‹ Saint LouisChapitre 6 sur 19 · L EPOUX. MARGUERITE DE PROVENCE · texte numérisé non relu

L EPOUX. MARGUERITE DE PROVENCE

Comme l'éducation de saint Louis, son mariage fut l'œuvre de Blanche de Castille. Il avait dix-neuf ans, quand, en i633, sa mère s'occupa de lui trouver une femme. Son choix se fixa sur la princesse Marguerite, fille aînée de Raimond-Bérenger, comte de Provence. La politique sans doute eut sa grande part dans ce choix, et cela était inévitable. Mais Blanche n'avait pas négligé de s'informer des qualités personnelles de la jeune fille, belle, pieuse et parfaitement élevée par son père. La négociation ne fut point pénible. Raimond-Bérenger s'empressa d'accepter l'offre qui lui était faite.

« Gautier Cornu, archevêque de Sens, et Jean de Nesle, raconte M. Elie Berger d'après les auteurs et les documents contemporains (i), allèrent chercher en Provence la jeune princesse, qui vint à la cour, accompagnée par son oncle Guillaume, évêque élu de Valence. Elle avait sans doute une suite nombreuse; en tout cas les comptes royaux parlent à cette occasion d'un ménestrel du comte de Provence

(i) Ouvrage cite, p. 2a3 et suiv.

et de six trompettes, venus avec Marguerite. En se dirigeant vers Sens, la fiancée du roi s'arrêta, le 19 mai, à l'abbaye de Tournus. En même temps Louis IX venait de Paris par Fontainebleau, Pontsur- Yonne et l'abbaye de Sainte-Colombe près Sens. Il avait avec lui sa mère, ses frères Robert et Alphonse, son cousin Alphonse de Portugal, neveu de Blanche, et qui était élevé avec les jeunes princes. Les autres enfants de Blanche de Castille, Isabelle et Charles, étaient restés à Paris. Outre les dames de sa maison, la reine avait certainement avec elle un très grand nombre d'officiers et de grands seigneurs : le chambrier de France, Barthélémy de Roye, le chambellan Jean de Beaumont, Ferry Pâté plus tard maréchal, sont nommés, à propos du mariage du roi, dans les comptes de l'hôtel, ainsi que Raimond de Toulouse et la comtesse Jeanne de Flandre. Pour transporter tout son monde, la reine avait fait louer, selon l'usage, des bateaux et des chevaux.

« La cour fut à Sens du 26 au 28 mai 1234, et le mariage fut probablement célébré le 27; en tout cas, c'est à cette date que Louis IX constitua le douaire de Marguerite, par une charte où il parle d'elle comme étant déjà sa femme. Quoique à cette époque les dépenses de la maison royale n'eussent rien d'exagéré, Blanche et son fils déployèrent dans cette occasion solennelle un luxe convenable : les comptes de l'hôtel mentionnent la couronne d'or qu'on fit faire pour la jeune reine, un « chapeau d'or » réparé à son usage, deux cuillers et une coupe d'or, certainement destinées à la table royale ; la coupe fut ensuite donnée au bouteiller de France. On remit en état la couronne du roi, et des joyaux furent achetés à l'orfèvre de la comtesse de Flandre.

« On aurait fort à faire si l'on voulait énumérer les vêtements, les effets de literie, les objets de toute sorte que Blanche de Castille fit acheter pour le mariage de son fils, les robes commandées pour le roi, celles qui étaient destinées aux officiers et aux grands seigneurs de la cour, au prince Robert, au prince Alphonse, à leur cousin le prince de Portugal, au comte de Toulouse, les fourrures apportées pour la jeune reine ou données aux dames de la cour. Parmi les robes qui furent distribuées pour le couronnement, beaucoup étaient de soie et plusieurs en pourpre; on en donna, selon l'usage, à ceux qui furent faits chevaliers à l'occasion du mariage royal. La reine avait fait préparer à Sens les logements de la cour, et par son ordre une maison avait été retenue pour la comtesse de Flandre. La ville ne put sans doute pas héberger tous ceux qui avaient accompagné le roi, mais on avait apporté des pavillons. On éleva de plus une maison en branchages, une feuillèe, dont la destination n'est pas indiquée par les comptes et qui renfermait, à l'usage du roi, un trône recouvert de soie. C'est là peut-être que se firent entendre les ménestrels, dont plusieurs appartenaient à la suite du prince Robert. Enfin des échafaudages furent construits devant l'église de Saint-Etienne, où devait avoir lieu le couronnement de Marguerite.

