‹ Saint Louis et son tempsChapitre 196 sur 207 · G. de Beaulieu, ch. xu, ibid · texte numérisé non relu

G. de Beaulieu, ch. xu, ibid

2. Il n'est pas question de ce tribut dans le traité de Frédéric H avec le prince de Tunis (20 avril r23l). Cependant il existait toujours. Suspendu après la mort de Jlanfred, il fut réclamé par Cliarles d'Anjou en 1269. Voy. Huillard-BréhoUes, Intr. aux docum. dipl. du règne de Frédéric II, p. 370 et suiv. Un acte de la chancellerie de Charles d'Anjou montre qu'en 1268 le tribut était dû depuis trois ans. Il avait donc cessé d'être payé immédiatement après la conquête. (L. de Mas-Latrie, Traités de paix et de commerce arec les Arabes de l'Afrique septentrionale, Intr., p. 135, et Documents, t. I, p. 156 )

3. Saba Malaspina, 1. III, ch. xvii, etl. IV, ch. ii, ap. Muratori, t. VIII, col. 833 et 838, et L. de Mas-Latrie, (. L, Intr., t. I, p. 137.

eus*. Charles d'Anjou devait être de la croisade. On peut voir sûrement sa secrète influence dans la direction qui fut imprimée à l'expédition^ comme on retrouvera sa main dans le traité qui la termina. Mais ces motifs ne se produisirent pas clans le conseil. On ne lit valoir que les raisons d'intérêt jîénéral, et, pour en cacher la faiblesse, celles qui pouvaient avoir le plus de prise sur l'âme, trop crédule ici, du saint roi.

A peine fut-on en mer, qu'une tempête dispersa la flotte. Le roi recourut à la prière. Il fit célébrer quatre messes devant lui eu l'honneur de Notre-Dame, des Saints-Anges, du Saint-Esprit, et, pour terminer, des morts : messes plus faciles à entendre qu'à dire; c'est à grand'peine si l'on pouvait se tenir de pied ferme sur le vaisseau. La tempête s'apaisa, et le lendemain on était en vue de la Sardaigne, non loin de Cagliari. On y aborda le mardi (8 juillet), mais on y reçut un fort mauvais accueil. C'est àpeine si on y put prendre de l'eau douce et obtenir un peu de pain et d'herbe verte pour de l'argent. Les habitants redoutaient ces étrangers et emportaient leurs biens dans les lieux les moins accessibles. Le roi envoya le lendemain un de ses chevaliers au commandant du château. Il demandait qu'on y reçût ses malades et qu'on lui vendît des vivres au prix où Us étaient avant l'arrivée de sa flotte. On lui répondit que ses malades seraient bien reçus dans la ville, mais que le château appartenait aux gens de Pisc et que défense était faite d'y admeltre personne. Quant aux vivres, on promettait de les vendre à prix raisonnable. Le roi ordonna que les malades fussent

1. Saba Malaspina, 1. IV, ch. xix. ap. Muratori, t. VIH, col. 857; et L. de Mii Lalic. p. 13.1.

conduits au château : car les maisons de la ville étaient de pauvres cabanes en terre, presque inhabitables : ils furent reçus non au château, mais dans un couvent de frères mineurs, situé assez loin de la place, et pour les vivres, on en trouva fort peu que l'on vendait très-cher. Une poule, qui ne valait pas auparavant plus de 4 deniers de Gênes, se vendait 2 sous tournois et plus, et ainsi du reste; et les deniers tournois, dont 12 valaient 18 deniers de Gênes, n'étaient plus pris que pour deniers de Gênes^ Le roi fit faire des remontrances aux habitants qui, par crainte plus que par amour, s'engagèrent à lui donner satisfaction et offrirent de le recevoir avec quelques-uns des siens au château, pourvu qu'il les garantît contre les Génois qui étaient ses mariniers' : car les Génois étaient ennemis des Pisans, leurs seigneurs. Saint Louis répondit qu'il n'avait cure de leur château, ni de leur forteresse; qu'il voulait seulement que ses malades fussent courtoisement traités et qu'on lui donnât à juste prix ce qui était à vendre. Ils promirent, mais tinrent peu; et les Français irrités ne demandaient qu'une parole du roi pour exterminer « cette ville et cette gent, la plus mauvaise qu'ils eussent jamais rencontrée. » Mais le bon roi, « doux et paisible, » aima mieux fermer les yeux sur ces griefs que de combattre des chrétiens.

1. Guill. deNangis, p. 447. Primat ne rapporte pas cette particularité, l. l., p. 43. Les 2 sous tournois valent 2 fr. 2 c, somme qui, assurément, n'aurait rien d'exagéré, si l'on ne tenaitcompte du pouvoir de l'argent en ce temps-là,

2. Selon une chronique italienne, on ne comptait pas moins de 10 000 Génois sur la flotte de saint Louis. Ils s'étaient nommé deux consuls pour les gouverner et les juger. (Oberti Stanconi, etc., Annales, dans Pertz, t. XVIII, p. 267.) A Gênes, dit la même chronique, on eut une grande douleur quand on sut que saint Louis s'était dirigé vers Tunis. On n'espérait point qu'il pût par là délivrer la Terre Sainte.

disant qu'il n'était i)as venu pour les détruire, quoiqu'ils l'eussent bien mérité*.

Le vendredi suivant (1 1 juillet) le roi vit arriver à Caj^liari les autres vaisseaux partis de Marseille ou d'Aii»ues-Mortes. Il réunit ainsi autour de lui le roi de Navarre son gendre, le comte de Poitiers son frère, le comte de Flandre, Jean de Bretagne, et beaucoup d'autres. Il tint conseil sur son vaisseau, et on s'y affermit dans la résolution d'aller à Tunis avant de passer en Egypte et en Terre Sainte. Au moment où l'on allait mettre à la voile, les gens du château et de la ville vinrent offrir au roi vingt tonneaux de très-bon vin grec, comme ils disaient. Mais saint Louis ne voulut pas de leur présent et leur fit dire d'avoir soin des malades qu'il laissait en leur ville; que ce lui serait le don le plus précieux'.

On partit le mardi 15 juillet, et le surlendemain on était devant le port de Tunis. L'amiral, envoyé pour explorer le lieu, y trouva quelques vaisseaux marchands, et deux autres vides qui étaient aux Sarrasins. Il s'empara de ces deux vaisseaux, occupa le port et descendit à terre; puis le manda au roi pour qu'il lui fît passer des renforts. Le roi ne s'attendait pas à cette prise de possession. Il fit appeler sur son vaisseau ceux des barons qui étaient les plus proches. Le conseil fut partagé d'opinion. L'abandon sans défense d'un tel port qui ouvrait le pays tout entier pouvait cacher un piège. Plusieurs pourtant étaient d'avis de s'y établir, puisqu'on y avait abordé

1. Guill. de NangiSj ibid. Primat dit ici : « 0 se (si) Kalles Martel, c'est-à-dire Kalles, roi de Secile, fust venu à un tel chastei, et il eust trouvé tel chose et si rebelle pueple, si comme je cuide, il eust détruit en un seul moment et gent et chastei tout ensemble. Mes celi Loys roy débonnaire, paisible, etc. » {Histor. de France, t. XXHI, p. 43, 44.)

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