‹ Saint Louis et son tempsChapitre 161 sur 207 · Hùtor. de France, t. XX, p · texte numérisé non relu

Hùtor. de France, t. XX, p

2. Geoffroi de Beaulieu, ch. xx, t. XX, p, 13; Guill. de Nangis, ihid., p. 401.

On a vu les prétentions rivales des d'Avesnes et des Dampierre au sujet de la succession de leur mère Marguerite, comtesse de Flandre et de Hainaiit, vivante encore. Saint Louis, pris pour arbitre, avait tranché le différend par un partage, assignant pour lot, dans la succession future, aux Dampierre la Flandre et aux d'Avesnes le Hainaut (juillet 1246). Cette décision, ratifiée par eux (1246 et 1248; les maintint en paix jusqu'en 1252, malgré quelques chicanes. Mais alors Guillaume de Hollande, élu roi des Romains par une partie de l'Allemagne, se mêla de la querelle. Marguerite avait, par avance, investi de la Flandre Guillaume de Dampierre, l'aîné de cette branche. Guillaume, au retour de la croisade, avait péri dans un tournoi, foulé aux pieds des chevaux (1251). On crut que ce n'était pas seulement par accident. On en accusa les d'Avesnes : ils étaient jaloux de voir la branche rivale déjà pourvue de sa part. Ils éclatèrent quand Marguerite ût passer à son second fils Gui la succession de Guillaume ^ Guillaume de Hollande, prenant parti pour Jean d'Avesnes, son beau-frère, déclara IMarguerite déchue du Hainaut et de la partie de la Flandre qui relevait de l'Empire et les donna à Jean et à Baudoin d'Avesnes juillet 1252). Ainsi le partage qui, selon l'arbitrage de saint Louis, devait se faire après la mort de Marguerite, s'accomplissait bon gré mal gré de son vivant ; et les populations du Hainaut, qui aimaient Jean d'Avesnes et détestaient les Flamands, y donnèrent la main : ils se fondaient sur la déclaration de Guillaume pour chasser les

1. Kn février 1232, Gui, devenu par là comte de Flandre, confirma toutes les conventions que sa lante, sa mère et son frère Guillaume avaient faites avec le roi. (Layettes du trésor des Chartes, t. III, W 3981.)

gens de Marguerite. Marguerite, en l'absence de saint Louis, sollicita l'appui de la reine Blanche qui la renvoya à ses deux fils les comtes de Poitiers et d'Anjou. Mais comme sans doute elle ne leur offrait rien, elle n'en reçut pas davantage. Elle voulut agir par elle-même; elle prit même l'offensive, et envoya des troupes sous la conduite de ses deux fils, Gui et Jean de Dampierre, dans l'île de Walclieren dont elle voulait s'emparer : il y furent vaincus et pris (4 juillet 1253)'.

Marguerite n'en fut pas abattue. Rebutée du comte de Hollande, rejetant fièrement les soumissions de Jean d'Avesnes, elle s'adressa de nouveau à la France^ et cette fois pour obtenir le secours du comte d'Anjou, elle lui donna le Hainaut : dépouillant sans hésiter son fils rebelle pour arriver à la délivrance de ses deux autres fils prisonniers. Charles d'Anjou ramena Marguerite en Hainaut et elle le fit reconnaître pour comte à Valenciennes, à Mons et en quelques autres places. Jean d'Avesnes s'adressa à l'évêque de Liège : mais les Liégeois refusèrent de seconder le prélat ; puis à Guillaume de Hollande, invoquant tout à la fois sa parenté et les droits de l'Empire méconnu : car le comte d'iVnjou n'avait pas songé à lui faire hommage. Guillaume, avec une armée qu'on porte à cent mille hommes (nombre fort exagéré sans doute), s'avança vers Valenciennes, oii Charles avait laissé garnison ; Charles y envoya des renforts et vint avec une armée de cinquante mille hommes, dit-on, jusqu'à Douai. Il n'y eut point de combat. Guillaume, manquant de vivres, offrait la bataille ; les comtes de Blois, de Saint Pol et autres, parents ou amis des

1. Chron. attribuée à Baudoin d'Avesnes, t. XXI, p. 174; Ciiron. de Flandre, t. XXU, p. 344; Guill. de Nangis, t. XX, p. 391.

d'Avesnes, ne permirent pointa Charles de l'accepter. De part et d'autre on se retira et le pays demeurait ainsi, en grande partie, tenu au nom du comti! d'Anjou, quand saint Louis revint de Terre Sainte'.

