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416 CHAIMTHE XXIV. [1260]

halirilos et l'un des principaux ineurliii'i's de Touiàn-(;iiali; et, débarrassé de ce rival, il s'était fait noniincîr sultan, dépouillant de ce titre Acliref-.Moussa (jui n'avait jamais eu qu'une autorité nominale en lace de ses deux puissants subordonnés, l'atabek et le djemdar. Il avait voulu relever son [)ouvoir en épousant Chedjer-eddor (1255). Chedjer-eddor le tua, mais elle périt elle-même en cliâtiment de son crime, cl le lils d'Aïbec, Nour-eddin-ali, qui n'avait que (|uinze ans, fut proclamé sultan sous le nom d'El- .Malec el-Mansour {le prince aidé de Dieu). Il n'y avait là ([u'im compromis entre les deux principaux corps de mamlouks. Ce n'était pas ce jeune homme qui pouvait donner sécurité à l'Egypte, dans le péril où tous les Etats musulmans se trouvaient à l'approche (les Tartares, vainqueurs du califat. En 1259, un des chefs des mamlouks de son j)ère Aïbec, nommé Kotoz, le déposa et prit sa place sous le nom d'El-Malec cl-Modaffer {le prince victorieux), et il justifia son élévation en remportant, avec les chrétiens d'Acre, sur le lieutenant de Iloulagou, une grande victoire qui rejeta les Tartares au delà de l'Euphrate', mais cela

1. Cont. de Guiil. de Tyr, ch. lxxxi (ms de Rothelin) dans les Hislor. occid. des croisades, t. II, p. 637. Aboulféda, dans les Histor. arabes des croisades, t. I, p. 135-143, et Dulaurier, Journal csiat. (1858), t. LXXII, p. 498. Les Arméniens combattaient dans les rangs des Tartares. — C'est alors qae Nacer, l'ancien sultan d'Alep et de Damas, fut immolé par son vainqueur. Houlagou, à qui il avait clé conduit, l'avait traité d'abord avec liumanitc, lui faisant espérer qu"il le rétablirait dans ses Étals. Mais quand les Tartares furent vaincus et rejetés de la Syrie, le khan s'en prit à son captif: « Tu prétendais que l'armée de la Syrie obéissait à les ora dres, mais voilà qu'elle m'a trahi et a tué mes Mongols. » En-Nacer répondit : « Si j'avais été en Syrie, personne n'aurait tiré l'épée contre « tes troupes, et comment celui qui se trouve sur le territoire de Tauris a peut-il se faire obéir en Syrie? » Houlagou, que Dieu maudisse! saisit alors une flèche avec laquelle il frappa El-Malec-en-Nacer. Ce prince s'écria : « Grâce, mon seigneur ! » Mais son frère Ed-Daher lui imposa silence et lui dit : « L'heure prédestinée est arrivée. « Houlagou lui lança alors une seconde flèche cl le tua; puis il fit décapiter El-Malec ed-Daher,

ne le sauva pas lui-même. L'usurpation est le propre des gouvernements militaires. Il en était des mamloui<^s ainsi que des prétoriens. Comme Kotoz revenait triomphant vers l'Egypte, il fut tué par un de ses lieutenants, Bibars Bondocdar, celui qui jadis avait frappé le premier le sultan Tourân-Ghah. Cette fois il comptait bien jouir du fruit de son crime. Lorsque, dit Aboulféda, il arriva suivi de ses complices à la tente impériale, le lieutenant de Kotoz dans le sultanat, qui se trouvait auprès, leur dit : « Lequel d'entre vous l'a tué? — Moi, répondit Bibars. — Mon seigneur, reprit le lieutenant, veuillez vous asseoir sur le siège du sultan. » Bibars s'y plaça, continue l'historien arabe, et l'armée, obéissant aux ordres qu'elle reçut, vint lui prêter le serment de fidélité (24 octobre 1260)*.

