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CHAPITRE XI

Le tir. — Les feux de guerre. — La bonne omelette., — Les travaux de campagne. — Défense d’un bois. — Levés topographiques. — Les vendeuses de lait et de fruits. — Etude des instruments. — Service en campagne. — Orientation. — Appréciation des distances. — Courses avec obstacles. — Cantonnement. — Transmission des ordres. — Promenades à cheval. — Ordre dispersé. — Déboires de Rhuard. — Initiative personnelle. — Ses résultats.

A revue minutieuse de tous les travaux exécutés à l'Ecole ne peut être que d’un médiocre intérêt pour les initiés, mais il nous semble bon d'en parler, ne serait-ce que pour dire aux barbares qu’on y travaille ferme.

2 LE La saison du tir nous amène à la cible pendant plusieurs jours.

Rien de particulier à signaler ici.

Les balles font des trous dans les panneaux comme dans tous les régiments, les fusils se comportent comme partout ailleurs, les marqueurs découpent et collent des ronds de papier sur les cibles sans

incidents remarquables, les tireurs maladroits sont signalés et maltraités selon les us et coutumes, et en entrant au quartier, au milieu de l'indifférence générale, on reste satisfait d'avoir accompli une besogne banale.

Ça change un peu avec les feux de guerre.

Il nous faut quitter la garnison, chercher au loin, dans les communes voisines, ur endroit assez vaste où nos projectiles puissent s'ébattre à l'aise sans être gênés par les habitations.

Puis, remarque importante, il pleut toujours aux feux de guerre.

Avec nos petites vestes, nos s1cs bondés du diner du jour, nous faisons assez piteuse mine sousl’averse, qui nous ramone l’échine, nous lèche la figure et les mains, sans nous laisser nulle part un seul poil de sec.

Comment tirer, par un temps pareil, sur des cibles que la pluie nous cache, tout là-bas, au diable ?

Aussi les pour cent étaient maigres; heureusement que la gaîté générale était grasse.

On luttait contre le froid et l’eau à coup de gros lazzis, de grosses farces et dé gros rires.

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TRAVAUX DIVERS 185 Difficile aux esprits délicats de pousser de fines pointes à travers l'épais brouillard, dont la panse crevée vomissait sur nos têtes des torrents froids et continus.

A l'heure du diner, nous allions en masse porter la joie et notre argent dans le village voisin, en échange d'une omelette et d'une tasse de café.

Crédié! quelle faim nous avions!

On tirait encore l'après-midi, et la séance se terminait par une prise de position.

On courait, on s'arrêtait, puis on recourait pou s'arrêter et tirer de nouveau.

On sautait fossés, haies, murs et fondrières, à l'aide de commandements rageurs, à travers les coups de sifflet, les sonneries des clairons, les coups de fusil et les feux de salve.

C'était un faisceau de bruits stridents, une nappe de sons variés qui nous secouaient les nerfs et les oreilles, émoustillaient notre ardeur, nous faisaient courir comme des lièvres, bondir comme des cerfs, et nous laissaient, ahuris et bouches bées, quand le clairon, sonnant la halte, nous apprenait que la position était conquise.

Puis, nous revenions à l'Ecole, en chantant à travers la pluie, qui tombait toujours.

Ce soir-là, nous dormions les poings fermés.

Le lenderain des feux de guerre, on se préparait à la revue du dimanche, en grande tenue de service.

C'était un chambard réussi dans la chambrée.

Le nubian coulait à flots, se répandait à l’aide du pinceau sur l'équipement, sur la chaussure, danstous les recoins, sur les bahuts, jusque sur les pieds de châlits. Les mains en gardaient un peu pendant plusieurs jours.

Aussi, comme tous étaient brillants.

Les sections, bien alignées, offraient un beau spectacle.

Un amateur de choses militaires en aurait été ébloui.

Après la revue, liberté pour toute la journée. Nous savons tous que personne n’en abusait,

Ensuite, travaux de campagne au champ de Vilaines.

Arrivés sur le terrain, les équipes étaient désignées, et chaque atelier se mettait à l’œuvre, sous la direction supérieure de l'angle mort.

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Ici, on construisait une cuisine de campagne, plus loin, un atelier découpait les boutisses du revêtement; dans l’angle du terrain, un groupe faisait des fascines et tordait des gabions, tandis que les autres travaillaient à la construction de la grande redoute.

Vestes par terre, manches de chemises retroussées jusqu'au coude, les travailleurs peinaient à la besogne, suaient comme des gouttières, piochant, pelletant, louchant, maçonnant comme des ouvriers à la tâche.

Ici, comme partout, la gaîté ne perdait jamais ses droits, s’alimentait de la maladresse d’un camarade dans le maniement de la pelle, des déboires causés par la boutisse qui se rompt sur le louchet, d’une branche qui se casse dans la fabrication d’un gabion, d'une motte de terre qu’un facétieux lance à un atelier voisin.

Se multipliant sans cesse, l'angle mort était partout pour ne rien voir, se fâchait tout rouge ici, grognait par là sans effet appréciable, se reprenant dans la description du coffre à outils, où personne n’y comprenait goutte.

