‹ Saint Louis et son tempsChapitre 36 sur 207 · Boutaric, Instit. milit., p · texte numérisé non relu

Boutaric, Instit. milit., p

3. « Castellanus de Neauffle tenet de rege 'castellaniam de Neauflle cum omnibus pertinenliis, excepto quod Simonetus de Maruel babet in

clievaliei's, lui vingtième (se vicesimo); le comte de IJeaumont de même ; Jean de Nesle et son frère étaient portés pour quarante chevaliers'. Comme roi et suzerain de tous les grands seigneurs, il pouvait aussi réclamer leurs services, mais seulement quand l'intégrité du royaume était menacée ou s'il s'agissait d'une guerre défensive, quand on proclamait le ban et l'arrière-ban : deux mots que l'on trouve quelquefois séparés, et que dans le cas présent on pourrait joindre : car le terme arrière-ban, heribannum, ne veut pas dire autre chose que convocation d'armée [heer armée), et c'est par une fausse traduction latine du mot mis en français, qu'on le trouve dans quelques chartes sous la forme de retrobajinum\

Le roi, en tant que roi, pouvait donc faire appel à tous les sjrands vassaux, et ceux-ci devaient amener leurs vassaux avec eux, mais non pas tous : c'est ce qui résulte des documents qui nous sont restés. Plusieurs rôles de la dernière partie du règne de Philippe Auguste (1204-1220), rôles par conséquent applicables au règne de son successeur et aux premières années de saint Louis', nous présentent, les uns le tableau par bailliage des services dus au roi par chacun, en raison des fiefs ou parties de fiefs possédés ; les autres, les noms des villes et des châteaux

mercato, et Sancto Germano subtus Neauffle excepto, et hoc tenet ad duo feoda unde débet exercitum et equitatum se alio milite ad suum custum. • {Hist. de Fr., t. XXIII, p. 6'24, § 7b.)

1. Voy. la suite de l'é numération, ibid., p. 693, § 415. Dans un acte par lequel Jean de Nesle se reconnaît homme lige du roi, il énumère les hommes qu'il lient du roi, et cette liste, en tète de laquelle est son frère Raoul, contient plu^ de cent noms (ibid.. p. C.'iG. § 224).

2. Voy. La Roque, Traité du ban et arrière-ban, p. 1 et suiv.

3. Histor. de Fr., t. XXIII, p. 605-723. Sur l'époque des registres d"cù ces rôles sont tirés, voy. L. Delisle, Catalogue des actes de Philippe Auguste, et l'avertissement mis en tête, dans le Recueil des historiens de France, l. XXIII, p. 605.

du domaine^ et la liste des feudataires rangés dans cet ordre : 1° archevêques et évoques; 2° abbés; 3° ducs et comtes; 4° barons; 5° châtelains, 6° vavasseurs; 7° chevaliers, distribués par comtés ou par duchés : Normandie, Perche, Bretagne, Anjou, Touraine, Flandre, Boulonnais, Saint-Pol, Artois, Coucy, yexin\

Deux rôles donnent les noms de chevaliers ayant soixante livres de revenu, rangés par châtellenies, avec cette distinction que les uns tiennent et les autres ne tiennent pas du roi ; d'autres, une liste de chevaliers, veuves et valets, par bailliages ^ Ces rôles, qui ne comprennent pas toute la France, peuvent déjà donner une idée de sa puissance militaire; mais d'autre part on en peut tirer la preuve que toute la chevalerie de France n'était pas mise au service du roi. La Bretagne y fournit trente-huit chevaliers, la Flandre quarante, le Boulonnais sept, le Ponthieu seize, le comté de Saint-Pol huit, l'Artois dix-huit. Or le comte de Bretagne avait cent soixante-six chevaliers tenus à l'ost. Il faut dire du reste que le roi, qui était maître de la Normandie, y comptait cinq cent quatre-vingt-un chevaliers; que ses barons en avaient quinze cents'; et que la Normandie ne figure

1. Dans les listes publiées par les éditeurs des Historiens de France, t. XXIII, p. 684, on trouve entre les vavasseurs et les chevaliers un article pour les communes (n° 352), qui manque d'ailleurs dans deux manuscrits. Plusieurs sont déjà nonimées dans l'article des villes et châteaux du domaine, indiqué plus haut, n° 343. La Poque n'a pas donné ces deux articles dans ses rôles (Traité du ban et arrière-han , 2' partie, p. 1 et saiv.)

2. Hist. de France, t. XXIII, p. 689, n°' 394-416. A la suite vient un rôle pour la Normandie, dressé par Henri II en 1172 et inséré dans les registres de Philippe Auguste après la conquête de la Normandie en 1204, n°' 417-436; puis d'autres rôles : pour l'église de Bayeux (1137). n" 437-451, pour l'abbaye du Mont-Saint-Michel (1172), n°' 452-461, et d'autres fiefs de Normandie, de Bretagne, de Vermandois, de l'Orléanais, etc. n" 462 et suiv.

3. « Sumraa militum istius scripti, .581 milites ad servicium régis;

dans le même rôle que pour treiile-liuit, portant bannières.

