SIÈGE DR 14S
François II de Bretagne s'était fait, dans la Guerre folle, rallié de Louis d'Orléans. Il s'en suivit que bientôt après la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier, La Trémoille conduisit devant Saint-Malo son armée victorieuse.
Les Malouins se souciaient assez peu de François de Bretagne et de Louis d'Orléans. Mais le droit de a garde gardienne » cessait en temps de guerre, et la
1. Ogée parle d'un premier siège, en 137;», à la suite duquel l'armée royale reprit Saint-Malo sur les Anglais. Cette annéelà, en effet, Du Guesclin chassa les Anglais des places que Jean V leur avait livrées; mais à Saint-Malo, du moins, il n'y eut pas de siège proprement dit. Salisbury, qui occupait la ville, voyant que les Malouins maudissaient le duc de Bretagne et ses alliés, s'embarqua, sans attendre l'arrivée des Français, et Saint-Malo ouvrit joyeusement ses portes au connétable.
D'autres mentionnent aussi un siège de Saint-Malo par Jean V pour ramener la ville en son obéissance (lui) 2). Ce siège fut un simple blocus.
ville, ayant alors une garnison ducale de 1 ,000 hommes environ, ne pouvait agir comme bon lui plaisait. Les portes restèrent fermées à La Trémoille.
Celui-ci poussavigoureusement le siège. A l'exemple de Jean Bureau, sous Cherbourg, il plaça ses batteries dans Tanse de Trichet, aussi loin que se retirait la mer. Chaque marée les noyait ; néanmoins les canons étaient si bien enveloppés de peaux graissées qu'ils recommençaient à tirer aussitôt que les découvrait le reflux. Cette tactique imprévue déconcerta la défense. Déjà deux brèches étaient ouvertes ^ ; les habitants murmuraient; les troupes ducales s'agitaient, inquiètes. On accepta les conditions qu'offrait La Trémoille : les bourgeois conservaient leurs biens ; la ville, ses privilèges ; les soldats de la garnison sortirent sans armes ni bagages, un bâton blanc à la main.
BOMBARDEMENT DE i6çs «.
C'était pendant la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Le jeudi 26 novembre 1693, vers une heure aprèsmidi, les guetteurs de la tour Notre-Dame virent
1. L'une près de la tour Mouillée; Tautre près de la tour Battue.
2. L'année précédente, une escadre anglo-hollandaise parut au large de Césembre. Elle venait détruire vingt vaisseaux de Tourvillc, qui s'étaient réfugiés dans l'anse de Mer bonne et dans la Rance, après les combats de Barfleur. Mais la défense avait été si bien organisée, l'entrée de la Rance et du port si
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entrer en rade, avec la marée, une flotte de dix vaisseaux de ligne, cinq galiotes à bombes et quelques autres bâtiments, corvettes, brûlots ou brigantins ; à quatre heures, elle achevait de mouiller sous le fort de La Conchée, alors en construction.
Nul ne s'inquiéta d'abord, car on attendait du Havre une flotte française, et ces navires arboraient pavillon blanc. Mais, lentement, les galiotes s'approchèrent des Beys; puis une bombe monta dans Tair.
Aussitôt, grand émoi en la ville. Le tambour battit, la milice prit les armes, des cavaliers galopèrent sur les routes de Rennes et de Dinan, les canonniers bourgeois coururent à La Hollande, les bombardiers du roi aux pièces du Château ; capitaines et canonniers corsaires abordèrent, de mer haute, le Fort Royal, nie Harbour, les batteries des deux Beys. On rendit bientôt feu pour feu. L'attaque et la riposte durèrent toute la soirée et toute la nuit du 26 au 27, sans interruption. Par bonheur, le tir des Anglais était trop allongé. La plupart de leurs bombes s'enfonçaient
fortement barrées de chaînes et d'estacades, soutenues par des bateaux armés de gros canon; des batteries, si judicieusement installées sur les remparts et au pied des remparts, à La Cité, à la pointe du Naye, au Sanitat, à la « Brassaric >^, que Tcnnemi n'essaya point de forcer le passage (Juin 1()9'2).
Nous ne comptons cette tentative ni comme un siège, ni comme un bombardement. Quelques boulets seulement furent échangés.
au delà de l'Éperon, dans le port ou dans les grèves. Cinq seulement tombèrent en ville; une d'elles, éclatant sur la cathédrale, creva la grande verrière du chœur.
