‹ Saint Louis et son tempsChapitre 193 sur 207 · Tillemont, t. V, p. ô'ô · texte numérisé non relu

Tillemont, t. V, p. ô'ô

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cuiilre une nouvelle révolte de ses barons en l'absence (le son fils. Edouard pourtant prit la croix ainsi que son frère Edmond et plusieurs seii!;neurs du pays, et il vint trouver saint Louis m 12C1) pour concerter avec lui son départ. 11 ne devait partir qu'après le roi de France \

Saint LouiS;, comme s'il avait le pressentiment (pul ne reverrait pas son royaumC;, voulut, avant de le quitter, pourvoir à rétablissement de tous ses enfants. Il avait déjà réglé l'apanage de son fils aîné, Philippe, en l'armant chevalier. 11 lui avait donné Orléans, Montargis, Château-Landon, etc. Il donna à Jean le comté de Valois, à Pierre les comtés du Perche etd'Alen('on\ Il maria sa fille Blanche à Fernand, fils aîné d'Alfonse, roi de Castille^, renonçant à l'idée qu'il avait eue de la consacrer à Dieu. Il avait accordé sa fille Marguerite à Henri de Brabant(1256) : mais ce jeune prince, faible de corps et d'esprit, ayant abandonné son duché à son frère pour se retirer dans un couvent, ce fut aussi à ce frère que la jeune princesse fut mariée en février 1270''. Il prit enfin des dipositions plus générales sur la distribution des biens du monde qu'il laisserait après lui en rédigeant son testament'. Il recommandait en premier lieu d'acquitter ses dettes, de réparer ses torts,

1. Cont. deMalth. Paris, t. IX. p. 159, et 166 de la traduct. Tiilemont. t. V, p. 68.

2. Jean avait été marié à làge de huit ans avec Yolande de Bourgogne (1250) ; Pierre, avec Jeanne, lillc uniijuc de Jean de CluUillon, comte de Blois et de Chartres (1264). Ibid., p. 335. Voyez ci-dessus p. 349.

3. Guill. de Xangis, t. XX, p. 441. Le mariage était convenu depuis 1266. Tiilemont. t. V, p. 94.

4. Vov. sur les divers établissements des enfants de saint Louis et sur leurs apanages, Tiilemont, t. IV, p. 128, 335; t. V, p. 36, 76, 95 et 113.

5. « Il est ennuyant, dit assez irrévérencieusement Tiilemont, mais il y a de bien belles choses. » (T. V, p. 120.)

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de restituer ce qu'il pourrait avoir sans droit. Il léguait 4000 livres à sa femme Marguerite ; aux frères prêcheurs et aux frères mineurs de Paris, à l'abbaye de Royaumont et aux frères prêcheurs de Compiègne, par portion égale, les livres qu'il avait réunis et qu'il laisserait à son décès. L'abbaye de Royaumont et un grand nombre d'autres couvents d'hommes et de femmes de divers ordres, prêcheurs, mineurs, chanoines réguliers, mathurins, chartreux, carmes, ermites de Saint-Guillaume et de Saint- Augustin, béguines, Filles-Dieu, une foule d'hospices ou d'institutions charitables, les pauvres écoliers de Saint- Thomas du Louvre et de Saint-Honoré, les Bons-Enfants de Paris, etc., étaient l'objet de ses libéralités. Il n'oubliait ni ses serviteurs, ni les clercs de sa chapelle, ni ses pauvres ordinaires, ni les pauvres filles à marier, ni les baptisés, musulmans convertis qu'il avait ramenés jadis de la Terre Sainte; et ne croyant pas pouvoir faire assez par lui-même, il recommandait à son héritier de leur continuer ses bienfaits. Ses fils, Jean-Tristan, Pierre et Robert, sa fille Agnès, ne venaient qu'après les autres ; et c'est avec le soin d'accomplir ces legs qu'il attribuait tout le reste à Philippe, son fils aîné (février 1270) ^

