Mêmes auteurs et Tillemont, t. IV, p
2. D'Arbois de Jubainville, Histoire des comtes de Champagne, t. IV p. 354-357, et Catalogue, n" 3072 (décembre 1254). Voy. la pièce dans les Layettes du trésor des Chartes, t. III, n» 4132.
la paix fût faite, pour que l'on ne dît pas qu'il marioit ses enfants en déshéritant ses barons.
« Je rapportai ces paroles à la reine Marguerite de Navarre et au roi, son fils, et à leurs autres conseillers ; et quand ils ouïrent cela, ils se hâtèrent de faire la paix. Et après que la paix fut faite, le roi de France donna au roi Thibaut sa fille. » (Gh. cxxxiv.)
Il sut réconcilier aussi le comte de Châlon avec le comte de lîourgogne, son fils ; le comte de Luxerabourg avec le comte de Bar ; le comte de Bar avec le duc de Lorraine', car les étrangers, comme les sujets du roi, acceptaient volontiers et recherchaient son arbitrage :
« Au sujet de ces étrangers que le roi avoit réconciliés, dit Joinville, aucuns de son conseil lui disoient qu'il ne faisoit pas bien de ne pas les laisser guerroyer; car s'il les laissoit bien s'appauvrir, ils ne lui courroient pas sus aussitôt que s'ils étoient bien riches. Et à cela le roi répondoit et disoit qu'ils ne parloient pas bien : « Car si les princes voi- « sius voyoient que je les laissasse guerroyer, ils se pource roient aviser entre eux et dire : c'est par méchanceté que « le roi nous laisse guerroyer. Alors il en advicndroit qu'à « cause de la haine qu'ils auroient contre moi, ils me vien- « droient courir sus et j'y pourrois bien perdre, sans compter « que j'y gagnerois la haine de Dieu, qui dit : « Bénis « soient tous les pacifiques. « D'où il advint ainsi, continue l'historien, que les Bourguignons et les Lorrains, qu'il avoit pacifiés, l'airaoient et lui obéissoient tant que je les vis venir plaider par-devaut le roi, pour des procès qu'ils avoient entre eux, à la cour du roi à Reims, à Paris et à Orléans. ■ (Ghap. cxxxvii.)
Cet esprit de concorde et de paix le dirigeait de même dans ses rapports avec les plus grands États, et c'est ici qu'il put donner la preuve du rare désintéressement dont toute sa politique était inspirée.
1. Joinville, c. cxxxvii, et Confesseur de Marguerite, Ilist. de France, t. XX, p. 88 b.
Relations avec l'Angleterre. — Traité de Paris (1258).
On a vu la grande position que cette politique avait faite à la France avant son départ pour la croisade. Dès ce moment^ saint Louis avait pu, en toute sécurité, quitter son royaume pour cette lointaine campagne. Rien dans la chrétienté ne lui pouvait faire ombrage. Les États du Nord formaient toujours un monde à part. L'Espagne quoique par la Castille et par l'Aragon elle eût encore des intérêts dans le sud de la France, était principalement occupée de sa lutte contre les Maures. La France se trouvait donc surtout en rapport avec l'Angleterre, l'Allemagne et l'Italie. Mais l'Angleterre était dans la situation équivoque dont nous avons parlé : le roi ne voulait pas faire la paix et il ne pouvait pas faire la guerre, empêché qu'il était non pas seulement parla sauvegarde qu'assurait la qualité de croisés aux pays de ceux qui avaient pris la croix, mais encore par la difficulté d'avoir de l'argent de ses barons. L'Allemagne et l'Italie étaient comme suspendues à la querelle de la papauté et de l'empire. Frédéric II étant mort à la fin de 1250,1a question de son remplacement agitait tous les pays germaniques, et le pape ne songeait qu'à une chose : faire qu'il ne survéciit pas dans la personne de l'un de ses fils.
Quand saint Louis revint en France, c'est du côté de l'Angleterre qu'on pouvait le plus s'attendre à des hostilités. Son retour faisait cesser le privilège de la
croisade, et la trùvc conclue entre les deux pays était expirée depuis lono;temps. Mais les embarras intérieurs de Henri III n'avaient fait que s'accroître. Loin de pouvoir reprendre ce qu'il avait perdu de ses provinces de France, il était menacé d'y perdre celles qu'il y conservait encore. La Gascogne s'était révoltée dès 1247'; ramenée à l'obéissance par Simon de Monfort, comte de Leceister, elle avait repris les armes, et plusieurs seigneurs en offrirent la suzeraineté au roi deCastille. Henri dut venir en Gascogne oii il fut rejoint par Simon de Montfort, et ce ne fut que par une guerre de dévastation, ruinant les pays, coupant les vignes au pied, qu'il contraignit les rebelles à se soumettre (1254)^
Dans cette situation, il ne pouvait en aucune sorte rompre avec saint Louis. Quand il voulut revenir en Angleterre, il lui demanda la faveur de passer par la France, et le roi Faccueillit avec le plus grand empressement. Il vint à sa rencontre jusqu'à Chartres, l'amena à Paris, le logea à Vincennes (décembre 1254) et le reconduisit, toute une journée de chemin, sur la route de Boulogne'. Cette visite et le commerce du saint roi ne pouvaient inspirera Henri IH que des sentiments pacifiques. L'année suivante (1255), Simon de Montfort vint à Paris jurer une nouvelle trêve de trois ans\
1. Cf. ci-dessus, t. I, p. 380. La Gascogne, soumise au gouvernement de Simon de Monlfort contre lequel elle fut presque toujours en lutte, fut donnée ensuite par Henri III à son fils, le prince Edouard (1252) ; mais les lévoltes se renouvelaient sans cesse. Voy. sur l'état de ce pays diverses lettres dans le Recueil de Shirley : Royal and olher historical Irttcrs illustrative of the ret(jn of Henri III, t. II, app. n" ii, p. 379 et suiv.
2. Matth. Paris, t. VII, p. 256-260, 270, 277-288, 312-31G,3;10, 407, 455, et t. VIII, p. 1, 33, 65.
3. Matth. Paris, t. VIII, p. 65, 78-89: ■ 4. Tillemont, t. IV, p. 57 et 68.
Saint Louis prenait en même temps ses mesures pour faire que la lutte, si elle recommençait, fût limitée aux deux pays, ou du moins pour neutraliser par des alliances, sur toute la ligne des Pyrénées, celles que le roi d'Angleterre avait pu chercher en Espagne. Nous avons vu que Henri III avait fait épouser à son fils Edouard la sœur d'Alfonse X, roi de Castille (1254). Saint Louis conclut le mariage de son fils aîné Louis (âgé de douze ans), avec la fille aînée du même prince (24 août 1255) S convention qui échoua par la mort du jeune Louis (janvier 1260). Il avait donné, quelques mois auparavant (avril 1255), nous l'avons vu, sa fille Isabelle au jeune Thibaut V qui, en 1253, avait succédé à Thibaut le Trouvère, son père, en Champagne et en Navarre; et cette maison, déjà toute dévouée à la France, sa première patrie, se trouva ainsi rattachée à sa cause par un lien de plus^ Enfin, il maria son second fils Philippe, qui devint son héritier, avec Isabelle d'Aragon (H mai 1258), et ce fut comme la sanction de l'accord qu'il venait de conclure lui-même avec le père de la jeune princesse encore enfant, sur les différends qui divisaient les deux maisons d'Aragon et de France ^ La France prétendait à la suzeraineté du Roussillon et du comté de Barcelone, comme ayant fait partie de l'empire de Charlemagne; et jusqu'au règne de Philippe Auguste, on n'avait pas