‹ Saint Louis et son tempsChapitre 204 sur 207 · Guillaume de Chartres, t. XX, p · texte numérisé non relu

Guillaume de Chartres, t. XX, p

adoraboad Icmplum sanctiim tuum cl confitobor îiomini tuo. » Au dernier moment il se fit couclier sur la cendre, les bras en croix, et rendit l'âme ; c'était l'heure oli notre Sei^meur Jésus-Christ était mort sur la croix (25 août 1270) '.

Arrivée de Charles d'Anjou. — Traité de Tunis.

A l'heure où il expirait, le roi de Sicile, qui 1 avaitjeté dans cette entreprise et s'était fait si longtemps attendre, débarquait en x\frique*. Ce fut, au milieu du deuil général, une consolation pour l'armée. Elle retrouvait au moin«; un chef qui avait fait ses preuves et qui saurait la tirer du péril. Ce sentiment dusalutespéré domina tout. Dès la première nouvelle de son approche, le peuple avait couru à sa rencontre vers le rivage, criant : Vive le roi! Vive! et de toutes parts on le saluait de ces acclamations : « Bien venu est notre roi, notre conditeur et meneur, notre espérance, notre joie et notre force ! » C'est au milieu de cette réception enthousiaste qu'il reçut la nouvelle de la mort de son frère. Si c'est lui qui l'avait

1. Lettre du roi Philippe lU, du camp devant Carthage, 12 septembre 1270: Duchesne, t. V, p. 440; Geoffroi de Beaulieu, chap. xliv, t. XX, p. 23 ; GuiU. de Chartres, ibid., p. 37 ; Guill. de Nangis, p. 463 et 563 ; Girard de Fracheto,t. XXI, p. 3; Primat, t. XXIII, p. 59; Chron.de F. Salimbene, p. 255 ; Lettre du roi de Navarre à l'évêque de Tusculum, du camp devant Tunis, 24 septembre 1270. Voy. la Dissert, de Letronne, Mém. de iAcad. des inscr., t. XVI, part, ii, p. 406.

2. Primat et Baudoin d'Avesnes parlent de trois messages adressés à saint Louis, et qui arrivèrent après sa mort au jeune roi Philippe : le premier de Paléologue, le deuxième des Tartares, le troisième des Arméniens. On peut douter de rauthenticilé de ce récit, au moins pour les Tartares. {Uist. de France, t. XXIII. r>. 7''. rt t. XXI. y. 177.)

poussé vers cette terre meurtrière, quel retour dut-il faire sur lui-même! Au moins fut-il vivement ému. Il contint son émotion devant la foule , alla voir son frère le comte de Poitiers, puis son neveu le nouveau roi Philippe qu'il tàclia de consoler. Mais quand il entra sous la tente où saint Louis venait de mourir: « Aussitôt, dit Primat, il s'étendit à terre auprès du corps et fit son oraison avec larmes et sanglots ; et il s'en alla jusques aux pieds du mort qui làgisoit et baisa ses pieds à grands sanglots et à grandes larmes; et dont il n'en fut levé que par la force de ceux qui là étoient. Et on lui donna une toile et de l'eau, et il lava ses mains et son visage et essuya ses yeux qui étoient amoîtis de larmes : si l'on peut croire que tant noble cœur et tant noble et puissant corps, qui avoit vertu de géant, prit un peu en pleurant la manière de femme; mais il est à croire que oui, par mouvement de pitié et nature de sang. Et donc il sortit de la chambre sans qu'il apparût sur son visage nul signe de tristesse, ou s'il y apparut ce fut très-peu \ »

Il fallait en effet faire bon visage à l'armée et soutenir la confiance qui succédait à l'abattement. Il ne fallait pas laisser aux Sarrasins le temps de s'exalter par cette mort funeste ; et Charles trouvait parmi eux des adversaires personnels : Frédéric de Castille, Frédéric Lanza, qui étaient venus, après la défaite du jeune Gonradin, se mettre, avec une troupe nombreuse de chrétiens indignes , à la solde du roi de Tunis, et qui l'avaient aidé à défendre la ville contre saint Louis '. Il aurait donc voulu se mesurer avec

1. Primat. Bistor. de France^ t. XXIII, p. 58. Ici encore j'ai ramené la version de Jean du Vignay à des formes plus modernes.