Cependant on approchait du terme fixé pour la croisade. Dès le mois de juin 1269, le légat avait pris des mesures pour que les croisés fussent avertis de ne point manquer au rendez-vous donné par le saint roi ; et le prince avait fait réunir à Aigues- Mortes des vaisseaux et des vivres. Avant de partir, quoique sa femme, la reine Marguerite, dût cette fois demeurer en France, le roi, écoutant plus le bien de

1. Duchesne, l. V, p. 438-440. Une copie du lemps (elle n'est pas scellée) se trouve aux Archives nationales, J. 403, n° 5.

l'État qui; sa tendresse, donna la régence, non point à elle, mais à deux hommes renommés pour leur habileté dans l'administration et pour leurs vertus: xMalthieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, et Simon, seigneur de Nesle'. 11 leur remit le pouvoir, leur fit prêter serment par ceux de son conseil, et par surcroît de précaution désigna ceux qui les devaient remplacer en cas de mort : l'évéque d'Évreux pour l'abbé de Saint-Denis, et le comte de Ponlhieu pour Simon de Nesle*.

Le 14 mars 1270, il se rendit à Saint-Denis, y reçut de la main du légat le bourdon de pèlerin, et prit l'oritlamme des mains de l'abbé: c'était le commencement de sa croisade. Il revint à Paris, et le jour suivant, 15 mars, il se rendit nu-pieds de son palais à Notre-Dame, accompaL!;né de son fils aîné, Philippe, de Pierre son troisième fils, du comte d'Artois son neveu, et de plusieurs autres. Le soir, il vint coucher à Vincennes, et le lendemain il prenait congé de Marguerite. La pauvre reine le quitta tout en pleurs : elle le voyait pour la dernière lois.

Saint Louis prit sa route par la Champagne et la Bourgogne : ditïérents actes marquent son itinéraire par Villeneuve-Saint-Georges, Melun, Sens, Auxerre, Vezelay, jusqu'à Clunyoii il passa peut-être la fête de Pâques. De là, il gagna Màcon, Lyon, Vienne, Beaucaire, et arriva enfin à Aigues-Mortes où était encore le rendez- vous \ Mais les \aisseaux n'étaient pas

1. Voy. la lettre où saint Louis fait ses recommandations aux deux régenls, lettre datée d'Aigues-Mortcs , 25 juin 1270. (Ordonn., t. I, p. 104 : le texte porte par erreur 1269.)

2. L'original est aux Archives, J. 353; n" 1; cf. Guill. de Nangis, p. 4il.

3. Chron. de Primat. Hislor. de Fr., t. XXIII, p. 40; G. de Nangis, t. XX, p. 441. Voy. Tillemont, t. V, p. 132 et suiv.; et comparez, pour plus d'exactitude, la noti) e intitulée : licgum mansioncs et itinera, dans le Recueil des histor. de France, t. X.\.I, p. 423.

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tous réunis; et pendant ce retard la bonne intelligence pouvait bien ne pas se maintenir entre les hommes de toute origine qui se trouvaient là rassemblés. Il y eut entre les Provençaux et les Catalans une querelle sanglante dans laquelle plus de cent périrent. Le roi, qui était allé célébrer la fête de la Pentecôte à Saint-Gilles, revint en toute hâte et punit les coupables.

Expédition de Tunis.

Ce fut le mardi après la Saint-Pierre (T' juillet 1270) qu'il monta sur son vaisseau. Oh allait-on? Le but de la croisade était toujours la délivrance des Saints Lieux ; mais depuis le commencement de ce siècle, ce n'était pas toujours là qu'on S3 portait immédiatement. Dans sa première expédition, saint Louis était allé en Egypte. Cette fois il se dirigea vers Tunis \

Il espérait convertir le roi de Tunis. On lui avait dit que le prince musulman avait envie de se faire chrétien; qu'on l'y amènerait facilement, s'il en trouvait une occasion favorable, s'il le pouvait faire l'honneur sauf et sans avoir rien à redouter de ses peuples : et cette pensée avait entièrement subjugué saint Louis. « Oh! si je pouvais devenir parrain d'un tel filleul-! » s'écriait-il. Dans cet espoir, il avait même eu le projet de se rapprocher de lui en allant

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