‹ Saint Louis et son tempsChapitre 110 sur 207 · Ihid., t. i, p · texte numérisé non relu

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6. Par exemple Celui qui enferme sa femme dans une tour (Barbazan et Méon, t. II, p. 99); le Chevalier au barizel{ibid., t. I, p. 208); le Sentier battu, extrait des poésies de Baudoin et de Jean de Condé {ibid., t. I, p. 100); le Lai de l'Ombre, conte fort gracieux, et le Chevalier à la Corbeille {Francisque Michel, Lais inédits des douzième et treizième siècles). Voy. aussi A. Jubinal, Nouveau recueil de contes, dits, fabliaux et autres pièces inédites des treizième, quatorzième et quinzième siècles, pour faire suite aux collections Legrand d'Aussy, Barbazan et Méon.

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contes où le génie de Boccace est venu clicrcher son inspiration, où il a trouvé le principe de sa renommée!'.

Mais ce qui tient le pi-emier rang entre tous les iabliaux, c'est le Itoman de Ilcnard, conte populaire, mis d'abord en latin, puis en langue vulgaire, tant en France qu'en Allemagne au douzième siècle*, il va se multipliant, se ramifiant pendant le treizième et même le quatorzième siècle, pour aboutir, comme les chansons de geste, à la prose. On n'y compte pas moins de trente branches, rattachées d'ailleurs par un nœud tout factice au tronc commun^ : c'est tout

1. Voyez, outre les notices de YHisloii-e littéraire, auxquelles j'ai renvoyé, Gerusez, Histoire de la littérature française, t. I, p. 104 cl suiv.; Demogeol, Histoire de la littérature française, p. 122; Leniciit. ouvrage cité. Sur les emprunts que Boccace, Rabelais, Molière et La Fontaine ont faits à nos iabliaux, voy. Roquefort, De l'état de la poésie française dans les douzième et treizictne siècles, p 190-19Ô.

2. Les Allemands ont voulu revendiciuer pour eux les premières origines du roman de Renard. Le nom de Renard (Reinhardt) est alleiuand en eiïet : mais, c'est un de ces noms qui, comme ceux de Charles, de Tliierry, de Louis, avaient été naturalisés français depuis l'entrée des Francs dans la Gaule; au contraire, les noms des personna:ges secondaires du roman : Chantecler (le coq), Pinte (la poule), Brun (l'ours), Belin (le mouton), Coart {couard, le lièvre), sont français, et leur introduction dans la fable allemande prouve que celle-ci n'est qu'ur.e copie du français. Voyez la notice de Fauriel, qui, d'ailleurs, fait de bien grandes concessions à la critique de Grimm [Histoire littéraire de la France, t. XXII, p. 906); la préface, mise par M. .Iules Houdoy en tête de son édition de Refart le Nouvel, par Jacquemart Giélée, de Lille; l'article d'Arthur Dinaux sur Jacquemart Giélée (Trouvères, etc., t. II, p. 235), et les analyses plus sommaires de MM. Gerusez, Demogeol et Lcnient, cités plus haut.

3. Le romande Renard a été publié par Méon en quatre volumes in-8°. Les trois premiers comprennent les anciennes branches, qui ne font pas moins de trente mille trois cent soixante-deux vers; le quatrième, deux nouvelles branches qui sont d'auteurs flamands : le Renard coxtronné, composé vers I2b0 : on y trouve un éloge pompeux du comte Guillaume de Dampierre, qui périt tragiquement dans un tournoi, au retour de la croisade (12.t1); et kenart le Nouvel, par Jacquemart Giélée, de Lille, qui le termina en 1288. (J'ai cité l'édition nouvelle que vient d'en donner M. Jules Houdoy, 1874 ) Un cinquième volume, public après la mort de Méon, nous donne un nouvel épisode : « Si comme Renartmenja (mangea) dant (dom) Pinçart le hairon (héron) et fisl à peu noier le vilain ». Toutes les branches réunies ne font pas moins de cent vingt-cinq mille vers, à l'estimation de Ch. Magnin (Journal des Savants, novembre 1859, p. ô9''.

un cycle; la fable y passe des formes brèves de l'apologue aux formes prolixes de l'épopée. De même que pour les chansons chevaleresques, les meilleures sont du douzième siècle ou du commencement du treizième, comme celles de Pierre de Saint-Cloud ou de quelques-uns de ses contemporains. Dans les incidents variés de la lutte de Renard et d'Ysenmun, des mésaventures de Brun (l'ours) et des plaids tenus devant Noble (le lion), etc., on trouve non-seulement une peinture de caractères, vraie en tout temps, mais un tableau comique du monde féodaL Sur cette scène d'un monde oi^i l'homme tient la place du roturier, la noblesse est l'apanage des animaux : aussi figurentils souvent montés à cheval, même le limaçon. Mais dans cette noblesse aussi l'attribution des emplois donne beau jeu à la satire : si le lion (Noble) est roi, l'âne (Bernart) est archiprêtre. Dans le Renard couronné, qui est d'un sujet du comte de Flandre et du temps de la première croisade de saint Louis, on a signalé, à défaut d'invention plus poétique, un sentiment plus moral, celui de protester contre le triomphe de la ruse et de montrer que depuis qu'elle règne, depuis que le monde est soumis à l'empire de Kenardie, le vice et le scandale ont libre carrière : belle occasion pour la satire qui a la principale place dans ce genre de composition.

La satire avait d'ailleurs ses formes particulières

« Cette gigantesque épopée, ajoute-t-il, où se mêlent à l'origine l'esprit gaulois et les traditions germaniques, cette œuvre à laquelle plusieurs générations ont mis la main, cet édifice collectif et anonyme, comme tous les monuments d'alors, est une perpétuelle et piquante critique des mœurs privées et publiques dé l'époque, sorte de bouche de fer, ouverte aux rancunes plébéiennes, où se sont accumulées, pendant plusieurs siècles, toutes les plaintes, toutes les récriminations, toutes les colères qui fermentaient au sein des classes opprimées contre rorgueil et les excès des classes oppressives. »

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(laus les sirvcntes des troubadours et les sirventois des trouvères; elle épanche tout à loisir son liol dans la Bible de Guyot de Provins, moine indocile qui, ne se trouvant bien nulle part, ne voit que mal partout', et dans les vers du seigneur de Berze, qui n'est pas plus indulgent, ni pour le siècle, ni pour l'Église*. L]lle règne aussi dans plusieurs des morceaux du poëte RutebcuP, un rwle poète, comme il se plaît à le dire en jouant sur son nom, qui prit avec passion la cause de l'Université contre les dominicains*, et particulièrement de Guillaume de Saint-Amour, même condamné par le pape, exilé par le roi^ En mainte pièce il s'attaque aux mœurs du temps et ses traits n'épargnent aucune puissance, notamment le clergé : il flagelle les jacobins, les cordeliers, les nonains et les béguines', et ne ménage pas plus les princes, comme dans la branche du roman de Renard qui est de lui : Renard le bestourné (ou le ressuscité)'. Le même poëte avait commencé par des pièces badines et par cette sorte de contes moraux oia la satire des mœurs du temps ne peut avoir d'autre effet que de les corrompre davantage. On trouve le même esprit dans

1. Ceux qu'il épargne le plus sont les Templiers, à qui il ne reproche rjue leur orgueil et leur avarice. Voy. la notice d'Amaury Duval sur Guyot, dans VHist. littér., t. XVIII, p. 814.

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