2. Chron. de rébus in Ualia gestis, p. 322, éd. Huillard-BréhoUes.

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Tennemi sans lelurd. 11 nétait relciiu que par les instances du jeune roi, trop faible encore pours'armer et qui eut voulut prendre part à la bataille. Toutefois, comme ces délais rendaient rcnnenii plus téméraire, et qu'il venait insulter les chrétiens jusque dans leurs retranchements, le roi de Sicile, le lion de Sicile, comme dit Primat, ne se contint plus ; il ordonna à ses barons de sortir du camp et de se mettre en bataille. Lui-même s'était placé comme en réserve. Mais quand l'ennemi, fort de son nombre, eut engagé le combat, il se précipita avec ses gens la lance en arrêt, et « ils en tuèrent tant, dit l'historien, que la terre en estoit toute couverte jusques à deux lieues tout autour, et estoit toute poudrée de charoignes (cadavres) de ces Sarrasins '. »

Les Sarrasins ne furent sauvés d'une entière défaite, ajoutc-t-il, que par u une forte rage de vent » et des tourbillons de poussière qui aveuglèrent les vainqueurs dans leur poursuite. Quelques jours après, un nouvel échec acheva de les décourager. Le jeune roi, se sentant assez fortpour monter à cheval, vint leur présenter la bataille. Quand ils virent les chrétiens en si belle ordonnance, ils n'osèrent l'accepter et se replièrent au delà de leur propre camp où les nôtres entrèrent, mettant tout au pillage. Les murs mêmes de Tunis ne leur parurent plus dès lors un abri assuré. Le mal qui décimait l'armée chrétienne se faisait d'ailleurs sentir également dans Tunis. Les musulmans l'attribuaient à la corruption de l'air, et, si Ton en croit nos historiens, le roi de

1. Primat, t. XXIII, p. 75. Cf. Guill. de Nangis, t. XX, p. 469, k'ii; Baudoin d'Avesnes, t. XXI, p. 177, et la lettre de Thibaud, roi de Navarre, à l'évêque de Tusculum, Mcm. del'Acad. des inscr..X. XVI, part, ii,

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Tunis n'osait plus respirer à ciel ouvert : il ne vivait plus que dans des cavernes \ C'est dans ces circonstances qu'il s'adressa au roi de Sicile pour lui faire des ouvertures de paix.

La chose étant portée au conseil, les avis se trouvèrent partagés ; mais pourtant on se dit que l'armée était fort diminuée par la maladie; que les Sarrasins ne paraissaient pas vouloir tenter le sort des batailles, et que, les forçât-on dans Tunis , il faudrait occuper la ville : or l'armée par là fort réduite serait d'autant plus empêchée d'aller en Syrie* (c'était assez reconnaître qu'on aurait beaucoup mieux fait de ne point songer à Tunis). Tel fut l'avis qui prévalut.

« Les conditions de la paix et de l'évacuation, dit M. de Mas-Latrie, furent, à ce qu'il semble, déterminées dans deux actes successifs, analogues au fond et quant aux' stipulations générales, mais différents dans l'expression et assez éloignés par la date : 1° un premier traité, qui paraît avoir été rédigé en français dès le jeudi 30 octobre 1270, et que nous n'avons pas; 2" une version ou rédaction arabe du 5 de Rebi second, 669 de l'hégire (21 novembre 1270), conservée encore aux Archives de l'Empire, traduite et publiée par S. de Sacy^ » Ce dernier texte contient des dispositions de deux sortes : les unes générales et durables, les autres particulières et transitoires. Chacune des parties contractantes accordait chez soi toutes garanties aux sujets de l'autre. Tous les musulmans des États de l'émir des croyants , voyageant dans les États des princes chrétiens, étaient

1. Primat, t. XXIII, p. 79; Guill.de Nangi», t. XX, p. 476 (texte latin).

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