Bibars poursuivit son chemin , ayant hâte d'occuper la capitale. Le Caire et le vieux Caire avaient été ornés pour l'arrivée de Kotoz ; ces préparatifs servirent pour l'entrée de Bibars.

C'est lui qui allait détruire les établissements chrétiens de Palestine.

Les chrétiens, dès son avènement, pouvaient le pressentir. C'est sous le prétexte que Kotoz ne voulait pas rompre avec les Francs d'Acre, ses alliés contre les Tartares, que Bibars l'avait fait périr. Le nouveau sultan prétendit que les Chrétiens avaient manqué à la trêve en retenant leurs prisonniers (les Templiers et les Hospitaliers avaient en effet des es-

El-Malec es-Saleh, fils du prince d'Émèse, et toutes les personnes qai étaient avec eux (Aboulféda, dans les Histor. arabes da croisades, 1. 1, p. 147).

1. Aboulféda, ibid., p. 144. Il s'appela d'abord Malec-Caher {prince terrible), nom qu'il échangea contre celui de Malec-Daher [prince victorieux).

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claves qu'ils refusaient de rendre) ; et avec une armée de trente mille hommes, il envahit la Palestine ( i 263), rasant l'église de Nazareth, le monastère de Bethléem, tous les sanctuaires les plus vénérés des chrétiens, et se vengeant sur les campagnes des résistances qu'il trouvait dans les châteaux et dans les villes (Acre, Montréal et Crak)*. L'année précédente, Antioche avait dû son salut aux Tartares qui, appelés par le roi d'Arménie, en firent lever le siège (1 262)*.

Bibars n'avait plus rien à craindre des Tartares. Iloulagou était mort (12G5) comme il s'apprêtait à se joindre aux princes chrétiens pour rejeter les Égyptiens hors de la Syrie; et son fils, qui lui succéda, avait assez de peine à se défendre contre les peuples du voisinage. Le sultan d'Egypte résolut donc de pousser plus loin ses succès en Palestine. Il surprit Césarée (27 février 1 265) et il eu rasa les murs, prit et ruina de même Arsur (ou Arsouf; (30 avril). La ville d'Acre était le dernier boulevard des chrétiens. Son salut ou sa perte devait décider de l'avenir de la Palestine. Bibars se mit en mesure de l'assiéger par terre et par mer'.

Les habitants d'Acre, justement effrayés, firent appel à l'Occident, et Eudes, comte de Nevers, fils du duc de Bourgogne, vint en Palestine, amenant cin- (juante chevaliers. Mais que pouvait-il faire avec une

1. Voy. Marino Sanuto, p. 221; VEstoirc de Brades, 1. XXXIV, cb. iv {Hislor. occid. des croisades, t. II, p. 447) ; la lettre d'Urbain IV à saint Louis : Ducl^^sne, t. V, p. 867, et Rinaldi, Ann. eccL, an 1263, n° 1.

2. Clément IV en parle dans une lettre adressée plus tard au roi d'Arménie. Voy. Rinaldi, an 1267, art. 68, et TiUemont, t. IV, p. 440.

3. Aboulféda, dans les Histor. arabes des croisades, t. I, p. 150, et Reinaud, Bibl. de.< croisades, t. IV, p. 491. Sur Bibars et la terreur qu'inspiraient aux chrétiens son caractère perfide et cruel, son implacable ambition et son mépris de la foi jurée, voy. une lettre adressée par Guillaume de Tripoli à Théalde (Visconti), archidiacre de Liège, qui fut Grégoire X. (Duchesne, t. V, p. 432 et suiv.)

pareille troupe? et il mourut l'année suivante. Le secours le plus assuré était encore celui des chrétiens d'Orient : l'Arménie^ Antioclie. Mais Bondocdar, tout en menar-ant la ville d'Acre, songeait à lui ôter ces appuis. Un de ses lieutenants, établi à Émèse, battit Bobémond, prince de Tripoli et d'Antioche (18 ou 1 9 novembre 1 265) ; un autre envahit la Petite Arménie^ défit les Arméniens dans une sanglante rencontre et prit le fils du roi (22 août 1 266). On raconte que le prince, désespéré de la perte de son fils, offrait tout à Bibars pour qu'il le remît en liberté. Bibars n'y voulut d'autre condition que la délivrance d'un de ses amis, prisonnier des Tartares : le roi d'Arménie députa donc au successeur de Houlagou son allié. Mais où trouver le prisonnier dans l'empire des Tartares? On le trouva, et Bibars, charmé de revoir son ami, renvoya le prince arménien avec une suite magnifique*.