« Plusieurs personnages de la cour avaient été envoyés au-devant de la princesse ; lorsqu'elle approcha, le roi, Blanche et les princes allèrent à sa rencontre. Au lendemain du mariage, la jeune reine fut couronnée par l'archevêque de Sens, qui lui donna l'onction sainte... La charité ne fut pas oubliée au milieu de ces réjouissances... Des malades furent amenés au roi, qui leur fit distribuer de l'argent; un

pauvre homme, dont le cheval avait été tué pendant les fêtes, reçut une indemnité. La cour reprit le chemin de Paris, sans doute dès le 29 mai, par Montereau-faut-Yonne et Fontainebleau. Marguerite avait reçu en douaire la ville du Mans et ses appartenances, avec Mortagne et Mauves-sur-Huisne. Sa dot était de dix mille marcs, somme très élevée, qui peutêtre ne fut jamais entièrement payée, car on sait qu'en 1266 huit mille marcs étaient encore dus à saint Louis par le fait de son mariage. »

La vive, tendre et constante affection de saint Louis pour Marguerite, qui le paya de retour, est l'un des traits les plus caractéristiques et les plus charmants de sa vie. Comment il sut dès l'origine concilier l'ardeur de cet amour conjugal avec le goût profond et l'exercice ascétique de la chasteté chrétienne, qui était un des traits dominants de sa nature, de jour en jour plus pénétrée par la grâce, c'est ce que nous ont appris les informations naïvement fidèles des pieux témoins de ses vertus (1). Sans être tout à fait une sainte elle-même, la jeune reine se montra digne de cette affection d'un saint. Leur commune tendresse eut à souffrir de l'humeur sévère et ici un peu jalouse de Blanche de Castille, mais précisément elle ressort pour nous avec un gracieux relief du récit même, que nous devons à Joinville, des duretés de la reine-mère. La mort de Blanche, que le bon sénéchal (peut-être en raison d'une certaine sympathie de grand seigneur pour le parti féodal et aristocratique combattu et vaincu par elle) ne paraît pas avoir aimée ni regrettée beaucoup, lui a fourni l'oc-

(1) Cf. Geoffroi de Beaulieu, chap. XI. — Le Confesseur de la reine Marguerite, chap. XVI.

casion de donner place en son livre à ces petites tracasseries féminines qui, comme on le voit, ne laissent pas de se retrouver jusque dans les familles les plus exemplaires.

« Madame Marie de Vertus, raconte-t-il (i), très bonne dame et très sainte femme, me vint dire que la reine (Marguerite) montrait un très grand deuil , et me pria que j'allasse vers elle pour la réconforter. Et quand je vins là, je trouvai qu'elle pleurait, et je lui dis qu'il disait vrai celui qui dit que l'on ne doit pas croire aux femmes : « Car c'était la femme que vous haïssiez le plus qui est morte, et vous en montrez un tel deuil ! » Et elle me dit que ce n'était pas pour la reine (Blanche) qu'elle pleurait, mais pour la peine que le roi avait du deuil qu'il montrait, et pour sa fille (qui depuis fut reine de Navarre), qui était demeurée en la garde des hommes.

« Les duretés que la reine Blanche fit à la reine Marguerite furent telles, que la reine Blanche ne voulait pas souffrir, autant qu'elle le pouvait, que son fils fût en la compagnie de sa femme, si ce n'est le soir quand il allait coucher avec elle. L'hôtel là où il plaisait le mieux au roi et à la reine de demeurer, c'était à Pontoise, parce que la chambre du roi était au-dessus, et la chambre de la reine audessous.

