‹ Saint Louis et son tempsChapitre 12 sur 207 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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;{. L. IV, XVII. t. I, p. 80. et Delislc, /. L, p. 138.

tion impériale avait fixé chacun en sa condition. Mais elles avaient été comme affranchies de ces liens par la chute de l'Empire, et, délivrées de cette dure contrainte, elles avaient retenu les avantages qui résultaient pour elles de l'association.

Ce n'est point toutefois qu'elles se soient développées dès lors sous le régime de la liberté. La liberté n'est point le propre du moyen âge : privilège et servitude, voilà les deux pôles sur lesquels le monde se meut alors ; et cela se vérifie surtout dans le régime des corporations. Il y avait privilège dans le droit de fabriquer; il y avait servitude dans les rapports des apprentis, des valets et des maîtres. L'apprentissage n'était pas un libre contrat entre Tapprenti ou ses parents et le maître qui le recevait de leurs mains. La corporation en réglait les conditions générales au profit, non point tant de l'apprenti ou du maître, que du métier. Le valet, c'est-à-dire l'apprenti qui avait satisfait -à ses obligations, contractait des obligations nouvelles qui n'étaient pas d'ailleurs sans garanties : car, s'il devait se tenir à la disposition du maître, il était protégé contre son arbitraire et sans concurrence au dehors. Le maître enfin était soumis aux lois de la corporation, tant pour la fabrication que pour la vente de ses produits.

Les corporations elles-mêmes n'avaient leurs privilèges qu'au prix de bien des charges. Indépendamment de la taille, charge commune aux hommes de métier comme aux paysans, il y avait des charges spéciales à l'industrie et au commerce. Souvent il fallait acheter le métier, c'est-à-dire le droit de fabriquer; il fallait acheter le droit de vendre. Il fallait payer pour avoir le droit de transporter des marchandises, soit par terre, soit par eau; les péages étaient non pas

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sonlt'inciit coimnc une ('(mlril)iilion à renlrofion dos routes, mais cuinmo le \)\''\\ de leur sécurité et la rançon (lu Itriuandaiïe. 11 fallait payer non-seulement pour entrer dans les villes, pour avoir une place dans les halles, les foires et les marchés cela se fait encore), mais pour se servir des poids et des mesures dont les seigneurs s'étaient fait aussi un monopole, il fallait payer pour la protection qu'on recevait des seii^^neurs et pour la jiiiidicfifin qu'ils exerçaient sur les métiers'.

A Paris, la plupart des métiers étaient sous la julidiction du prévôt du roi ; et c'est à ce titre qu'ÉlienneBoileau, investi de ces fonctions par saint Louis, lit enreuistrer les coutumes des différents corps de métier et en composa le Livre îles métiers ou licglcments sur les arts et métiers de Paris^ où l'on retrouve des détails si curieux sur l'organisation de ces corps et sur lu vie industrielle et commerciale de Paris au treizième siècle'. Il le compose, comme il le dit,, dans le Iriple dessein ; 1° de prévenir les procès, nés de la délovauté ou de 1 ignorance, entre les étrangers et les habitants de la ville; T de régler les différends entre les préposés aux péages et ceux qui les doivent; 8" de trancher les conflits entre le prévôt lui -même et les divers seigneurs qui réclamaientjuridiction dans Paris': pensée de paix, de bon ordre et de conciliation, qui répondait bien ii la politique de saint Louis.

1. Voy. r<iir l'o-j^anisalion des corporations, sur leurs droits et leurs charges, Vllisloirr des classes ouvrières ev France depuis la cnnquéle de Jules César jusqu'à la Révolution, par M. E. Levasseur, ouvrage plein lie détails puises aux sources et liabillement di^triliués.

2. Voy. ce livre dans la collection des Documents inédits sur Vhisloire de France, ei la savante prélace qu'y a jointe l'éditeur, M.Depping; etsur Klienne Ikiiieau la notice de Daunoudans VHisloire littéraire delà France, t. XIX, p. 104.

^^. Fniloguc, p, 1, et Félix Faure. t. U. p. 316.

Plusieurs métiers relevaient spécialement des grands officiers du roi : les boulangers, du grand Panetier ; les drapiers, merciers, tailleurs, tapissiers, etc., du grand Chambrier; les marchands de vin, de l'Echanson; les forgerons, heaumiers, serruriers et autres ouvriers en fer, du Maréchal; les cabaretiers, du Bouteiller.

D'autres encore que les grands officiers avaient obtenu la maîtrise de certaines corporations. Le charpentier du roi était le chef de la grande corporation des charpentiers qui comprenait, avec les charpentiers, les fabricants de portes et de huches, les charrons, les constructeurs de bateaux, les tonneliers et, dit le Livre des métiers, « toutes manières d'ouvriers qui œuvrent du tranchant en merrein '. « Saint Louis, qui fit beaucoup bâtir, avait donné à son maçon, maître Guillaume de Saint-Patu, la maîtrise du corps des maçons *.

La grande corporation des marchands de Veau, héritiers de la plus ancienne corporation parisienne, des nautœ Parisiaci de l'empire romain, ne relevait ni d'un officier du roi, ni d'un maître étranger; elle avait son prévôt à elle, qui était devenu comme elle une puissance. Elle avait le monopole du commerce par eau sur la haute et la basse Seine, dans les limites de la banlieue de Paris, banlieue étendue jusqu'à Mantes; et elle ne se renfermait même pas dans les termes de ce genre de commerce. Elle se fit adjuger le droit de criage, c'est-à-dire le monopole des annonces, la nomination des mesureurs de grain et de sel, des courtiers, des jaugeurs '. Par suite de ces

1. Livre des métiers d'Etienne Boileau, titre xlvii, p, 104, et Levasseur,

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