La journée finie, nous reprenions le chemin du

quartier, avec la satisfaction d’avoir remué beaucoup de terre, coupé beaucoup de branches, taillé de belles tranches de gazon, toutes choses dont nous nous moquions facilement.

Puis, un autre jour, la mise en état de défense d'un bois.

Chacun portait un carton avec papier, punaises, crayons de couleur et gomme.

Un charmant petit bois fait exprès, avec abords dégarnis, routes transversales, se coupant à angles droits, refuge intérieur avec clairière et maison de garde-chasse, se présentait bientôt devant nous.

L’exploration se faisait en commun.

Puis le professeur divisait tout son monde en plusieurs groupes, dont chacun avait une mission particulière.

La lisière devait être défendue par des fossés, des abatis; l’intérieur, par des coupures; le réduit, par des tranchées, des trous de loups, des fougasses ; enfin, tout l'arsenal des travaux de campagne s’abattait sur le bois et sa maison de garde.

On devait fournir un croquis à l'appui des projets.

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Les groupes, de suite formés, se disloquaient pour aller à la besogne.

La lisière était recherchée.

On y trouvait des habitations, des vergers pleins de pommes, de belles jeunes paysannes qui vendaient du lait, des fruits, distribuant partout des œillades naïves et modestes.

La fabrication du croquis en souftrait beaucoup.

Une feuille de papier blanc, rayée de quelques traits rouges et bleus, avec un certain nombre de grosses hachures entrecroisées — les abatis — représentaient en général les défenses de la lisière.

A l’intérieur, les divertissements étaient moindres, mais les cachettes plus nombreuses.

Le dessin en souffrait encore plus.

Somme toute, quand le clairon sonnait le rendezvous, les papiers étaient presque vierges, et une mauvaise note venait, plus tard, punir le paresseux, et réveiller chez lui le souvenir agreste de la belle fille qui lui avait vendu de si bonnes pommes.

La mise en état de défense des haies, murs, clôtures et habizations était peut-être plus récréative.

Aucun croquis à fournir, rien à faire, sinon à écouter les dissertations du professeur, qui indiquait, ici,

un créneau, là, une levée de terre, en arrière, la réserve, à l'extrémité de la ligne, un trou d'embuscade.

Ces exercices étaient très appréciés à l'Ecole, d'autant plus qu'on n’en abusait pas.

Parlons aussi des levés topographiques qui figuraient également au programme.

Il s'agissait de circonscrire un polygone quelconque, et de le coucher sur le papier, à l'échelle voulue.

Individuellement, chaque élève, accompagné de sa planchette et de son déclinatoire, prenait un sentier, allumait bientôt une cigarette pour activer ses esprits, puis, peu à peu, attiré par la fraîcheur des champs, ilse laissait aller à un doux far ntente, qu'interrompait toujours le maudit clairon du rassemblement.

On étudiait aussi parfois les instruments.

Chacun prenait son azimuth et s’en tenait là.

Quelques fumistes, seuls, discutaient avec l'angle mort, dont l'attention détournée permettait aux flâneurs de faire une causette intime.

Parfois, un mouvement nerveux du professeur

ramenait tout le monde autour de l’ecclimètre, pour se disperser aussitôt l'orage passé.

La retouche d'une courbe occupait souvent tout un groupe pendant une après-midi entière.

Posant par ci par là des jalons mouchetés de papiers blancs, on voyait ensuite de nombreux dos courbés prendre des visées dans toutes les directions. |

C'était très intéressant.

D'autres fois, on gratifiait l'Ecole entière d’une étude pratique de l'orientation.

On enseignait les quatre points cardinaux, en affirmant que le soleil se lève à l’est et se couche au sud en passant par l’ouest.

Puis, on posait des problèmes ardus sur les indications que le soleil donne à un point quelconque de son parcours.

Quand le soleil était vidé, on se rabattait sur la lune, dont on discutait la direction des cornes, la signification du trop plein, les indices de la décroissance.

Et ensuite venait l’écorce des arbres exposés au nord, les fourmilières, les girouettes, les marabouts en Afrique, et enfin une foule de choses utiles et agréables.

Cela nous instruisait beaucoup.

Un autre jour, un groupe, armé du fusil et porteur de cartouches à blanc, se cachait comme des braconniers dans un bosquet et nous lançait une fusillade bien tentionnée.

De suite notre attention était éveillée, et à l'aide de la fameuse cadence hectométrique, nous ne trouvions jamais l'éloignement des tireurs.

Cela s'appelait l'appréciation desdistances au son.

Ensuite la séance se terminait par une course aux obstacles, murs d'assaut et banquettes irlandaises.

Individuellement d'abord, les deux mains empêtrées avec le sabre et le fusil, nous bondissions pardessus un fossé profond, pour franchir ensuite un tumulus élevé au bas duquel s’ouvrait une tranchée, béante et profonde.

Nous tombions lourdement au fond, pour en ressortir de suite avec une respiration courte et pressée.

Et en course donc pour le trou d'assaut, où

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