« Et ils avaient accordé leurs affaires ainsi, qu'ils tenaient leur parlement en un escalier à vis qui descendait d'une chambre en l'autre. Et ils avaient leurs affaires arrangées ainsi, que quand les huissiers voyaient venir la reine en la chambre du roi son fils, ils frappaient la porte de leurs verges, et le roi s'en

(i) Édition citée, §6o5-6o8.

venait courant en sa chambre, pour que sa mère l'y trouvât; et ainsi faisaient à leur tour les huissiers de la chambre de la reine Marguerite quand la reine Blanche y venait, pour qu'elle y trouvât la reine Marguerite.

« Une fois le roi était auprès de sa femme, et elle était en grand péril de mort, parce qu'elle était blessée d'un enfant qu'elle avait eu. La reine Blanche vint là, et prit son fils par la main, et lui dit : « Venez vous-en, vous ne faites rien ici. » Quand la reine Marguerite vit que la mère emmenait le roi, elle s'écria : « Hélas ! vous ne me laisserez voir mon seigneur ni morte ni vive. » Et alors elle se pâma, et l'on pensa qu'elle était morte; et le roi, qui pensa qu'elle se mourait, revint; et à grand peine on la remit en état. »

L'attitude de Marguerite de Provence à Damiette, pendant les désastres de la croisade d'Egypte, nous fait concevoir des qualités de cette princesse une belle idée, que le pinceau naïvement expressif du sire de Joinville fixe dans notre esprit en une vivante image :

« Or vous avez ouï ci-devant les grandes persécutions que le roi et nous nous souffrîmes ; ces persécutions, la reine n'y échappa point, ainsi que vous l'entendrez ci-après. Car trois jours avant qu'elle accouchât, lui vint la nouvelle que le roi était pris; de laquelle nouvelle elle fut si effrayée, que toutes les fois qu'elle s'endormait dans son lit, il lui semblait que toute sa chambre fût pleine de Sarrasins, et elle s'écriait : « A l'aide! à l'aide! » Et de peur que l'enfant dont elle était grosse ne périt, elle faisait coucher devant son lit un vieux chevalier de l'âge de quatre-vingts ans, qui la tenait

Et SAINT LOUIS.

par la main. Toutes les fois que la reine criait, i! disait : « Madame, n'ayez pas peur, car je suis ici. »

« Avant qu'elle fût accouchée elle fit sorlir de sa chambre tout le monde , excepté ce chevalier, cl s'agenouilla devant lui et lui requit une grâce; et le chevalier la lui octroya par serment. Et elle lui dit : « Je vous demande, fit-elle, par la foi que vous m'avez engagée, que si les Sarrasins prennent cette ville, vous me coupiez la tête avant qu'ils me prennent. »Et le chevalier répondit: « Soyez certaine que je le ferai volontiers ; car je l'avais déjà bien pensé, que je vous occirais avant qu'ils nous eussent pris. »

« La reine accoucha d'un fils qui eut nom Jean ; et on l'appelait Tristan, pour la grande douleur là où il naquit. Le jour même quelle fut accouchée, on lui dit que ceux de Pise et de Gènes, et les autres communes, voulaient s'enfuir. Le lendemain qu'elle • fut accouchée, elle les manda tous devant son Ut, si bien que la chambre fut toute pleine, et leur dit : « Seigneurs, pour l'amour de Dieu, ne laissez pas cette ville; car vous voyez que monseigneur le roi serait perdu, et tous ceux qui sont pris, si elle était perdue. Et s'il ne vous plaît, que pitié vous prenne de cette chétive créature qui gît ici, en sorte que vous attendiez jusques à tant que je sois relevée. » Et ils répondirent : « Madame, comment feronsnous? Car nous mourons de faim en cette ville. » Et elle leur dit qu'ils ne s'en iraient point par famine : « Car je ferai acheter tous les vivres en cette ville, et je vous retiens tous dès à présent aux dépens du roi. » Ils se consultèrent, et revinrent à elle, et lui octroièrent qu'ils demeureraient volontiers; et la reine (que Dieu absolve!) fit acheter tous les vivres de la ville, qui lui coûtèrent trois cent soixante mille livres

et plus. Elle dut se relever avant son terme, pour la cité qu'il fallait rendre aux Sarrasins. La reine s'en vint en Acre pour attendre le roi (i). »

