Boutaiic, la France sous Philippe le Bel, p
ADMINISTKATION GKNERALE.
Agents de radministration. •— Prévôts et bayles. — Baillis et sénéchaux.
Le roi, on tant ([lie seigneur dans son domaine, avait en main tous les pouvoirs. 11 était tout à la fois chef militaire (ce fut toujours l'apanage du souverain), législateur, ayant le droit de faire la loi, de lever l'impôt et de disposer de son domaine; grand justicier, pouvant rendre personnellement la justice et alors ne relevant que de sa conscience, n'étant tenu d'aucune loi, puiscpie sa volonté était la loi. Ce pouvoir absolu chez lui n'était limité qu'au dehors, parce que là il rencontrait d'autres seigneurs ayant mêmes droits chez eux, droits qui pourtant se trouvaient de plus en plus réduits par les progrès de l'autorité royale; et ces empiétements du suzerain sur les vassau.v leur étaient d'autant plus à craindre qu'aucun droit écrit n'y faisait obstacle'. Ces pouvoirs, il ne les exerçait pas tous par lui-même; il y enq)loyail
1. Sur lej)Ouvoir royal, voy. le picmier des Éclaircissements de M. N. de Wailly, dans son édition de Joinville, publiée par MM. Didot,
les grands officiers et les barons dont il formait sa cour; il les déléguait aussi à des officiers inférieurs. Mais c'est ici que se manifestait surtout la différence du moyen âge avec les temps modernes. Aux temps modernes, le principe qui domine dans le gouvernement d'un peuple, c'est la division des pouvoirs. Au moyen âge, ils restaient réunis dans la même main. De même que le roi, ses délégués, aux divers degrés de la hiérarchie, en accomplissaient les fonctions dans des circonscriptions plus restreintes. C'est ainsi que le prévôt avait action tout à la fois pour la guerre, pour les finances et pour la justice : réunissant les hommes d'armes, a-ffermant les produits du domaine, jugeant, faisant la police et tous les actes de l'administration ; et au-dessus du prévôt le sénéchal ou le bailli, dans les provinces oii cet officier avait remplacé le sénéchal, cumulait aussi tous ces pouvoirs. Mais cela dit, il convient, pour répondre aux habitudes modernes et mettre plus d'ordre dans la discussion, d'examiner à part chacun de ces services.
Disons d'abord quelle attention saint Louis apporta à la conduite de ses agents, et nous verrons ensuite dans quelle mesure il améliora chacune des branches de leur administration.
Nous avons vu plus haut, en remontant à Philippe Auguste, quels étaient les grands officiers de la couronne : le bouteiller, le chambrier, le connétable et le chancelier. Leurs principales attributions les retenaient dans la maison du roi. L'administration du royaume appartenait surtout à ceux que Philippe Auguste avait établis pour suppléer le sénéchal et qui le remplacèrent : les baillis, créés au nombre de quatre, et dont le nombre s'accrut beaucoup sous saint Louis. Sans parler de Paris dont la prévôté va-
SAINT LOUIS. Il — 5
66 r.HAPITHK XVI.
lait bien un bailliage', Senlis, le Vcrniandois^ Amiens, Arras, Saint-Omcr, Gisors, Mantes, Rouen, le pays de Caux, Verneuil, Caen, iiayeux, le Cotentin, Sens, Mâcon, Étampes, Orléans, Tours, Bourges, l'Auvergne avaient chaeun leur bailli'. La charge de bailli était comme un dédoublement, un diminutif, si l'on peut dire, de celle du sénéclial; et le titre de sénéchal était resté à des ((flieiers qui remplissaient les mômes fonctions dans plusieurs grands iiefs'. Il resta avec les mêmes attributions que celles des nouveaux baillis dans les provinces acquises par la couronne au midi de la France. C'est ainsi que la réunion d'une partie du Langueiloc, au traité de Paris (12'2'J), fit créer les sénéchaussées de Beaucaire et de Carcassonne. Saint Louis y joignit celles de Périgord, de la Rochelle et du Quercy.
Les bailliages et les sénéchaussées formaient donc le cadre de l'administration royale, et les prévôtés en étaient les subdivisions. Les bailliages conq)renaient la France entière, et les grands fiefs eux-mêmes, tout indépendants qu'ils fussent réellement, étaient répar tis entre les bailliages : la Bretagne ressortissait au bailliage de Tours; la Bourgogne au bailliage de Maçon; la Guyenne et la Gascogne à la sénéchaussée de Périgord*; quant aux pouvoirs attachés à ces charges, les énumérer comme nous l'avons fait tout à l'heure, c'est dire combien l'exercice des uns prê-
1. a Dans les comptes des treizième et quatorzième siècles on trouve à Paris une prévôté et un bailliage distincts, ayant chacun des recettes et des dépenses particulières; mais il n'y eut jamais de bailli. • (Boularic, La France sous Philippe le Ucl,f. 172.
2. Brussel, Nouvel examen général des fiefs de France, p. 48ô el suiv.; Olim., t. I, p. 128, 10V2; F. Faure, t. Il, p. 213.
3. Le titre de sénéchal de Cbamjjagne a été rendu assez célèbre par Joinville.