Daunou, Ilist. U;'.., t. XVI, p
son chapelain. C'est saint Louis qui, alin de pourvoir Il l'entretien des pauvres clercs, réunis par ce dernier, leur donna, en 1253, une maison située en face du palais des Thermes, rue Coupe-Gueule (depuis rue des Deux-Portes) ^ Il y joignit, en 1'258, quelques maisons de cette même rue et de la rue des Maçons, échangées contre d'autres que Uohert possédait rue de la Bretonnerie et qu'il abandonna aux religieux de Sainte-Croix ; et ce furent ces donations qui , avec d'autres legs portés au testament de saint Louis, permirent à Robert de Sorbon de fonder son collège, destiné uniquement aux études de théologie ". Robert le gouverna sous le nom de proviseur, nom consacré par la bulle de Clément IV qui, en 1268, détermina les fonctions du chef de la maison et la manière de l'élire ^
L'université de Paris était donc tout un monde qui avait ses nations, ses provinces, et on pourrait dire ses villes, en assimilant à des villes les collèges où vivaient les divers groupes d'écoliers; et beaucoup habitaient en dehors de ces villes ou collèges. On comprend le désordre qui devait régner parmi ces jeunes gens, tout clercs qu'ils étaient, de nom au moins; mais ils l'étaient par leurs privilèges, et c'est Là ce qui pouvait rendre leurs excès plus graves encore, en les protégeant contre la justice ordinaire.
1. La rue Coupe-Gueule descendait de la rue des Poirées à la rue des Mathurins, entre la rue de Sorbonne et la rue des Maçons ; en faisant à Robert de Sorbon sa seconde donation, rue Coupe-Gueule, saint Louis lui permit de fermer la rue : d'oii le nom de rue des Deux-Portes qu'elle reçut depuis. Voy. Sauvai, Ant. deParis,\.U,t. I.p.l68, 169, etDuBoulay, l. l., p. 2'2o.
2. « Ad opus congregationis pauperum magislorum Parisius in theologia studentium. » (Du Boulay, Hist. de l'Univ. de Paris, t. ni, p. 223-225).
3. Daunou, ibid., p. 56, et la notice de Petit Radel, dans le tome XÎX, p. 291 et suiv. Cf. Tillemont, t. V, p. 320.
L'ijisloire du temps, une histoire écrite par un évéque, Jacques de Vitry, constate jusqu'oii ils pouvaient aller ' ; et nous en avons vu ([uelque chose dans les troubles de 1221), qui amenèrent, par une sorte de protestation contre l'intervention de la police royale, la dispersion de l'Université. Blanche de Castille, qui dut céder alors, prit habilement sa revanche dans sa seconde régence. Profitant de l'impression qu'avait faite dans Paris le passage des Pastoureaux en 1251, elle amena l'Université à résigner la partie la plus considérable de ses privilèges, la plus gênante pour l'autorité royale, la plus dangereuse pour la tranquillité publique : l'Université renonça à réclamer au nom de la juridiction ecclésiastique les étudiants arrêtés pour crimes ou délits contre l'ordre pui)lic. Maîtres et écoliers s'obligeaient, sous la foi du serment, à concourir au maintien de l'ordre dans le corps par des procédés qu-i ressemblaient fort à ceux de l'Inquisition*.
Les crimes et délits furent peut-être moins nombreux alors, étant mieux surveillés, mieux réprimés. I\lais les désordres ne furent guère moindres. On en peut juger par plus d'une allusion des satiriques\
La plainte ci-dessus rapportée de l'université de Paris montre que les ordres religieux avaient des écoles en d'autres villes. Il y avait d'ailleurs aussi d'autres écoles qui avaient ou reçurent par la suite le nom d'université : l'école de Bourges (elle ne paraît pas avoir été université avant 1464) ; l'uni-
1. Voy. la notice de Jacques de Vilry dans Vllist. littèr. de la Frauce, t. XVIII," p. 234; et J. de Vitn', Jlist. Orient, et Occident., 1. II, p. 278 (éd. 1.VJ6).