Epouse courageuse et dévouée, Marguerite de Provence n'avait point toutefois le génie et la ferme raison politique de Blanche de Castille. Ce qu'on entrevoit des dispositions quelle eût apportées dans le maniement des grandes affaires, si elle en avait été chargée, semble indiquer un caractère non exempt de passion et trop accessible aux influences des affections, des intérêts et des dissidences personnelles. La rivalité qui se produisit entre elle et Charles d'Anjou, doublement son beau-frère, au sujet de la succession de Provence, après la mort du comte Raymond-Bérenger, fut une cause de souci pour saint Louis, qui essaya en vain de réconcilier sa femme et son frère. Du moins les torts n'étaient-ils pas tous ici du côté de Marguerite, tandis qu'il est difficile d'excuser l'engagement qu'elle fit prendre, sous la foi du serment et à l'insu de son mari, au prince Philippe, son fils, héritier du trône. En vue de son avènement éventuel à la couronne, il promit à sa mère de rester sous sa tutuelle jusqu'à l'âge .de trente ans ; de ne prendre aucun conseiller qui lui fût hostile ; de ne faire aucune alliance avec Charles d'Anjou; de lui révéler ce qu'il apprendrait qu'on machinât contre elle; de ne point faire de largesses au-delà d'une certaine limite. Mais une bulle d'Urbain IV, probablement sollicitée par saint Louis quand il eut connaissance de ce pacte singulier, délia le jeune prince de ce serment téméraire (6 juillet I2Ô3) (a).

fi) Joinville, édition citée, g 397-400.

(2) Cf. E. Boutaric, Marguerite de Provence, son caractère,

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Persuadé sans doute que l'autorité conservée par lui à Blanche, même après qu'il eut pris possession effective du pouvoir, ne pouvait être qu'une exception justifiée par des talents et des services hors ligne, Louis, sans tenir Marguerite enfermée d'une façon absolue dans le seul exercice de ses devoirs de famille, ne lui accorda jamais qu'une action assez restreinte et toujours subordonnée dans les choses de la politique. Bien plus, quand il partit pour sa seconde croisade, quoiqu'elle demeurât cette fois en France, il ne crut pas devoir lui confier les rênes du gouvernement et remit la régence à Mathieu de Vendôme, abbé de Saint-Denis, et à Simon, comte de Nesle. Même dans l'ordre privé, malgré sa vive tendresse, il tenait au respect non seulement de sa liberté mais de son autorité de mari. Il ne semble pas invraisemblable à l'un des plus récents historiens de saint Louis (i) de rapporter, au moins par voie d'allusion, à quelques petites discussions avec Marguerite le plaisant entretien entre deux époux que le pieux roi raconta un jour à Robert de Sorbon, l'un de ses familiers, et que celui-ci, à son tour, nous a redit en ces termes :

« Un prince, que je ne nommerai pas, s'habillait très simplement, et cette tenue déplaisait beaucoup à sa

son rôle politique dans la Revue des questions historiques. ae année (1867), t. III, p. 417 el suiv. — H. Wallon, Saint Louis et son temps, t. II, p. 427 et suiv.

(1) Cf. Lecoy de la Marche, ouvrage cité, p. 34g. — En 1261, saint Louis par deux ordonnances régla et limita la dépense de la reine, et en même temps lui interdit a fie rien commander aux officiers de justice, de mettre aucun officier de son autorité, de prendre personne pour le service d'elle ou de ses enfants sans le congé du roi. » Le Nain de Tillemont, Fie de saint Louis, t. IV, pp. 234-235.

femme, qui aimait la pompe et l'ostentation; aussi se plaignait-elle sans cesse de lui à sa famille. A la fin, le mari se fatigua de ses remontrances : « Madame, dit-il, il vous plaît que je me couvre de vêtements précieux? — Oui, certes, et je tiens à ce que vous le fassiez. — Eh bien! j'y consens, et je suis disposé à vous satisfaire , car la loi du mariage veut que l'homme cherche à plaire à son épouse. Seulement cette loi est réciproque ; vous serez donc obligée de vous conformer aussi à mon désir. — Et quel est ce désir? — C'est que vous portiez le costume le plus humble : vous prendrez le mien et moi le vôtre (on sait qu'à cette époque les vêtements des hommes différaient peu de ceux des femmes). La princesse, comme on le pense bien, n'entendit point de cette oreille, et s'abstint désormais de soulever la question. »

