‹ Saint Louis et son tempsChapitre 65 sur 207 · Ordonn., 1. 1, p · texte numérisé non relu

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3. Voy. les Etahliss. de saint Louis, II, xxx et xl; I, lxxxix.

réparations auxquelles pouvaient donner lieu les actes de ses officiers : témoin les enquêteurs qu'il institua avant la croisade, et dont il ne cessa pas d'user, à toute époque, après la croisade. C'est qu'à l'exemple de la loi divine de Moïse, à l'exemple de l'Évangile, il avait pris pour règle, non pas seulement la justice, mais la charité.

CRAPITHE XIX.

LES LETIRES ET LES SCIENCES AU TEMPS DE SAINT LOUIS. l'enseignement et les GENRES DE LA PROSE.

L'Université.

Pour bien connaîlre la poliliqiie de saint Louis nous l'avons dû suivre au milieu des événemenls de son temps et dans les détails de son administration. Pour mieux connaître sa personne, il faudrait le voir au sein de la société où il a vécu. Il faudrait faire le tableau de cette société, non plus seulement dans les rapports de ses classes et le jeu de ses institutions comme nous venons de l'essayer, mais dans sa vie intime. Il faudrait reprendrel'histoire de l'Éf^lise non point tant dans les transactions où elle se mêle à la politique du temps, que dans son organisation intérieure, dans ses grandes divisions en séculiers et réguliers, dans le travail de ses ordres anciens, dans le développement de ses ordres nouveaux, et indiquer l'action qu'elle eut par là sur la société tout entière : car c'est elle qui avait enfanté en quelque sorte cette nouvelle société, c'est elle qui la formait par ses enseignements. 11 faudrait dire ce qu'elle avait recueilli

à cette fin de la civilisation ancienne; ce qu'elle en avait fait^ comment elle l'appliquait aux populations dont elle avait la charge, et ce que les peuples^ instruits par elle^, avaient produit avec elle et même en dehors d'elle. Mais cette matière, même pour une époque déterminée, est tout un monde et ne peut se traiter comme par appendice à la vie d'un seul homme si grand qu'il ait été. Je dois donc me borner à indiquer ce grand sujet, et me contenterai de marquer la place que tient le treizième siècle dans l'histoire des lettres, des sciences et des arts ; non pour en parler en détail, cela excéderait les bornes de ce livre, mais pour en signaler le caractère général et y chercher l'impression que saint Louis en dut recevoir, comme aussi la part d'influence qu'il y put exercer.

On sait que les écoles s'étaient élevées à l'ombre du sanctuaire. L'És-lise avait diri2;é même ces écoles du palais, créées par Charlemagne, et les papes qui tinrent une si grande place dans le monde au treizième siècle, depuis Innocent IH jusqu'à BonifaceVHl, ne cessèrent pas de porter leur sollicitude sur l'instruction publique en tous pays^

l. Discours sur Vélat des lettres en Franie au treizième siècle, par Daunou, Histoire liltérairt de la France, t. XVI, p. 31. Je prendrai généralement pour guide dans son exposé des faits, sinon dans toutes ses appréciations et dans ses tendances, ce remarquable tableau, placé en tête des savantes notices sur les nombreux écrivains de ce siècle, notices qui remplissent les sept volumes suivants. J'aurai plus d'une fois recours aussiau Discours sur Vélat des lettres en France nu quatorzième siècle, de l'ancien doyen de la Faculté des lettres de Paris, J. Vict. Leclerc, discours qui forme les trois quarts du XXIV^ volume du môme recueil. En parlant du quatorzième siècle, le savant auteur ne pouvais pas manquer de remonter bien souvent au treizième et d'y porter la lumière de sa vaste érudition. Ces deux grands tableaux ne me dispenseront pas d'ailleurs de consulter les notices consacrées à chaque auteur, les ouvrages spéciaux, et les travaux d'une critique qui est en voie de réforme, sur plusieurs points, l'Liistoire littéraire du moyen âge.