2. D'Achery, SpiciL, t. lil, p. 6."^0; voy. F. Faure, t. II, p. 5.
3. Voy. Rutebeuf, la Descorde de l'L'niiersitf et des Jacobins, Œuvres, t. (, p. 152.
versilé de Toulouse, qui date ou du traité de Paris (1229)^, ou au moins de la bulle d'institution de GréiToire IX en 1238; les écoles d'Orléans où l'on étudiait le droit canon et le droit civil ; celles d'Angers, où se retirèrent aussi bien qu'à Orléans, en 1229, les professeurs émigrés de l'université de Paris; celles de Montpellier, où l'on enseignait et la médecine et le droit tant civil que canonique ^
Pour ce qui est de l'enseignement, il se composait, comme dans les écoles carlovingiennes, du trivium et du qitadrivium : le trivium comprenait les lettres : grammaire, dialectique, rhétorique ; le quadrivium, les sciences : arithmétique, géométrie^ astronomie et musique. C'est ce qu'on appelait les sept arts libéraux, ou d'un seul nom clergie, comme faisant la science du vrai clerc :
Clergie règne ore à Pans Ensi corn elle fu jadis A Athènes qui siet en Grèce Une cité de grant noblèce'.
La grammaire, le premier des sept arts, ne se bornait pas au champ restreint où depuis on l'a renfermée. Elle comprenait toute l'étude du latin, et les anciens maîtres y gardaient leur place auprès de ceux qu'ils avaient suscités. Dans le catalogue de la bibliothèque d'Amiens, rédigé en 1250, dit Victor
\. Raymond s'y obligeait, on l'a vu, à entretenir à Toulouse quatre maîtres en théologie, deux décrétistes, six maîtres es arls libéraux et deux régents de grammaire. [Layettes du Trésor des Chartes, t. II. n" 1992, p. 149.)
2. Daunou, ibid,, p. 57-59. Sur les écoles de Montpellier, voy. la savante Hist. de la commune de Montpellier, par M. A. Germain, t. III, p. 1, et suiv. Elles furent érigées en université par une bulle du pape Nicolas IV, en date du 26 octobre 1289 {ibid., p. 156).
3. Gautier de Metz, dans son Image du monde (1245' ; l'abbé Lebeuf ■ de l'Etat des sciences en France depuis le roi Robert jus'iu'à Philippe le Bel, p. 318.
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Leclcrc, se trouvent réunis le crrnnd et le petit Donat, le commentaire de Donat, par Rémi d'Auxerre; l'ouvrage entier et plusieurs abrégés de Priscien^ la métrifjue de Bède, et parmi les auteurs plus récents, Matthieu de Vendôme, Alexandre de Vil'e-Dieu, Evrard de Béthune, Alexandre Neckam, Jean de Garlande'. Le grec était négligé : ce furent les dominicains qui en reprirent surtout l'étude; les langues orientales, plus ignorées encore, malgré l'excitation des croisades, mais étudiées pourtant aussi par les dominicains'; l'hébreu même, qui semblait si nécessaire pour Finlelligence des Ecritures, ne fut connu, en dehors du cercle des rabbins, que d'un fort petit nombre de théologiens ou de docteurs. Il n'est pas question du français. On écrivait en français pourtant, et le Florentin Brunetto Latini prouve en quelle estime cette langue était déjà, quand il la choisit, lui étranger, « comme plus délilable langage et plus commun que moult d 'autres ^ » pour écrire cette sorte d'encyclopédie qu'il appela le Trésor. Le français n'était donc pas, comme on voudrait le croire, un jargon : on n'appelle pas jargon une langue qui a produit les monuments considérables que nous verrons plus loin ; il était loin d'être fixé, mais il avait ses règles qu'on observait plus exactement, il faut le dire, en ce temps, que dans le siècle qui suivit*. Pour qu'on l'apprît, non- seulement à Paris, comme
1. Victor Leclerc, Ilixt. littér., t. XXIV, p,38't. Voy. aussi pour renseignement de la grammaire en ce temps-là le savant mémoire de M. Ch. Tliurot intitulé Notices et extraits de divers manuscrits latins pour servir à Vhistoire des doctrines grammatica'es au moyen âçie, mémoire qui forme toute la 1' partie du tome XXII des Notices et extraits des manuscrits.
2. Daimou, dans Vllist. littcr. de la France, t. XVI, p. 139, Leclerc, t. XXIV, p. 02 et 386.