Joinville apprit un jour de Marguerite elle-même que le roi n'entendait point qu'elle s'engageât, même envers Dieu, sans son aveu. Ici encore la fraîche mémoire et le vif pinceau du bon sénéchal font vraiment revivre pour nous l'aimable reine , qui fut, en somme, quel plus bel éloge? la digne compagne de Saint-Louis :

« Le vent s'éleva si fort et si horrible qu'il nous poussait avec force sur l'île de Chypre. Les mariniers jetèrent leurs ancres contre le vent et ne purent jamais arrêter la nef jusques à tant qu'ils en eussent apporté cinq. Il fallut abattre les parois de la chambre du roi, et il n'y avait personne dedans qui y osât demeurer, de peur que le vent ne les emportât à la mer. En ce moment le connétable de France, monseigneur Gilles le Brun, et moi, nous étions couchés dans la chambre du roi; et en ce moment la reine

ouvrit la porte de la chambre et pensa trouver le roi dans la sienne.

« Et je lui demandai ce qu'elle était venue quérir : elle dit qu'elle était venue parler au roi pour qu'il promît à Dieu quelque pèlerinage, ou à ses saints, par quoi Dieu nous délivrât de ce péril où nous étions ; car les mariniers avaient dit que nous étions en péril de nous noyer. Et je lui dis : « Madame, promettez le voyage à monseigneur saint Nicolas de Varangéville, et je vous suis garant pour lui que Dieu vous ramènera en France, et le roi et vos enfants. — Sénéchal, fit-elle, vraiment je le ferais volontiers; mais le roi est si bizarre que s'il savait que je l'eusse promis sans lui, il ne m'y laisserait jamais aller.

« Vous ferez une chose, c'est que si Dieu vous ramène en France, vous lui promettrez une nef d'argent de cinq marcs, pour le roi, pour vous et pour vos trois enfants ; et je vous suis garant que Dieu vous ramènera en France; car je promis à saint Nicolas que s'il nous réchappait de ce péril-là où nous avions été la nuit (i), je Tirais prier de Joinville à pied et sans chausses. » Et elle me dit que pour la nef d'argent de cinq marcs elle la promettait à saint Nicolas, et me dit que je lui en fusse garant; et je lui dis que je le ferais volontiers. Elle partit de là, et ne tarda qu'un peu ; puis elle revint à nous et me dit : « Saint Nicolas nous a garantis de ce péril; car le vent est tombé.

« Quand la reine (que Dieu absolve !) fut revenue en France, elle fit faire la nef d'argent à Paris ; et sur la nef étaient le roi, la reine et les trois enfants tout

(i) La nuit précédente, le navire avait heurté contre un banc de sable et avait couru grand risque d'un complet naufrage.

L'HOMME. Zl

d'argent; le marinier, le mât, le gouvernail et les cordages, tout d'argent; et les voiles toutes cousues de fil d'argent. Et la reine dit que la façon avait coûté cent livres. Quand la nef fut faite, la reine me l'envoya à Joinville pour la faire conduire jusques a Saint-Nicolas, et ainsi fis-je; et je lavis encore à Saint-Nicolas quand nous menâmes la sœur du roi à Haguenau, au roi d'Allemagne (i). »

Il y eut une circonstance capitale de la vie et du règne de son époux où Marguerite, usant à son tour de son droit, fit heureusement prévaloir sa volonté. Ce fut quand saint Louis, voyant son fils en âge de régner, fit part secrètement à la reine de son intention de se faire religieux (telle fut peut-être l'origine première du pacte mentionné ci-dessus) et lui demanda son acquiescement à ce pieux dessein. Marguerite le lui refusa et, loin de se rendre à ses instances, fit valoir avec force toutes les raisons qui devaient le retenir sur le trône (2).

(1) Joinville, édition citée, § 63o-633.

(2) Cf. Historiens de France, t. XX, p. 7 (Geoffroi de Beaulieu).

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