Après cette défaite, l'Arménie fut en quelque sorte hors de cause. Antioche, attaquée cette fois par Bibars lui-même, fut prise d'assaut et saccagée; dix-sept mille hommes y périrent, cent mille haliitants furent emmenés en captivité (27 mai 1 268; ^

1. Voy. le récit deTchamitcb, Histoire d'Arménie, reproduit par M. Dalaurier en tête d'un cliant populaire sur la captivité de Léon, fils du roi d'Arménie. Le chant populaire .suppose que Héthoum l'a recouvré parla force des armes [Ilist. arméniens des croisades, t. 1, p. 536-537). Voyez encore bur cette défaite des Arméniens la Table chron. de He'lhoum comte de Gorigos, et la Chron. duro]). de la Petite Arménie (ibid., p. 487 et 652); cf. VEstoire de Brades, 1. XXXIV, ch. ix et xi ; Histor. occid. des croisades, t. Il, p. 455, 457, et Reinaud, l. l, p. 600-502; Tillemont,t, IV p. 458-460.

2. Aboulféda, Histor. arabes des croisades, t. I, p. 152; Reinaud, p. 505 et suiv., et Tillemont, t. IV, p. 461 et sulv. Voy. en particulier la ietlre insultante d'orgueil et d'ironie par laquelle Bibars fit annoncer en son nom la prise d'Antioche au comte de Tripoli qui en était prince (Reinaud p. 507). La cruauté et la perfidie de Bibars s'étaient surtout signalées à la prise de Safed en 1266, Voy. Makrisi et les autres auteurs cités par Rei-

Prédication et préparatifs de la Croisade.

Les papes n'avaient pas attendu cette catastrophe pour faire aj)pel à rOceident, ni saint Louis pour répondre à cet appeL Dès 12G0, à l'annonce de la nouvelle invasion des Tartares, Alexandre IV en avait écrit au roi de France, et le pieux roi avait envoyé de l'argent en Palestine. L'Occident même était menacé par les Tartares. En 12G1 , le dimanche de la Passion (10 avril), il se tint une assemblée des évêques, des princes et des chevaliers du royaume à Paris. On résolut de fléchir la colère du ciel par le jeûne et par la prière; de supprimer toute superfluité dans la table et dans les habits, de s'abstenir, pendant deux ans, de tournois et de jeux, à l'exception de l'arc et de l'arbalète qui rentraient dans les exercices militaires. Le pape qui succéda à Alexandre IV était encore plus zélé pour la Terre Sainte : c'était le patriarche de Jérusalem, le Français Jacques Pantaléon, élu pape sous le nom d'Urbain IV, comme il venait en Occident solliciter pour elle les secours

naud, p. 496 et suiv. JafTa avait succombe avant Anlioche, le 7 mars {Est. de Eraclcs, 1. XXXIV, eh. xi ; Uist. occid. des croisades, t. II, p. 456),

On dit qu'après la prise d'Antioche Bibars aurait pu prendre sans peine

les villes de Palestine : Sidon, Bérylhe, Biblis (Zibelel), Anlarade (Tortose). On suppose, d'autre part, que le peu d'efforts qu'il lit alors pour accabler les chrétiens était une ruse pour les endormir et s'emparer plus facilement de leurs forteresses, notamment d'Acre. Acre ne succomba que le 18 mai 1291. (Voy. Tillemont, t. IV, p. 465.)— Sur les constructions militaires des Chrétiens en Terre Sainte et les ruines qui en sont restées, voy. le beau travail de M. G. Rey, Études sur les monuments de l'architecture militaire des croisés en Syrie et dans Vile de Chypre. Paris, Imp. nat.,1871, in-4".

