne vécut pas toujours en Angleterre. La faveur du comte Guillaume de Dampierre la fit venir en Flandre; et ce fut lui, diton, qui la décida à traduire ses fables en français'. La réputation qu'elle eut de son temps a été justifiée de nos jours par la publication de ses poésies *. Les fées régnent dans la plupart de ces nouvelles : le lai de Gracient, les lais de Gugemer, de Binlavaret, d'hvenec, etc. ; et l'on sait par d'autres romans d'aventures qu'elles ne se croient pas tenues de ce qui est la principale vertu des femmes. Mais si Marie n'hésite point à traiter ces sujets à la mode alors, on a pu faire remarquer à sa louange que, sans reculer devant le dénoiiment ordinaire, elle a su mettre une sorte de réserve dans les peintures où ses émules se donnent les plus grandes libertés. Elle a d'ailleurs plusieurs morceaux entièrement irréprochables, comme le lai du Frêne, qui contient l'idée mère de la touchante histoire de Griselidis, conte refait plusieurs fois, recueilli de nos fabliaux et rendu célèbre par Boccace. Dans un tout autre genre, Marie de
L Voy. Legrand d'Aussy, l. l., t. IV, p. 82 et suiv,
2. M. Paulin Paris a même cité un vers qui la dit « de Coœpiègne ». Il est vrai que ce vers n'est pas d'elle : il est tiré d'une satire appelée l'Évangile des femmes, du trouvère Jehan Dupain {Hist. liltér., t. XIX, p 793; Arth. Dinaux, t. II, p. 310).
3. Roquefort, les Poésies de Marie de France, t. II, p. 401. Arthur Dinaux, Trouvères du nord de la France, t. II, p. 67 et 310.
4. Roquefort, les Poésies de Marie de France, 2 vol. in-8 (1820). Voy. la notice d'Amaiiry Duval dans VHist. littér., t. XIX, p. 791 et suiv.
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Franco a fait encore le Purgatoirr dr saint Vnlrire, (l'apn-s les légendes de l'Irlande, une de ces visions de l'autre monde, de l'Enfer, du Paradis que l'on peut compter parmi les antécédents de la Divine Co- 7iiédie\ Dans un cjenre plus rapproché de ses lais, elle a fait des fahles imitées d'Ésope et d'un recueil latin. On y trouve une grâce,, une naïveté qui font quelquefois penser à la Fontaine; et le trait vif et pénétrant ne lui manque pas non plus : car ses fables ne sont pas tellement imitées des anciens qu'elle no songe à son temps et ne lui fasse l'application de sa morale, comme par exemple quand elle flétrit les riches voleurs :
« Les vicomtes et les jugeurs-; »
ou qu'elle retrouve sous les traits de la brebis tondue, les pauvres gens à qui les grands
« Prennent la chair avec la peau Gomme le loup fît à l'agneau*. »
Mais revenons aux lais et aux fabliaux. Dans le nombre il en est encore qui touchent aux porportions des romans d'aventures, comme le joli conte d'Au- 'cassin et Nicolette, conte en prose mêlée de vers, où l'amour est peint avec une chasteté qui n'est pas le mérite de cette littérature*; la Châtelaine de Vergij,
1. On peut y ranger aussi la Voye d'Enfer ou le Songe d'Enfer de Raoul de Houdan ; la Voye de Paradis {Hist. litter., t. XVIII, p. 737 et 790).