LA PROSPÉRITÉ
situation financière de céder ses droits et privilèges, choisit de les céder aux seuls Malouins, et que Saint- Malo resta, pendant dix années, le siège de la célèbre Compagnie (1709-1719).
Ce premier quart du xviii*' siècle marqua pour notre ville le point culminant de la prospérité. Alors Saint- Malo comptait 19,000 âmes, alors ses députés bourgeois ceignaient Tépée aux États de Bretagne, ses corsaires prenaient des capitales, ses armateurs prêtaient à Louis XIV 30 millions de livres, — loO millions valeur actuelle, — entouraient de magnifiques remparts leur cité agrandie et construisaient en granit les somptueux hôtels qui les dominent. L'or étincelait sur les lambris, Targent remplissait les coffres. Dans les caves aux doubles étages des rues de Toulouse et d'Orléans, on remuait à la pelle les piastres mexicaines. Et l'opulence débordait au dehors. Les maisons de campagne, les châteaux qui ornent les environs de Saint-Servan : La Verdrie, La Ballue, La Giclais, Lorette, La Baronnie, La Guimerais, La Fleurie, ont été bâtis vers cette époque par des Malouins. Grâce à leur attirant voisinage, Aleth, presque abandonnée, se repeupla si bien, qu'en 1780, Saint-Servan, déjà gros faubourg, put former une commune distincte. La fille avait relevé la mère.
Fécond en marins célèbres, Saint-Malo le fut aussi en philosophes, en savants, en littérateurs. A côté de
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Jacques Cartier, de Duguay-Trouin, de Mahé de La Bourdonnais, de Robert Surcouf, prennent place Vincent de Gournay, La Mettrie, Maupertuis, Broussais, Chateaubriand, et d'autres dont ces pages diront les noms.
Que de changements depuis ! et quels changements I
De la ville épiscopale, la Révolution a fait une cure de première classe ; de la cité municipale, privilégiée, à demi autonome, un chef-lieu de district, et, plus tard, une sous-préfecture du département id'Ille-et- Vilaine.
De la ville militaire, de la forteresse invincible, la paix a fait une place insignifiante ; du port des corsaires, un port d'armement pour la grande pêche; d'importation pour les cuirs verts, le charbon, les bois du Nord ; d'exportation pour les volailles, les beurres, les légumes, les fruits; et une station balnéaire, très fréquentée par les Anglais.
Restent les souvenirs. Si « les choses ont leurs larmes », elles ont aussi leurs fiertés.