170 niIAPITRK XIX.

La ville (le Paris était, de tontes les villes, celle qui, à eet égard, tenait le premier rang. De toute part on venait étudier à ses écoles : école de Notrei)ame, de Sainte-Geneviève, de Saint-Victor'; de toute part on briguait l'honneur d'y enseigner. C'est ce f^rand concours d'étudiants et de maîtres, c'est cette réunion de toutes les branches de l'enseignement dans le même lieu qui fit trouver, pour les comprendre tous, le nom d'université : nom qui paraît pour la première fois peut-être en 1200, dans l'affaire d'Amaury de Chartres dont nous parlerons plus loin. Mais la chose se trouvait consacrée par la charte que Philippe Auguste lui avait donnée en 1200 à propos d'une rixe violente entre les écoliers et les bourgeois de Paris : c'est la charte qui fonde ses privilèges en ordonnant au prévôt de Paris de défendre les étudiants contre les attaques dont ils seraient l'objet et de les renvoyer par-devant la justice ecclésiastique pour tous les crimes dont ils pourraient se rendre coupables*; et ce nom devait être plus justifié encore après les bulles d'Innocent III (1209 et 1210) et les statuts que son légat Robert de Courcon donna aux écoles de Paris pour en coordonner les études (1215). L'université de Paris (le siudium générale) était dès lors A'raiment universelle, non-seulementau point de vue des études, mais eu égard aux étudiants. Aussi de bonne heure se partagea-t-elle en quatre nations :

1. L'université de Paris e9,l surtout née des grandes écoles de Notre- Dame et de Sainte-GenevièTc. Les chanceliers de ces deux églises en furent lo> supérieurs jusqu'en 1191 : on la désignait alors sous le nom de Studium générale. Les chanceliers de Notre-Dame et de Sainte-Genevièvo gardèrent, après les privilèges qui constituèrent l'Universilé. le droit de conférer la licence, ou permission d'enseigner, l'un, dans le territoire qui relevait de- la cathédrale, l'autre dans le territoire de l'ahbaye.

2. Ordonn., t. I. p. 23-25: Du Buulay. Uist. de l'Univ. de Parts, t. IIL p. 1; Daunou, Hist. littéraire de la France, t. XVI, p. 46.

la nation franoaiso, la nation anglaise (à laquelle fut substituée plus tard la nation allemande), la nation picarde et la nation normande; et ces nations eurent leurs provinces^ et dans ces provinces on trouvait môme toutes les autres nations étrangères diversement groupées : les nations du midi (Espagne, Italie, Constantinople et l'Orient) rangées dans la province de Bourges; les nations du nord (Allemagne, Scandinavie, Pologne, Hongrie) dans la nation anglaise; les Pays-Bas dans la nation picarde. L'université de Paris put ainsi slionorer de compter parmi ses maîtres ou ses étudiants, les docteurs ou les lettrés les plus célèbres du treizième siècle : Alexandre de Haies, Roland de Crémone, Hugues de Saint-Clier, Albert le Grand et saint Thomas , Jean de Parme et Guillaume de Saint-Amour, saint Bonaventure et Roger Bacon, Robert Grosse-Tête et Henri de Gand, Lanfranc de Milan, Jean deViterbe, Gille Colonne, Brunetto Latini et Dante '.

Parmi ces docteurs se trouvent les plus grands noms des deux ordres religieux fondés au commencement de ce siècle par saint Dominique et par saint François, les frères prêcheurs ou jacobins et les frères mineurs ou cordeliers. Ces deux ordres avaient pris en effet une part considérable dans l'enseignement, et les troubles qui en 1229, nous l'avons vu, avaient porté les professeurs de l'Université à se disperser^ leur avaient donné l'occasion d'élever des chaires de théologie pour suppléer à leur absence. L'Université naguère avait accueilli avec faveur les dominicains. Elle leur avait abandonné (1221),

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