V. Siiges et bombardements, Chapiire II, § u
l6 LE COMMERCE.
d'orage, glissaient entre les mailles du filet britannique et sortaient inaperçus.
En cinquante ans de guerre, ils sortirent près de six cents ^
Ce ne fut pas seulement la course qui enrichit Saint-Malo. Ses hardis négociants faisaient un commerce immense. Ils monopolisaient, sous des noms espagnols, la plupart des échanges avec les colonies fermées du Mexique, du Chili, du Pérou ; et ce trafic périlleux procurait d'énormes bénéfices. Ils envoyaient pêcher à Terre-Neuve, ils tiraient du Canada les fourrures précieuses, ils allaient dans TArabie Heureuse cueillir le café de Moka '2, ils connaissaient, depuis IGOl, la route des Grandes Indes.
Tel était le succès de leurs entreprises que la Compagnie française des Indes, obligée par sa triste
1. Sans savoir exactement le nombre des corsaires armés à Saint-Malo sous Louis XIV, on est sûr qu'il dépassa le chiiTre de 160.
Or, pendant les guerres de Succession d'Autriche et de Sept-Ans, Saint-Malo arma pour la course 194 navires; pendant la guerre d'Amérique, 72; pendant les guerres de la République et de l'Empire, 129; — nous ne comptons pas les navires de commerce armés « pour la sûreté».
2. En mémoire des expéditions malouines à Moka et des premières importations de ce précieux café en Bretagne, tout le quartier de marais récemment desséchés, situé, en Saint- Malo, près du Chemin-Pavé et du Talard, reçut le nom de Moka qu'il conserve encore.