POLITIQUE EXTERIEURE
La paix et la justice, tels furent aussi les deux grands mobiles de la politique extérieure de saint Louis, c'est-à-dire de sa conduite dans ses rapports avec les princes chrétiens de son temps. Il semble même que ce soit ici la paix qui tienne le premier rang dans ses préoccupations. « Cher fils, dit-il dans ses Enseignements (i), je t'enseigne que tu te gardes selon ton pouvoir d'avoir la guerre avec aucun chrétien. Et si l'on te faisait tort, essaie plusieurs manières pour voir si tu ne pourrais pas trouver quelque moyen qui te permît de recouvrer ton droit sans être obligé de faire la guerre. »
La teneur de ce conseil montre d'ailleurs que cet amour de la paix n'avait rien de pusillanime. C'est ce qu'établit aussi la façon dont l'a pratiqué celui qui le donne. La vigueur de la campagne de Poitou et de Saintonge avait suffisamment prouvé au roi d'Angleterre que saint Louis n'était pas homme à faiblir dans la défense nécessaire de ses droits et de ses intérêts légitimes. Les concessions qu'il crut
(i) Texte cité, pp. 436, 43?.
devoir faire à Henri III par le traité de Paris (28 mai 1^58), ratifié à Londres l'année suivante (i3 octobre 1259), étaient, selon sa conviction, qu'il maintint contre les remontrances de ses conseillers, une transaction avantageuse à sa couronne en même temps que conforme à son esprit pacifique et juste.
« Les gens de son conseil, rapporte Joinville (1), furent très contraires à cette paix, et ils lui disaient ainsi : « Sire, nous nous émerveillons beaucoup que votre volonté soit telle, que vous vouliez donner au roi d'Angleterre une si grande partie de votre terre, que vous et vos devanciers avez conquise sur lui et par sa forfaiture. D'où il nous semble que si vous croyez que vous n'y ayez pas droit, vous ne faites pas bonne restitution au roi d'Angleterre, quand vous ne lui rendez pas toute la conquête, que vous et vos devanciers avez faite; et si vous croyez que vous y ayez droit, il nous semble que vous perdez tout ce que vous lui rendez. »
« A cela le saint roi répoudit en telle manière : « Seigneurs, je suis certain que les devanciers du roi d'Angleterre ont perdu tout à fait justement la conquête que je tiens; et la terre que je lui donne, je ne la lui donne pas comme chose dont je sois tenu à lui ou à ses héritiers, mais pour mettre amour entre mes enfants et les siens, qui sont cousins germains. Et il me semble que ce que je lui donne je l'emploie bien, parce qu'il n'était pas mon homme, et que par là il entre en mon hommage. »
M. Lecoy de la Marche (2) fait au sujet de ce traité
(1) Edition citée, § 678, 679.
(2) Ouvrage cité, pp. 5i, 52. — Cf. les judicieuses remarques de M. J.-A. Félix Faure, t. II, p. i5i et suiv., qui fait notamment observer que saint Louis en parlant de l'amitié qu'il
les réflexions suivantes : « Plusieurs historiens ont accusé saint Louis à ce propos d'avoir obéi a des scrupules exagérés. Un examen sérieux de la teneur du traité, de la situation qui en dicta les stipulations et de celle qui en résulta, conduisent à des conclusions tout opposées. Depuis longtemps le roi d'Angleterre ne cessait de réclamer les provinces qui lui avaient été enlevées par Philippe- Auguste ; il pouvait venir un jour les revendiquer par les armes, et alors quels désastres ne devait-on pas prévoir, en dehors des misères inséparables d'une pareille guerre! Il fallait être complètement victorieux, ou renoncer à plus de la moitié du patrimoine si laborieusement acquis. Ce n'était plus deux ou trois petites seigneuries que l'on perdrait en cas d'échec; c'était la riche Normandie, c'était la Touraine, l'Anjou, le Poitou, et tout ce qui avait appartenu jadis aux Plantagenets Prévenir la possibilité d'une pareille mutilation au prix d'un léger sacrifice, c'était, au contraire, un acte de haute prévoyance, tout à fait digne d'un prince qui ne voulait rien tenir de la violence, mais qui, dans ses propres causes comme dans celles d'autrui, cherchait à s'assurer le consentement de la partie adverse. Ce sacrifice, d'ailleurs, en quoi consistait-il? Y avait-il, comme on l'a cru, une cession de suzeraineté, un abandon de nationalité? Nullement. Les pays cédés restaient français, restaient sous la dépendance de la couronne de France, et se trouvaient joints au duché de Guyenne pour être tenus comme lui en fief. Non seulement l'hommage lige devait être prêté pour eux, mais il devait l'être
voulait cimenter entre ses enfants et ceux du roi d'Angleterre exprimait, du même coup, selon le langage du temps, la paix durable qu'il se proposait d'établir entre les deux royaumes.