Pendant les deux jours qui suivirent, le bombardement continua, tantôt faible, tantôt furieux : plusieurs maisons brûlèrent ; les femmes et les enfants se réfugièrent hors des murs. Le vendredi 27, les Anglais s'amusèrent à incendier les échafaudages du fort de La Conchée et à saccager le couvent des Récollets de Ccsembre. Mais Tartillerie malouine, ayant pris le dessus, força les galiotes de s'éloigner au large des Beys.
Graduellement, le dimanche 29, les mortiers ennemis se turent. Monseigneur le duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne, était arrivé la veille avec de Tinfanterie, des dragons et des bombardiers. La flotte anglaise, sans doute, abandonnait la partie. Calme trompeur I
Entre sept et huit heures du soir, au moment de la pleine mer, tandis que les habitants soupaient tranquillement, une lueur immense rougit le ciel, et une épouvantable détonation retentit. Le sol trembla; les ardoises et les vitres volèrent en éclats; des vagues soulevées inondèrent les rues, des bombes et des pots à feu, dos tronçons de mats, des voiles en tlammes, des canons chargés, s'abattirent sur la ville, défonçant
les toitures, traversant les maisons, des greniers aux caves. Tout semblait foudroyé, anéanti.
Il y avait, grâce à Dieu, plus de bruit que de mal.
On eut, le lendemain matin, l'explication de ce qui s'était passé. A quinze ou vingt toises des remparts, gisait, couchée sur le flanc, la carcasse éventrée d'un gros vaisseau, et, tout autour, des planches noircies, des bombes noyées, des cadavres.
C'étaient les débris d'un brûlot monstrueux, que depuis longtemps, en secret, les Anglais bourraient de poudre et d'artifices.
A la faveur des ténèbres, ce navire aux voiles noires avait passé devant le Fort Royal, gouvernant, dit-on, sur la poudrière de Bidouane où son capitaine espérait l'accrocher. Mais un coup de vent, peut-être la marée, le poussa contre les rochers ^ Il s'y entr'ouvrit : l'équipage, terrifié, alluma les mèches- et courut aux canots, cherchant vainement à fuir. La Machine infernale ne produisit qu'un effet très amoindri : la mer, en s'engouffrant dans la cale, avait mouillé les poudres.
1. La tradition généralement accréditée désigne le Grcs- Malo. Mais des témoins oculaires et beaucoup d'auteurs contemporains affirment que le brûlot vint se briser sur la chaîne de rochers, située entre le Fort Royal et le Fort La Reine. M. de La Borderie soutient cette version. Le peintre Perrot semble aussi l'avoir adoptée dans son tableau : Explosion de la Machine infernale, exécuté pour l'Hôtel de Ville.
Saint--Malo, qui devait ôtre détruit de fond en comble, fut ainsi miraculeusement sauvé.
Revenus de leur effroi, les Malouins se donnèrent le plaisir de renvoyer au commandant anglais quelques prisonniers, avec mission de lui dire que la ville était encore debout, que les dégâts ne se montaient pas à 00,000 livres et que la seule. Tunique victime était un chat, tué sur une gouttière. Peut-être, comme tout bulletin de victoire, ce bulletin était-il un peu flatté.
Quoi qu'il en soit, le lundi 30 novembre, la flotte anglaise leva Tancre et disparut à l'horizon.
Elle reparut trop tôt.
BOMBARDEMENT DE lôçj.
Moins de deux ans après, le 14 juillet 1695, une flotte anglo-hollandaise de trente vaisseaux, quinze frégates, vingt-cinq galiotes et quelques brûlots, mouilla en ligne au Nord de La Conchée.
Les marchands de Londres avaient déclaré que le commerce anglais ne pourrait vivre tant que vivrait !a Cité corsaire, et le roi-stathouder Guillaume III avait donné Tordre à ses amiraux d'en finir, cette fois, avec elle.
Ils obéirent de leur mieux.
Deux jours durant, les vendredi 13 et samedi 10, quinze galiotes, tirant à volonté, lancèrent sur la ville au moins seize cents bombes. Huit à neuf cents y
tombèrent : sept maisons furent complètement détruites; plusieurs centaines endommagées gravement. