CHAPITRE XIV
LES OFFICIERS INSTRUCTEURS
Le lieutenant-colonel. — Le commandant en second. — Sa mort. — Regrets unanimes. — Ses funérailles. — Les capitaines. — Les lieutenants. — Petits travers et grandes qualités.
E lieutenant-colonel commandant l'Ecole était un officier distingué, aux manières affables et sympathiques, intervenant rarement dans les petites questions de discipline.
Toujours à cheval, il ne manquait jamais un exercice.
Avant la fin de la première pause, on le voyait poindre quelque part, au petit galop d’une 1pe bête, qu'il montait avec élégance.
Correct dans sa tenue, correct dans son langage, facile d’accès, très bienveillant dans ses actes et ses paroles, il sut s’attirer l’estime de tous, tout en conservant le respect et l'admiration.
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Au physique, une légère calvitie donnait un as pect grave à sa figure calme, qu’une chevelure et une moustache toutes blanches rehaussaient, empreignant à toute sa physionomie un air de dignité réelle.
C'était le modèle accompli du gentilhomme militaire à donner en exemple à de futurs officiers.
Toute la promotion se rappelle encore ses excellents conseils, et conservera longtemps le souvenir de ce chef, chez qui la fermeté s'est toujours alliée
à la bonté.
Le commandant en second était aussi un officier d'élite, dévoué corps et âme à la délicate et importante mission qui lui avait été confiée.
Levé dès l'aurore, à cheval avant tout le monde, il arrivait au quartier au moment du départ pour l'exercice, et quittait le terrain le dernier.
Esprit sans cesse en éveil, son attention était continuellement retenue par les plus petits détails de la manœuvre.
Il s'intéressait à toutes les idées-nouvelles, et les derniers tèglements lui doivent beaucoup de leurs innovations.
Exemple frappant d'une discipline sévère, il s’étudiait à une correction de tenue qui imposait le
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LES OFFICIERS INSTRUCTEURS 217
Pendant les revues du colonel, on remarquait le commandant, immobile, à la droite du bataillon des élèves, la main ouverte et bien placée, le port
du sabre réglementaire, sans un mouvement, jusqu’à la fin de l'inspection.
Un jour, aux tirs de guerre, inquiet de voir les élèves exposés à une pluie battante, le commandant enlève ostensiblement sa pèlerine, et reste, en tunique, à cheval, toute la journée, recevant, impassible, les averses glaciales de l’automne.
Le lendemain, une maladie grave s'était déclarée.
Pendant de longs jours, il fut entre la vie et la mort.
Enfin, convalescent, il teprend trop tôt les fonc-
tions qu'il avait quittées à regret, et une rechute en fut la suite.
L'issue était fatale, et quelque temps après il mourait.
L'Ecole était dans une profonde consternation.
Pendant la soirée funeste qui devait nous priver de notre chef, des groupes silencieux se tenaient à la grille et guettaient avec anxiété le planton qui allait à chaque moment prendre des nouvelles du malade.
Enfin, la triste nouvelle est apportée, et un silence morne s'étend sur l'Ecole, une douleursombre étreint toutes les poitrines, et lorsque le clairon sonna pour la dernière fois ce jour-là, les sens vibraient si funèbres, les notes si lugubres, que bien des yeux durent se mouiller de larmes.
Les funérailles furent imposantes, et quand le colonel, dans un discours touchant, entrecoupé de sanglots, faisait de suprêmes adieux à son vieux camarade, les têtes s’inclinaient et des pleurs tombaient sur toutes ces poitrines de soldats.
Le souvenir de cet homme restera longtemps vivace chez tous ceux qui eurent ‘’honneur de servir sous ses ordres.
Les capitaines et lieutenants instructeurs étaient tous des officiers rompus au métier.
Ils avaient les qualités et les défauts qu'on rencontre partout.
Mais comme ils connaissaient très bien leur affaire, l'historien ne peut signaler aucun tic ni travers.
C’est une satisfaction pour lui.
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