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SAINT-MAIXENT. — LES EXERCICES

sée, mais nous ne nous y arrêtons pas trop de crainte qu'on nous riposte que les régiments d'infanterie s'empressent eux-mêmes de passer leurs mauvais gradés, quand un sujet d'élite est demandé quelque part.

Nous pouvons cependant affirmer que les chevaux de manège sont vicieux pour toutes ces causes réunies : un peu, les corps qui envoient les mauvais sujets; un peu, les mauvais cavaliers qui rendent exécrables une excellente bête.

Comment un cheval peut-il être bon si dix hommes différents lui pressent les côtes chaque jour? Chacun apporte dans son équitation un défaut quelconque qui irrite le cheval et l'affole bientôt. Il voit partout des ennemis et il traite chacun comme tel.

Toujours est-il que peu de nos chevaux étaient traitables.

L'un avait des barres d'acier, l'autre était un pzlard éhonté qui brisait les reins, le troisième ruait comme un démon. Résultats : des déboires ct des culbutes.

On commande : À cheval, et nous voilà tous sur le dos d’un bucéphale. Les reprises sont désignées, et on entame l'exercice.

Tout va bien tant que l'allure est le pas, mais au commandement de : Marches au trot! il se produit une certaine désagrégation.

Les distances se perdent, un fantaisiste pique une tête et la reprise s'arrête. On recommence et les plongeurs recommencent également à tâter le tan de leur sinciput.

C'est très gai.

Nous voyons toujours le grand Oudrien dans une de ses chutes homériques.

Il montait un petit cheval barbe, au rein dur et saccadé, qui se trémoussait, même au pas.

Nous partons au trot et Oudrien part en l'air, mais en retombant le petit cheval barbe n'était plus là, et, continuant sa chute, Oudrien arrive au sol sur le dos.

Il fermait l'œil, sa jugulaire semblait l'étrangler, ses deux bras manœuvraient convulsivement dans le vide, ses jambes demandaient grâce.

C'est une vision qui nous est restée fidèle et ncus la passons intacte à nos camarades.

La reprise s'arrête et Oudrien reçoit brutalement

l'ordre de monter à cheval, Il essaie, il essaie, mais il cède à la force et va voir le docteur.

Pendant plusieurs mois, il fut atrocement malade et il raya pour toujours le cheval de son programme. Nous sommes certain qu'il doit être un cavalier émérite maintenant, car la persévérance est toujours récompensée.

Fritz avait de grandes prétentions comme écuyer. Il ne tombait pas trop souvent, mais il paraissait en avoir envie. Ses jambes frétillaient toujours sur les flancs de sa bête, montaient, descendaient, n'ayant jamais l'air en place.

En sautant l'obstacle, Fritz était transfiguré.

Ses bras prenaient des envolées inspirées, ses reins se courbaïent en cerceau, tout son individu montait en l'air plus vite que le cheval, pour retomber sur une partie quelconque de la selle après le saut. Un sourire satisfait illuminait le tout, et Fritz était content.

Un jour, sur le champ de manœuvre, il saute le fossé avec un cheval qui s’abat.

Fritz cogne le sol du dos, se relève un peu inquiet et revient, traînant sa bête par le n2z. Il paraissait ennuyé.

con

06 SAINT-MAIXENT Ce léger incident n’empêcha pas notre camarade de toujours se croire le meilleur cavalier de l'Ecole,

Et ïl avait peut-être raison, car une ferme croyance en soi remplace tout.

John fit un jour une chute inattendue. C'était sa première.

Maintes fois ses mains débiles s'étaient égarées dans une poignée de crins, ou sur le pommeau de la selle; maintes fois ses genoux anxieux avaient rattrapé l'équilibre désespérément perdu, mais jamais de séparation brutale avec sa bête.

C'était dehors, sur le champ de manœuvre. John conduisait la reprise, et le terrain, mouillé, était très glissant. Surveillant le mouvement pour se maintenir à sa place, il néglige les rênes qui flottent un peu trop.

Mal lui en prit, car, au trot allongé, sa monture

s'écrase, et John décrit une trajectoire dont le point d'arrivée était tout indiqué dans une mare de boue.

En tombant, le malheureux entend la voix de l'instructeur, qui ne le plaint pas.

Il se relève instinctivement, un peu défrisé, et dans son trouble, il comprend qu’un camarade obligeant lui dit de monter à cheval, que l’instructeur

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ne l’a pas vu. Excité par cet encouragement, John rattrape sa monture, saute en selle et reprend sa place.

