LE CHÂTEAU GAILLARD
Quand les Malouins, en haine de leur duc Jean V, se donnèrent à la France, le roi Charles VI trouva bon de fortifier une ville qu'il avait alors intention de garder et fit construire, à Saint-Malo, le château Gaillard (1395).
Pourquoi ce nom ? Rappelait-il quelque analogie avec le château fameux dont les restes grandioses dominent la Seine et le val des Andelys r Nous l'ignorons.
Ce que nous savons, c'est que notre château Gaillard était aussi une imposante forteresse. Occupant, de La Bertaudièreau Fort La Reine, tout Tespace actuellement couvert par la prison, la caserne et la rue de la Victoire, accrochant ses murailles aux crêtes du rocher, il défendait, du côté de la mer, le front Nord-Ouest de la ville, ce front si souvent menacé ^ A Y Est, se trouvait son entrée principale. La porte, située au ras de la Cour La Houssayequi lui servait de douves, était flanquée de deux hautes tours dont les bombardes et couleuvrines pouvaient battre, de loin, les approches par le Sillon.
1. II passait pour être le point faible de la ville. Ce fut par là que le Normand Jehan Le Muet tenta d'introduire les Anglais en 1439, et ce fut de ce côté que les Anglais dirigèrent leur machine infernale (1693).
Dans la suite, le château Gaillard fut relié au Château ducal par « le dessous du pavé Saint-Thomas », sorte de chemin couvert ou souterrain, réservé aux deux garnisons.
Mais le nouveau Château craignait cette vieille citadelle qui le dominait. On la démolit (1573-1592); et, de ses matériaux, on bâtit THôtel-Dieu, puis le couvent de la Victoire. Ses ruines même ont disparu.
Le Château ducal ou Château de la duchesse Anne — on dit simplement ici : Le Château — réunit presque tous les genres d'architecture militaire. Il consiste effectivement en un curieux ensemble d'ouvrages appartenant à des époques très différentes, comme nous essaierons de le raconter.
Un jour de mai 1424, les guetteurs de la porte Saint-Thomas accoururent au Manoir épiscopal dire que Tentrepreneur-maçon de Monseigneur Jean VI, maistre Jehan Prévin, assisté de force ouvriers, creusait sur le Gros Sillon, juste à la sortie de la ville, les fondations d'un édifice qui semblait être « chastel ou tour de guerre ». Guillaume de Montfort, seigneur évêque de Saint-Malo, moult s'émut à cette nouvelle, car ville, murailles, portes et faubourgs étaient son bien et celui de l'Insigne Chapitre. Donc, le 29 mai, il se rendit processionnellement, avec ses chanoines, au pont-levis Saint-Thomas, et, devant l'assistance, jeta le caillou ^ par-dessus les murs, qui déjà sortaient de terre, interdisant d'y travailler à l'avenir.
Mais le duc Jean ne fît cas de l'interdiction et poursuivit sans retard l'achèvement de sa forteresse.
1. Geste par lequel on affirmait et revendiquait sa propriété sur 'un terrain en litige.
Ce fut rénorme tour en fer à cheval, aux remparts épais couronnés de mâchicoulis, aux vastes salles d'armes, au toit aigu chevauché par deux tourelles de guet accouplées, tour aujourd'hui connue sous le nom de Gros Donjon, Situé en dehors de la porte Saint- Thomas, ce donjon commandait l'accès de la ville, mais n'en possédait pas l'entrée. Il parut insuffisant pour tenir les Malouins en obéissance.
En 1475, François II de Bretagne, muni d'un bref du pape Sixte IV, imagina de construire autour du Donjon, une enceinte faisant corps avec la place et, par suite, communiquant avec elle : ainsi pourrait-on y jeter des troupes à volonté. François bâtit la tour La Générale, puis mourut. Sa fille, la duchesse Anne, malgré les Malouins, malgré le Parlement de Rennes, continua les travaux commencés. Vers l'année 1501, maistre Robert Mellet avait à peu près fini le gros œuvre du Château.
Le Château formait dès lors le grand quadrilatère qu'il forme encore aujourd'hui : quatre courtines avec quatre tours d'angle ^ ; deux grosses : La Générale ^
1. Ces tours ont un rez-de-chaussée voûté, deux étages et une plate-forme d'artillerie avec embrasures à ciel ouvert. — Selon toutes probabilités, elles furent telles dès l'origine. La lithographie, conservée au Musée, qui représente La Générale coiffée d'un toit conique et pourvue d'embrasures casematées, est moderne et ne saurait constituer un document.
2. Haute de trente-cinq mètres, elle devait dans le plan primitif commt7/ic/cT toutes les autres?.
au Sud-Ouest, La Quic-en-groigne^ au Nord-Ouest; et deux petites : au Nord-Est, la tour des Dames; au Sud-Est, la tour des Moulins. Ce quadrilatère enclavait le Gros Donjon et les anciens ouvrages, savoir : la tour Carrée, accolée à La Générale ; le Pelit Donjon, relié à La Quic-en-groigne ; la vieille courtine et la vieille porte Saint-Thomas, devenues, — après la construction de la courtine, dite de la duchesse Anne, — la seconde enceinte et la seconde porte du Château. L'espace entre les deux courtines faisait avant-cour-.
A l'Est, s'avança plus tard, comme une proue, la pointe appelée La Galère'^.
Originairement, l'anse de Mer bonne baignait, au