pour ce dernier duché, contrairement à ce qui se passait auparavant, et pour toutes les possessions du roi d'Angleterre sur le continent, sans distinction : « Et aussi de Bordeaux, de Baïonne et de Gascoine, et de tote la terre qu'il tient deçà la mer d'Engleterre en fiez et en demaines, et des illes, se aucune en i a qe li roi d'Engleterre tiegne, que soit dou reaume de France. » Le chroniqueur Primat fait ressortir avec soin le caractère éminemment avantageux de cette clause : « Car avant, dit-il, la terre de Gascongne ne mouvoit pas des roys de France ne de leur règne. Et, avec tout ce, il fu ainsi ordené que, pour celé terre que le roy li avoit donnée en hommage que il li avoit fait de Gascongne, il seroit mis el royaume de France el conte des barons, et d'ore en avant seroit appelé per. » C'était là un fait capital : le souverain d'une puissante nation, d'une nation rivale, devenait le subordonné du roi de France, se faisait son vassal, et lui devait, dans certains cas, la soumission. Tl faudrait connaître bien mal les lois et les usages de la féodalité pour ne voir là qu'un vain mot, qu'une suprématie purement honorifique. Le roi d'Angleterre se plaçait dans une dépendance réelle, et saint Louis l'entendait bien ainsi, car il maintint, comme l'a observé Boutaric (i), « un sénéchal français de Périgord, qui n'eut d'autre occupation que de faire sentir aux agents anglais en Guyenne la supériorité du roi de France. Le parlement de Paris reçut les appels des sentences des sénéchaux anglais, et les fit exécuter par la force. » En 1269, un sénéchal français alla saisir les revenus du monarque anglais à Bordeaux et plus tard Philippe-
(1) Saint Louis et Alphonse de Poitiers, p. g3.
le Bel tira encore un meilleur parti de sa suzeraineté sur le roi d'Angleterre. »
Dans la pensée de saint Louis et dans la réalité des choses le traité conclu avec le roi d'Angleterre avait deux grands avantages : il fermait par une paix, conclue de bonne foi des deux côtés, l'ère de guerre ouverte entre les deux royaumes depuis les conquêtes de Philippe-Auguste sur Jean sans Terre, et depuis lors interrompue seulement par des trêves ; il assurait, moyennant quelques rétrocessions partielles, l'ensemble de ces conquêtes à la couronne de France, de l'aveu même du roi d'Angleterre et, de son aveu aussi, plaçait ce prince, d'une façon formelle, pour les possessions qu'il conservait sur le continent, dans la dépendance de cette couronne. Si les conseillers du pieux monarque le jugèrent trop conciliant, les barons anglais accusèrent Henri III de s'être déshonoré en acceptant des conditions qu'ils jugeaient humiliantes. Toutefois, l'équité de saint Louis fut si généralement reconnue et son prestige devint si grand en Angleterre même, qu'il fut élu pour arbitre par le roi et par les barons dans la querelle soulevée entre eux au sujet des statuts dits d'Oxford, qui avaient restreint jusqu'à l'excès les prérogatives du monarque anglais. « Cette démarche, dit M. Wallon (i), témoignait d'une bien haute confiance en sa droiture. On savait bien qu'il ne se mêlerait pas des affaires d'Angleterre, comme son père et son aïeul, pour y chercher son intérêt particulier dans l'antagonisme des partis; on savait qu'il n'aurait en vue que la justice, et le bien du pays dont la confiance faisait appel à son jugement... Il invita le roi et les barons
(i) Ouvrage cité, t. II, pp. 437, 438.
