‹ Saint-Malo historiqueChapitre 18 sur 123 · LA COURSE · texte numérisé non relu

LA COURSE

il ne devait pas tirer sous un pavillon autre que le sien. Le navire pris, amariné et conduit en un port français, ne devenait propriété du corsaire qu'après jugement de la cour d'Amirauté ^ déclarant la capture effectuée dans les conditions énumérées ci-dessus. Un cautionnement de 15,000 livres, fourni par le corsaire, répondait des « mal prises ». Jugement favorable rendu, le partage avait lieu comme il suit : un dixième du produit total à TAmiral ; un tiers du produit restant au « bourgeois », c'est-à-dire au propriétaire du navire; un tiers à « l'avitailleur », qui a fourni les vivres, poudres et ustensiles ; un tiers à Téquipage, capitaine, officiers et matelots. Si le « bourgeois » était, en même temps, avitailleur et capitaine, il cumulait naturellement les parts. S'il se formait une société corsaire, telle, par exemple, que la Société des Neuf- Directeurs, fondée à Saint-Malo, en 1711, pour l'expédition de Rio-Janeiro, les parts de prise étaient attribuées à chacun des sociétaires au prorata de ses actions. S'il arrivait, ce qui arriva souvent, que le roi louât à des particuliers ou à des sociétés corsaires, les vaisseaux que le mauvais état des finances ne permettait pas d'armer, ces vaisseaux étaient équipés, munitionnés, commandés par des « avitailleurs » et

1. Ancien tribunal établi dans les principaux ports pour connaître de toutes les causes maritimes.

des capiiaines corsaires ; le roi, en tant que " bourgeois '1, percevait son tiers des prises et profits.

Voilà les règlements, établis par Colbert, qui régissaient la course au xvu' et au xviii' siècle, la grande époque des corsaires. Ils ne furent que très peu modifiés, sous la République, parl^loides 31 janvier- 1" février 1793 et par les arrêtés du 27 mai 1800, du 28 février 1801 et du 22 mai 1803.

Fructueuse était la course ; mais elle était glorieuse aussi. Car, sans parler des croiseurs et des convoyeurs ennemis qu'il fallait à chaque instant combattre, presque tous les navires de commerce étaient alors munis d'artillerie. Les vaisseaux de la Compagnie anglaise des Indes entre autres, les Indiamen, portaient ordinairement de 30 à SO canons. Et sur ces riches mais redoutables proies, couraient de préférence les corsaires malouins.

Quatre fois les Anglais, pourvenger leur commerce anéanti, essayèrent de détruire Saint-Malo, «d'écraser le nid de corsaires >>, De 1603 à 1758, deux bombardements et deux descentes eurent peu ou point de succès'. Plus tard, croisières et blocus ne réussirent pas mieux. Mouillés dans la baie de La Fresnaye, sous les canons du fort La Latte, nos agiles navires attendaient patiemment une nuit de brouillard ou

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