de la Chrétienté. Il ordonna la levée d'un centième^, pendant cinq ans, sur tous les revenus ecclésiastiques de l'Occident, ordre qui fut mal accueilli en France', mais qu'il renouvela et qui finit par être exécuté. Saint Louis, qui devait diriger l'emploi de ces fonds, put ainsi fournir à son lieutenant Geoffroi de Sargines le moyen de rester dans le pays qui avait tant besoin de sa vaillance*.

Mais les ïartares, on l'a vu, n'étaient pas le plus grand danger pour les chrétiens de Palestine. Ils leur avaient nui beaucoup moins par eux-mêmes que par le contre-coup de la ruine du sultan d'Alep, et par la prépondérance que leur retraite laissait, après cette ruine, aux Égyptiens. Ce fut aussi contre les Égyptiens que la croisade fut prêchée, après que Bibars eut rompu la trêve. Urbain IV écrivit à saint Louis une lettre dans laquelle il lui dépeignait avec éloquence l'état de la Terre Sainte ;^2i) août 1 263)*, et le légat reçut ordre de tenir un concile à Paris (25 août 126'i). Bouchard, comte de Veuflôme, le comte de Blois, et Érard de Valéry, un des anciens compagnons de saint Louis en Egypte, prirent la croix. Le pape voulut qu'un prélat de Palestine, l'archevêque de Tyr, vînt lui-même exposer aux fidèles les misères et les besoins des chrétiens d'Orient. Cette mission, donnée par Urbain IV à l'archevêque, lui fut maintenue, malgré ses excuses, par Clément IV: la mort seule put l'en décharger On avait cru trouver un moyen excellent pour subvenir aux besoins d'ar-

1. On opposait que les chrétiens d'Orient n'avaient pas tant besoin d'argent; qu'ils avaient trailé (trêve de 1255) avec les infidèles.

2. Tillemont, t. V, p. 1-5. Voy. l'article de M. G. Servois, sur les Emprunts de saint Louis en Palestine et en Afrique [Bibl. de l'École des Charles, II'' série, t. IV (185<<), p. 113).

3. C'est la lettre à laquelle nous avons renvoyé plus haut (Duchesne, t. V, p. 867, et Rinaldi, an 1263, n" 1-10).

gent de la Terre Sainte : on promettait l'absolution aux usuriers, à la condition qu'ils donnassent pour la croisade ce qu'ils avaient acquis par leurs usures : c'était compter beaucoup sur la foi des usuriers. On en avait imaginé un autre pour faire arriver en Palestine des soldats : c'était de ne plus prêcher la croisade pour la conquête delà Sicile (14 avril 12GG). Mais c'était trop se fier à la vertu des indulgences. Ceux que tentait la Sicile n'avaient pas la même ardeur pour les saints lieux'.

Saint Louis se prêtait de grand cœur à toutes les mesures réclamées à cette fin par le Saint-Siège. Il ne voulait pas seulement y faire servir tout ce qu'il pouvait donner; il s'y voulait consacrer lui-même : grave résolution qui n'intéressait pas seulement sa personne et qui par là obligeait sa conscience. Aussi voulut-il prendre l'avis du pape, et il députa un messager sûr à Clément IV. La chose était de si grande conséquence, en effet, que le pape n'osa d'abord lui en donner le conseil : il prit du temps pour en délibérer. On dit même que par une première lettre il l'en détourna, considérant le bien que saint Louis avait à faire dans son propre royaume. IMais l'intérêt de la chrétienté ne parlait-il pas plus haut? Le pape se demandait donc s'il ne reviendrait pas sur sa réponse, quand un nouveau message de saint Louis mit un terme à ses hésitations. Saint Louis lui faisait savoir que de lui-même il inclinait pour le voyage : et le pape regarda cette détermination comme un si^ne de la volonté de Dieu'.

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