à se rencontrer avec lui dans la ville d'Amiens. Il y était lui-même le i3 janvier 1264. Henri III, la reine Éléonore, et plusieurs des seigneurs anglais s'y rendirent... Entre le roi et les barons, sur le terrain des provisions d'Oxford, le jugement de saint Louis ne pouvait pas être douteux. Il fut pour le roi, non parce qu'il était roi lui-même, mais parce que les articles d'Oxford lui semblaient destructifs de toute autorité royale... Le pieux arbitre eut peut-être le tort de croire que le prince à qui il restituait ses droits saurait aussi comprendre ses devoirs et se comporter dans les deux cas ainsi qu'il l'eût fait luimême. En révoquant les statuts d'Oxford, saint Louis avait confirmé toutes les constitutions antérieures : mais la charte du roi Jean comptait parmi ces libertés, et les barons prétendirent que les articles d'Oxford n'étaient que les conséquences de cette charte. La sentence de saint Louis, confirmée par le Pape, ne fut donc pas ratifiée par les barons. » — Du moins sa conscience lui pût-elle rendre le témoignage, d'avoir employé les efforts d'une diplomatie vraiment chrétienne, à préserver des souffrances et des affaiblissements de la guerre civile, un royaume rival et naguère encore ennemi du sien.
Ce vif et profond esprit de paix se manifesta aussi d'une façon notable, dans l'attitude du saint roi par rapport à la lutte terrible engagée, depuis Grégoire VII, entre la Papauté et les empereurs allemands, qui ne prétendaient pas à moins qu'à l'assujettissement sous leur domination de l'Italie, du Saint-Siège et de l'Église elle-même. Ce fut précisément au temps de saint Louis que cette lutte séculaire en vint à son point extrême. Deux grands papes, Grégoire IX et Innocent IV, déployèrent alors une
incomparable et victorieuse énergie contre l'audace et l'astuce de l'empereur Frédéric II, dont l'ambition sans frein, l'implacable colère et le libertinage de croyance et de mœurs, menaçaient des plus graves dangers non seulement l'indépendance italienne et la liberté de l'Eglise, mais jusqu'à l'intégrité de la foi chrétienne (i).
Placé à un point de vue un peu différent ; moins fortement éclairé, il faut le reconnaître, que ne l'étaient, par leur situation même et, sans que leur infaillibilité soit ici en cause, par l'assistance spéciale d'en haut, les Souverains Pontifes, convaincus de la nécessité d'une lutte à outrance contre un adversaire dont le pieux monarque ne pénétrait pas au même degré les dispositions détestables; saint Louis multiplia ses loyaux et charitables efforts pour amener la réconciliation de Frédéric avec le Saint-Siè^e. Cette intervention généreuse ne fut aucunement blâmée du Pape, qui, au contraire, y prêta volontiers, quoique sans espérance, une attention favorable. Le chef de l'Eglise avait, en effet, la consolante certitude, qu'à l'heure d'un péril imminent et manifeste, l'intervention de saint Louis changerait sur le champ de caractère. Pas plus que son dévouement, son énergie n'était douteuse. Ainsi, sous Grégoire IX, quand les prélats français qui se rendaient au concile convoqué à Rome, furent saisis en mer par la flotte pisane et retenus prisonniers par Frédéric, « le roi, dit M. Élie Berger (3), dès qu'il apprit leur sort, envoya l'abbé de Corbie et l'un des chevaliers de son hôtel, Ger-
constate l'existence et l'activité de « l'immense atelier de blasphème du grand empereur Fre'déric ».
