Geoffroi de Beaulieu, c. xxiii, ibid., p
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Dieu; et il demanda à l'abbé qu'il lui laissât dire la première parole, et on le lui oclroya avec peine. Et alors il se lova et s'appuya sur sa bécpiille, et dit qu'on lui fil venir le phis grand clerc et le plus grand maître des Juifs; et ainsi iirenl-ils. Et il lui fit une demande qui fut telle : « Maître, « fit le cbevalier, je vous demande si vous croyez que la vierge « Marie, qui porta Dieu en ses flancs et en ses bras, ait ente fauté vierge et qu'elle soit mère de Dieu. » Et le Juif rc- ])L)ndil que de tout cela il ne croyoit rien. Et le chevalier lui répondit qu'il avoit vraiment agi en fou quand, ne croyant en elle ni ne l'aimant, il étoit entré en son église et en sa maison. « Et vraiment, fit le chevalier, vous le payerez. » El alors il leva sa béquille et frappa le Juif près de l'oreille, et le jeta par terre. Et les Juifs se mirent en fuite, et emportèrent leur maître tout blessé : et ainsi finit la conférence. Alors l'abbé vint au chevalier, et lui dit qu'il avoit fait une grande folie. Et le chevalier répondit que l'abbé avoit fait une plus grande folie encore d'assembler une telle conférence; car avant que la conférence fût menée à fin, il y avoit céans grande foison de bons chrétiens qui fussent partis tous mécréants, parce qu'ils n'eussent pas bien entendu les Juifs, ce Aussi, vous dis-je, fit le roi, que nul, s'il n'est très-bon ce clerc, ne doit disputer avec cu.x; mais un laïque, quand il « entend médire de la loi chrétienne, ne doit pas défendre « la loi chrétienne sinon avec l'épée, dont il doit donner dans « le ventre autant qu'elle y peut entrer* . »
Personne n'était tenté de prendre ce mot à la lettre, et saint Louis l'eût souffert moins que personne. Ce n'était pas sa manière d'enseigner et de faire aimer la loi de Dieu. Que s'il y eut à cet égard quelque chose à reprendre dans ses paroles, sinon dans ses actes, il faut l'attribuer à l'excès de son zèle, et cela est racheté avec usure par les manifestations beaucoup plus louables de sa charité.
1. cil. X. Voyez aussi le Confe<îseur de .Marguerite, t. XX, p. 68.
Bonnes œuvres de saint Louis.
A la croisade, il s'était exposé pour tout le monde. Au retour, il continua d'être tout à tous. Et d'abord il prit soin des veuves et des enfants de ceux qui avaient péri dans l'expédition : c'était une dette dont il s'acquittait comme roi et une manière pour le chrétien d'honorer les martyrs'. Il accueillait de la même sorte les pauvres gentilshommes; il plaçait leurs filles dans les abbayes ou leur donnait de quoi les doter ^ Mais la charité est un devoir dont il ne se libérait pas seulement à prix d'argent. En ce qui touche le service des pauvres et le soin des malades, on ne pourrait que reprendre pour les confirmer et les étendre les pages oii il en a été parlé ci-dessus \ Il voulait que sa bienfaisance à leur égard durât plus que lui, et se fit sentir à eux toujours présente. C'est l'objet de tant de fondations pieuses qui se continuent durant la seconde partie de soa règne. Nous avons mentionné les hôtels-Dieu de Paris, de Compiègne, de Vernon, qu'il avait agrandis et enrichis; celui de Pontoise, qu'il fonda; l'abbaye de Royaumont, œuvre des commencements de son règne dont Blanche de Castille partage l'iionneur avec lui ; celle de Maubuisson, à la fondation de laquelle il avait concouru avec sa mère. Dès le retour de la croisade
L Confesseur de Margueriie, p. 94.