‹ Saint-Maixent [microforme]Chapitre 15 sur 35 · LES PIEDS · texte numérisé non relu

LES PIEDS

pour monter à cheval, il faut des bottes immenses et des culottes serrées au genou et très larges du haut — anglaises, enfin.

Pour les exercices à pied, nous étions encore plus mal partagés.

Il neigeait peu l'hiver à Saint-Maixent, mais nous avons tous été convaincus qu'il pleuvait, et cela pendant cinq mois sans lâcher prise.

Impossible cependant d'abandonner le programme ; il fallait l’exécuter dans toutes ses parties.

Comme il faisait bon nous voir naviguer dans les terres labourées, les prairies marécageuses, les boues insondables des routes encaissées, à travers ruisseaux et fondrières |

Les pieds, les jambes et les genoux parfois, y laissaient des empreintes profondes.

Le gros Reine, à l'école des tirailleurs, enfoncé jusqu’à la cheville, faisait des efforts surhumains pour tirer ses brodequins d’un marais.

Alternant d’une jambe à l'autre, il épuise ses muscles, souffle comme un ouragan, jure tout son

LES PIEDS 153 répertoire, puis s’aide de son fusil, qui disparaît à son tour dans le gouffre gluant.

Rendu, désespéré, il fait des signes de détresse, des appels apitoyants, abandonnant enfin la lutte jusqu’à l’arrivée des camarades, qui l’arrachent de son bourbier.

Reine n'était pas content de l'aventure : ses brodequins étaient bien sales, et il pleuvait toujours.

C’est singulier la quantité d'eau qui tombe dans ce pays-là; et voilà encore une chose que nous avons appris à l'Ecole.

Les pieds jouent un grand rôle dans la vie du fantassin.

Sans les pieds, en campagne surtout, le métier militaire serait pour lui une suite de jouissances inconnues aux humains ordinaires.

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