Dans un des rùles do Pliilippe Auguste, il est dit expressément de Guillaume de ilommet : '< Guillaume d(^ ilommet (de Ilumclo), eonnétable de Normandie, tient du roi l'honneur de Hommet par service de cinq chevaliers, et il a de la môme baronie vingt-deux fiefs de chevaliers pour son service propre, qui lui fournissent les cinq chevaliers pour le service du roi, quand il en est besoin'. » Dans le rôle dressé pour la Normandie sous Henri II, roi d'Angleterre, et inséré parmi ceux de Philippe Auguste, un des barons de l'Église de Bayeux déclare qu'il a dix fiefs de chevaliers, et qu'il doit le service d'un chevalier au roi de France et le service de deux chevaliers au duc de Normandie'.

On a des rôles de convocation particuliers au règne de saint Louis; l'un pour le 8 juin 1236 (probablement dans la guerre préparée contre Thibaut, comte de Champagne); un autre pour le 5 mai 1242, dans la guerre faite au comte de la Marche ; un troisième pour 1253, à une époque où Henri III s'apprêtait à réprimer les troubles de la Gascogne : rôles beaucoup moins étendus que les précédents. Mais les plus importants pour ce règne, avec ceux de la fin de Philippe Auguste, ce sont des rôles que l'on trouve dans les commencements de Philippe le Hardi. Il s'agissait d'une cuerre contre le comte de Foix en 1272. Ces

siimma militum ad servicium baronum, circiler 1500 milites. » Histor. de Irance, t. XXIII. p. 698 (à la fin du rôle de 1172-1204); cf. Boutaric. Instil. milit., p. 192, et les pièces qu'il cite.

1, Histor. de Fr., t. XXIII, p. 609. § 5.

2. Ibid., p. 700, § 439. H. de Nonant a si.\ fiefs faisant service d'un chevalier; Ren. de Nonant, quatre fiefs et demi faisant service d'un chevalier (tbid., p. 706, § 467). Le comte Robert (de Séez), cent onze fiefs faisant service de quarante chevaliers {ibid., § 468).

rùles, publiés par la Roque dans son Traité du ban et arriere-han, ont été rétablis dans leur ordre véritable par les éditeurs des Historiens de France, ils contiennent :

1 " Les noms des chevaliers semons de se rendre à Tours pour l'ost du roi à la quinzaine de Pâques^ dans le bailliage de Coutances et les diverses vicomtes de Normandie, les bailliages de Vermandois^ d'Orléans, de Caux, de Gisors, etc.;

2° La liste de ceux qui se sont présentés à Tours à l'époque fixée;

3° Le rôle de ceux qui se rendirent effectivement à l'ost contre le comte de Foix; rôle dressé à Toulouse. Ce rôle, publié d'après un texte français par La Roque ', a été donné par les éditeurs des Historiens de France d'après un texte latin qui est antérieur, plus correct et plus complet. Ici encore on peut constater que les grands vassaux sont bien loin d'amener tous les chevaliers qui leur doivent à euxmêmes le service : le dUc de Bourgogne amène sept chevaliers bannerets qui avaient quarante-trois autres chevaliers avec eux; le duc de Bretagne, soixante chevaliers dont seize bannerets; le comte de Flandre, treize chevaliers bannerets et quarante autres; le comte de Boulogne, trente-trois chevaliers et soixante-dix écuyers qu'il prétendait mettre aux dépens du roi. Je ne pousse pas plus loin l'énumération\ Mais ces documents ont pour le règne de saint Louis une plus grande importance. Ils nous font voir dans quelles conditions diverses le service était ré-

1. La Roque l'avait tiré du registre Pater de la Cour des comptes, registre qui a péri dans les flammes au siècle dernier.

2. Histor. de France, t. XXIII, p. 767; cf. La Roque, Traité du han et arrière-ban, p. 33 et suiv., et le livre de M. Boutaric, Instit. milit., p. 193.

clamé uu accordé en vertu des obligations existantes : des rôles postérieurs d'un an et demi à saint Louis nous présentent bien les obligations du temps de saint Louis.

Tout fief de haubert devait un chevalier : c'est ainsi que les barons, les prélats qui ont plusieurs fiefs de cette sorte amènent ou envoient plusieurs chevaliers. Quelques-uns, outre ce qu'ils doivent, en amènent plusieurs « de leur grâce ' : » c'est l'exception; d'autres déclarent qu'ils ne savent pas au juste s'ils sont tenus, mais viennent néanmoins. « Guillaume Larchevesque dit qu'il ne sait quel service il doit au roy; car il est jeune, mais toutefois il vient avec cinq chevaliers prêt's de faire sa volonté *. »

D'autres encore déclarent qu'ils ne sont pas tenus, comme étant d'une chàtellenie exemple du service, la chàtellenie d'Yssoudun, par exemple : les uns s'en tiennent à leur excuse; un autre vient avec deux chevaliers, mais constate que c'est de sa pure volonté '. Quelques-uns, dans cette ignorance, amenant le nombre de chevaliers dont ils se présument redevables, déclarent qu'ils sont prêts à y ajouter s'ils sont en deçà de leurs obligations, et font leurs réserves pour l'avenir si au contraire ils les ont dépassées *.

La durée légale du service était de quarante jours pour le fief plein ; mais si l'on n'avait qu'une moitié ou un quart de fief, le temps en était proportionnellement réduit": c'est ainsi que plusieurs se déclarent

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