(a) Saint Louis et Innocent IF, p. IV.
vais d'Escrennes, les réclamer à l'empereur. Frédéric II ayant cru devoir répondre à cette demande par un refus orgueilleux et blessant, Louis IX lui fit aussitôt porter une sommation à la fin de laquelle il allait jusqu'à lui dire : « Notre royaume n'est pas affaibli au point de se laisser mener à coup d'éperons. » — Et les prélats furent mis en liberté par l'empereur. Ainsi, sous Innocent IV, quand Frédéric conçut le projet de marcher sur Lyon (i), où le Pape s'était réfugié à l'abri des armes impériales, dominantes en Italie, ce ne fut pas en vain qu'appel fut fait au saint roi. « Au milieu de juin (1247), rapporte le même érudit (2), Innocent IV apprit que le roi de France était décidé à le défendre. Louis IX ne se bornait pas à promettre et à lever des troupes; il allait partir en personne; Blanche de Castille et ses trois autres fils, imitantl'exemple du roi, se déclaraient prêts à marcher au secours du Saint-Siège ; déjà les comtes d'Artois, de Poitiers et d'Anjou faisaient convoquer leur chevalerie. Que l'empereur franchît les Alpes, et toutes les forces de la monarchie française allaient s'avancer jusqu'aux bords de la Saône et du Rhône. » — Une révolte des habitants de Parme obligea d'ailleurs Frédéric de renoncer à son dessein.
Après la mort de ce redoutable prince, que saint Louis n'avait ni haï, ni redouté, il jugea conforme aux intérêts de la France, comme à ceux de la chrétienté, de s'associer d'une manière effective, quoique indirecte, à la politique du Saint-Siège en Italie. « Le meilleur gage que le roi pouvait donner à
(1) Cette cite', non encore unie à la France, e'tait alors une ville libre et indépendante, rattachée à l'empire par un lien purement nominal.
(a) Ouvrage cité, p. CLXXXVII.
cette union, ditM. Lecoy de la Marche (i), c'était d'accepter pour son frère Charles d'Anjou le royaume de Naples, fief du Saint-Siège, dont les papes ne voulaient plus laisser la possession aux empereurs, pour des raisons trop faciles à comprendre. Il en avait refusé l'investiture pour un de ses fils, tant il était peu ambitieux pour sa famille et soucieux de ne pas empiéter sur les droits d'une autre maison; mais des considérations d'intérêt général et les instances d'Urbain IV, à qui son origine française donnait une influence particulière, le décidèrent à l'accepter pour son frère. Il envoya même des troupes à son aide; il permit de lever en France des décimes pour lui faciliter la conquête de son royaume sur son compétiteur Mainfroy; il fit prêcher et prêcha lui-même la croisade contre ce dernier. Ce n'est pas à dire toutefois qu'il approuvât les rigueurs du gouvernement de Charles d'Anjou en Sicile et à Naples, ni le supplice du jeune Conradin, petit-fils de Frédéric, qui, tout en consommant la ruine de la domination allemande, prépara celle de la dynastie française en Italie. De tels procédés n'étaient point dans son caractère et ne pouvaient avoir son assentiment. Mais Charles n'avait pas conservé envers le chef de sa maison la déférence et la soumission que lui témoignait, dans les actes de son administration, son autre frère Alphonse de Poitiers ; il avait sa politique propre, indépendante, et cette politique devait aboutir en Sicile au massacre épouvantable que l'on sait (les Vêpres siciliennes), malheur qu'on eût sans doute pu détourner si le saint roi eût vécu, ou si son influence eût encore dirigé le cours des événements qui
(i) Ouvrage cité, pp. 82, 83.
amenèrent peu à peu ces sanglantes représailles. » Les transactions qui, moyennant des concessions mutuelles, laissent les prétentions jusqu'alors en conflit satisfaites l'une de l'autre et du résultat, et qui changent en alliés les adversaires, voilà ce que chérissait et recherchait avec ardeur la politique de saint Louis. Dans le même mois qu'avec le roi d'Angleterre, il conclut un traité de ce genre avec le roi d'Aragon. « La France, dit M. Wallon (i), prétendait à la suzeraineté du Roussillon et du comté de Barcelone, comme ayant fait partie de l'empire de Charlemagne; et jusqu'au règne de Philippe- Auguste, on n'avait pas cessé d'y compter les années des rois de France dans les actes publics. D'autre part, les rois d'Aragon faisaient valoir des droits sur une grande partie des provinces qui s'étendent au nord-est des Pvrénées, ou le long de la Méditerranée : Limoux, Carcassonne, Narbonne, Béziers, Agde, Nîmes, le Gévaudan, l'Albigeois, le Rouergue, le Quercy, le comté de Foix, et même sur tout le comté de Toulouse. Le roi d'Aragon alla de lui-même au-devant d'un accord, et saint Louis se montra empressé à y souscrire. Le roi de France renonçait à la souveraineté de la Catalogne ; le roi d'Aragon à toutes les prétentions dont il a été parlé tout à l'heure, comme à tous les droits échus ou à échoir sur tout ce qui avait appartenu à l'ancien comté de Toulouse. La transaction fut négociée en même temps que le mariage du fils de saint Louis avec la fille de Jacques Ior, et conclue à Corbeil le même jour (11 mai 1238) ».