Un brouillard épais lui passe alors devant les

veux, une vague pénombre lui fait entrevoir dans

; le lointain l'instructeur, qui fait des gestes dédai-

gneux. Ses reins semblent conquis par une nuée

| d’épines, son épaule gauche vibre douloureusement,

| ses bras débiles s’affaissent peu à peu, abandonnant les rênes.

| John n'y est plus; il pense aux douceurs du foyer. Encore quelques instants, et une autre catastrophe sera enregistrée à l'Ecole.

Soudain la reprise s'arrête, le cheval obéit plutôt à la voix de l'instructeur qu'à la main de son cavalier, et la vie renaît chez le blessé.

Rien de cassé, si ce n’est le courage qui deviendra plus prudent à l'avenir.

Ronat était un joyeux garçon, fort comme un Turc, habile au gymnase, terrible à l'escrime, et possesseur d'une calvitie précoce qui le rendait intéressant. |

Il adorait le cheval, maïs il lui était impossible de tenir dessus. Au moindre geste illicite, Ronat filait vers le milieu du manège. Souriant et aimable, il remontait à cheval, pour partir bientôt seul dans une autre direction.

Ce Ronat était un fantaisiste de la chute. Il a pu en compter huit dans une même séance. Bien peu peuvent se vanter de telles prouesses.

Ronat fut toujours modeste cependant, et l'instructeur l’estimait pour son courage.

Cette désinvolture dans la culbute valut à notre camarade l'honneur d’appartenir à un premier groupe jusqu’à la fin de l'année.

On réussit souvent par où l’on tombe,

Bériot, maigre comme un vendredi saint, long comme un jour d'attente, armé de guibolles minces, nerveuses, en forme de compas démesuré, avait une manière à lui de monter un cheval de moyenne taille. Face au poitrail, la main dans la crinière, le coude appuyé sur l'encolure, il ouvrait la jambe droite et la lançait par-dessus la bête sans que la jambe gauche quittât terre.

Cela ne l’empêchait pur de bondir quand on marchait au trot.

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Nous le voyons encore, nous précédant dans la reprise, quitter méthodiquement la selle, à chaque foulée, laissant voir la tête de son cheval dans le vide qui se produisait.

Stoïquement, pendant toute la reprise, il bondissait ainsi, sans que ses genoux fassent un effort apparent pour entraver cette gymnastique.

Par contre, le petit de Ratour, gros comme le poing, avec des jambes dont les extrémités dépassaient à peine les flancs de la selle, semblait vissé sur sa monture.

Toutes les allures lui étaient indifférentes, il ne bougeait pas d’un cran.

Les scènes de manège ne sont pas toujours aussi gaies. Il y en a de tragiques.

Un camarade reçoit un jour un coup de pied qui lui brise la rotule : il est réformé après dix mois d'hôpital. Un autre se fracture l'épaule, celui-ci se casse un bras ou se démet le poignet. Autant de malheurs qu’il est inutile de raconter.

Ce sont des éventualités fatales sut lesquelles il ne faut pas s'appesantir.

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(NE SAINT-MAIXENT Et puis, pour une chute malheureuse, combien de culbutes sans résultats.

Un jour de colère, l’écuyer fait claquer sa terrible chambrière.

Les chevaux, affolés, ruent, se cabrent, dansent et s’entassent dans un coin du manège.

Un grand nombre de cavaliers manquent sur les selles. Ils ont semé partout des points à terre.

On se relève sans encombre, et ces scènes se renouvellent des centaines de fois pendant l’année.

Le cheval a excité la verve de camarades facétieux, les artistes ont exercé leur crayon en dessinant des caricatures de toutes sortes.

Nous nous souvenons d'une bique gigantesque exposée dans notre salon d: peinture. Montée sur ses jambes, près de l'instructeur, qui commande : 4 terre et à cheval ! elle attend, en ralentissant l’al lure, que son cavalier prenne place.

Celui-ci, après de vains efforts, s'est décidé à escalader l'obstacle. On le voit grimper aux jambes de l'animal, faisant des efforts surhumains pour arriver à la selle.

Ce qu'il est impossible de peindre ici, c'est l'air piteux, la taille minuscule du pauvre cavalier, l’élancement gigantesque, l'air fier de la bête.

LES EXERCICES C'était très anodin, cette caricature, mais cela nous faisait rire, car c'était d'actualité.

Bien d'autres productions sont dues au pinceau de nos artistes, dont le cheval avait émoustillé la verve.

D'ailleurs, pendant les premiers mois d'école, la conversation topique roulait sur le cheval.

En entrant à l'étude, après une reprise demanège, toutes les têtes se tournaient vers les arrivants. C'étaient des questions, des commentaires qui marquaient la place énorme que tient le cheval dans la

vie d’un élève.

La meilleure preuve, c'est la complaisance avec laquelle nous venons de décrire ici ses frasques.

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