Ce fut vers lui que tout lemonde tourna les yeu\. Il semblait que le saint roi ramenât avec lui la paix et la justice; et la mort du comte de Hollande, tué par des paysans dans unei^uerre chez les Frisons, rendit l'arrangement plus facile. jMarguerite redemandait ses fds prisonniers; Jean d'Avesnes, le fds rebelle, était prêt à se soumettre pour ravoir le Hainaut : ce ne pouvait être qu'aux dépens du frère de saint Louis ; mais le pieux roi prêterait la paix à l'agrandissement de sa famille. Charles d'Anjou dut renoncer au Hainaut, moyennant une somme de cent soixante mille livres tournois (3,242,211 fr.) : quarante mille livres à compter dans l'année, et le reste payable dix mille livres par année. Les d'Avesnes lui en faisaient hommage, pour témoigner qu'ils le recevaient de lui par cession volontaire-. Une convention

1. Primat, Histor. de Fr., t. XXUI, p. 11-12, et Guill. de Nangis, t. XX, p. 555; Baudoin d'Avesnes, /. l. Chron. de Flandre, i. i. — La Chronique de Reims, à propos de cet appel du comte d'Anjou par la comtesse de Flandre, raconte la fable de la Chèvre el du Loup, fable fort bien contée, mais trop longuement pour qu'elle trouve place ici (t. XXJI, p. 316-318; on revient à l'histoire, p. 319).

2. Péronne, 24 septembre 1256, Layettes du trésor des Chartes, t. IIÎ, n°4290; à la même date, Jean et Baudoin d'Avesnes renonçaient devant le roi à tous les droits qu'ils pouvaient avoir sur le comté de Namur et révoquaient la donation qu'ils en avaient faite à Henri, sire de Luxembourg. {Ibid., n° 42921.)

Un nouvel incident surgit à propos de Namur. Les habitants de cette ville s'étaient donnés au sire de Luxembourg pour échapper au ressentiment de la comtesse, impératrice de Constantinople, après avoir tué son bailli. La citadelle seule était restée aux mains d'un officier de leur ancienne dame. Elle invoqua le secours de la comtesse de Flandre, qui lui envoya Baudoin d'Avesnes. Par un acte du 10 juin 1258, elle donnait à l'impératrice une garantie pour l'occupation temporaire du pays, en reconnaissant que l'empereur Baudoin en avait remis les châteaux sous

particulière avec le frère de Guillaume de Hollande rendait à Marguerite ses deux fils prisonniers (24 septembre 1256)^

Jean d'Avesnes ne jouit jamais de cette terre qu'il avait disputée par les armes à sa mère. Il mourut le 24 décembre 1257; et le Hainaut n'échut à son fils qu'après la mort de Marguerite en 1275.

Saint Louis intervint de la même sorte pour accorder le duc de Bretagne, gendre de Thibaut le Trouvère, comte de Champagne et roi de Navarre, avec le ieune Thibaut, fils de ce dernier : il s'agissait de la succession de la Navarre que ce jeune prince venait de recueillir et qui avait été promise à sa sœur quand elle s'était mariée - :

« Le roi de Navarre, dit Joinville, vint au parlement avec son conseil, et le comte de Bretagne aussi. A ce parlement, le roi Thibaut demanda, pour en faire sa femme, Mme Isabelle, la fille du roi. Malgré les paroles que nos gens de Champagne débitoient par derrière moi, pour l'amour qu'ils avoienf vu que le roi m'avoit montré à Soissons, je ne laissai pas pour cela de venir au roi de France pour parler dudit mariage. « Allez, dit le roi, faites la paix avec le comte de « Bretagne, et puis nous ferons notre mariage. » Et je lui dis qu'il ne devoit pas pour cela le laisser. Et il me répondit qu'à aucun prix il ne feroit le mariage jusques à tant que

sa garde. {Layettes, t. III, n''4424.) Mais l'autre Baudoin se conduisit avec tant de mauvais vouloir et de mollesse, que la citadelle, qu'il s'agissait de secourir, finit par succomber (21 janvier 1259). (Voy. Chron. de Reims et Chron. anon. de Flandre dans les Histor. de France, t. XXII, p. 321-323 et 341-343. La reddition du château inspira une chanson à quelque homme du pays, mécontent des Flamands. Voy. A. Dinaux, Trouvères, etc., t. IV, p. 27.) Après cet événement, l'impératrice Marie céda ses droits à Gui de Dam pierre, comte de Flandre, fils de Marguerite, qui attaqua Henri de Luxembourg. Cette lutte se termina par un accord et un mariage.- Gui épousa la fille de Henri et obtint le comté, {Art de vérifier les dates, t. III, p. 119.)

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