Soit avec les princes étrangers, soit avec les grands seigneurs de son royaume, qu'il fût ou non intéressé
(1) Ouvrage cité, t. II, pp. 417, ',!8.
clans les querelles survenues entre eux, sa règle ordinaire de conduite, quand il le jugeait possible, était de s'entremettre pour les pacifier. « Ce fut, dit Joinville (i), l'homme du monde qui se travailla le plus pour mettre la paix entre ses sujets, et spécialement entre les riches hommes voisins et les princes du royaume, par exemple entre le comte de Chalon, oncle du seigneur de Joinville, et son fils le comte de Bourgogne, qui avaient grande guerre quand nous revînmes d'outre-mer. Et pour faire la paix entre le père et le fils, il envoya des gens de son conseil en Bourgogne et à ses dépens; et par ses soins la paix se fit entre le père et le fils.
« Puis, il y eut une grande guerre entre le roi Thibaut II de Champagne, et le comte Jean de Chalon, et le comte de Bourgogne, son fils, pour l'abbaye de Luxeuil. Pour apaiser cette guerre, monseigneur le roi y envoya monseigneur Gervais d'Escrennes, qui alors était maître queux de France ; et par ses soins il les réconcilia.
« Après cette guerre, que le roi apaisa, survint une autre grande guerre entre le comte Thibaut de Bar et le comte Henri de Luxembourg, qui avait pour femme la sœur de Thibaut; et il advint ainsi, qu'ils combattirent l'un contre l'autre près de Prény, et le comte Thibaut de Bar fit prisonnier le comte Henri de Luxembourg, et prit le château de Ligny, qui était au comte de Luxembourg de par sa femme. Pour apaiser cette guerre, le roi envoya monseigneur Pierre le chambellan, l'homme du monde qu'il croyait le plus, et ce fut aux dépens du roi ; et le roi fit tant qu'ils furent réconciliés.
'ij Édition citée § 680-684.
« Au sujet de ces étrangers que le roi avait réconciliés, aucuns de son conseil lui disaient qu'il ne faisait pas bien de ne pas les laisser guerroyer; car s'il les laissait bien s'appauvrir, ils ne lui courraient pas sus aussi tôt que s'ils étaient bien riches. Et à cela le roi répondait et disait qu ils ne parlaient pas bien : « Car si les princes voisins voyaient que je les laissasse guerroyer, ils se pourraient bien aviser entre eux et dire : — C'est par méchanceté que le roi nous laisse guerroyer. — Alors il en adviendrait qu'à cause de la haine qu'ils auraient contre moi, ils me viendraient courir sus, et j'y pourrais bien perdre, sans compter que j'y gagnerais la haine de Dieu, qui dit : — Bénis soient tous les pacifiques. »
« D'où il advint ainsi, que les Bourguignons et les Lorrains, qu'il avait pacifiés, l'aimaient et lui obéissaient tant que je les vis venir plaider par devant le roi, pour des procès qu'ils avaient entre eux, à la cour du roi à Reims, à Paris et à Orléans. »
Ainsi, même au point de vue purement humain, le saint roi n'eut pas lieu de regretter d'avoir choisi tout d'abord et constamment suivi, comme inspiration et principe dirigeant de son gouvernement et de sa politique, l'angélique parole qui avait retenti sur le berceau du Messie : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! >.