Complainte du comte Huèdc de Nevers, t. I, p
2. Le dit de Puille (Fouille) et la Chanson de PuiUe, t. I, p. 143, 148.
3. T. I, p. 124. Cf. le Dit de la voie de Tunes, sorte de prédication à la même fui. {/6id,p. 136.)
4. Les Regrets au roi Loys, quoique de son style et de son esprit, n'ont pas été regardés comme authentiques par l'éditeur de ses œuvres. Il en esl autrement des deux autres morceaux : la Comiilainle au roi de
Après la mort de saint Louis, quand la Terre Sainte, délaissée des rois^ était à la veille de succomber, ce fut encore lui qui fit entendre le dernier appel à la Croisade dans sa Nouvelle Complainte d'outre-mer\
Quand on parcourt les œuvres soit de Rutebeuf soit des autres satiriques, on s'étonne d'y trouver une liberté;, disons plus, une licence de langage en contraste avec le despotisme qui était le fond des gouvernements au moyen âge, et l'on se demande si ces hardiesses étaient connues, et comment elles étaient tolérées. Elles étaient connues : mille jongleurs les répandaient dans la foule. Mais le manuscrit ne provoquait pas l'attention, et les jongleurs savaient devant quel public ils débitaient leurs traits mordants ou leurs injures. C'était la publicité du colportage, affranchie du contrôle de l'autorité ou, comme on le dirait aujourd'hui, de l'estampille du gouvernement.
Art dramatique.
Reste une chose pour compléter l'œuvre des trouvères, c'est le théâtre : il semblait tout naturellement de leur domaine; il est comme la dernière expression des genres divers qu'ils ont cultivés. Au-x nouvelles et aux fabliaux appliquez les formes de la tenson, et vous aurez une scène, une suite de scènes. Introduisez-y la musique^ joignez-y la chanson^ et
Navarre et la Cotïiplainte du comte de Poitiers, Œuvres, t. I, p. 40 et 48; voy. P. Paris, l. L, p. 76G.
L Œuvres, t. I, p. 110.
VOUS aurez non plus seulement le drame, la comédie, mais toutes les formes de l'opéra. Nous retrouverons, en effet, parmi nos trouvères les premiers auteurs de pièces ainsi conçues. Et cependant ce n'est pas de là que le théâtre moderne est né. 11 est sorti de l'%lise*.
La chose peut paraître étrange, si on se rappelle les analhèmes dont l'Eglise a justement frappé, dès le commencement, les jeux scéniques de l'Empire, et la sévérité qu'elle garde aujourd'hui encore pour cette sorte de plaisir. On s'étonnera moins si on rélléchit aux origines du théâtre antique, et, on le peut dire, à ce que le drame est partout dans ses origines*.
Le théâtre antique est sorti des mystères, c'est-àdire des sources le plus profondes du sentiment religieux. Il naît du hesoin de mettre en action ce qui
1. Il ne peut être question ici ni du Moïse d'Ézéchiel le tragique (premier ou deuxième siècle), ni du XptcTÔc7râ<7/wv, attribué à saint Grégoire de Nazianze (quatrième siècle), compositions toutes littéraires qui sont restées inconnues à TOccident, ni du théâtre de Hrotsvitha, religieuse de Gandersheim (dixième siècle), dont les pièces eurent des représentations à l'intérieur du couvent : théâtre curieux à étudier assurément, comme une application à des sujets religieux des formes de Térence, mais qui est plus une réminiscence du passé qu'une espérance de l'avenir. Cet essai n'en a point produit d'autre et s'est éteint sans laisser trace dans la littérature des temps qui ont suivi.
2. Voyez sur ce sujet l'ouvrage malheureusement inachevé de Charles Magnin, les Origines du théâtre moderne, ou histoire du génie dramatique depuis le premier jusqu'au seizième siècle, précédée d'une introduction contenant des éludes sur les origines du théâtre antique, t. I (1838), p. 16 et suiv., le seul volume qui ail paru; mais Cli. Magnin est revenu à plusieurs reprises sur ce sujet par des articles qui lui ont permis de dévelùpp(îr plus longuement sa théorie, en l'appliquant au théâtre du moyen âge : d'abord sur le Tliédtre français au moyen âge, publié par MM. Monmerqué et Francisque Michel (Journal des Savants, janvier, août, septembre, octobre 18^6; janvier, mars 1847); sur le Christus patiens, etc., publié par Diibner [ibid., avril et août 18'i8V. entin sur les Drames liturgiques du moyen âge, texte et musique, publiés par M. de Coussemaker (ibid., mai et septembre 1860; août 1861). Voy., en outre, quatre savants articles de M. Léon Gautier sur les Origines du théâtre modemp, insérés dans le journal Ir Monde, numéros des 16 et 17, 28, 30 août et 4 septembre 1872 : articles qui supposent untiavaii approfondi et promettent un excellent livre.
fait Tobjet de la croyance, de faire entrer plus avant dans les esprits les dogmes de la foi. Il répond à l'instinct môme du peuple et justifie cette vérité d'observation appliquée par le poëte aux procédés mêmes du théâtre :
Segnius irritant animos demissa per aurem Quam quae sunt oculis subjecta fidelibus, et quœ Ipse sibi tradit spectator'.
Le christianisme ne pouvait pas faire exception. Quoi de plus dramatique que ses deux dogmes fondamentaux : la chute de l'homme, la rédemption? Ses cérémonies sont toutes pleines de cette pensée. Le sacrifice de la messe n'est pas autre chose que le sacrifice de la croix mystiquement renouvelé; et que sont les fêtes de l'Église, si ce n'est la commémoration des principales circonstances de l'histoire du Sauveur ou de la vie des saints et des martyrs?
Quand le drame fait ainsi le fond et comme la substance d'un culte, il est difficile qu'il ne se fasse point jour par quelque côté.
Les fêtes où l'Église célébrait les principaux mystères de foi étaient l'occasion oi^i il devait le plus naturellement se produire. En premier lieu, la fête de Pâques, la fête fondamentale du christianisme ; la Noël, réunie d'abord à l'Epiphanie (6 janvier), puis séparée, reportée à sa date (25 décembre), et célébrée avec un grand éclat au cinquième siècle, pour répondre aux hérésies qui, après avoir nié la divinité de Jésus-Christ, niaient alors son humanité; la Pentecôte, l'Ascension, etc. l'Église en établissant ces fêtes, en leur fixant leur rituel pour tout ce qui était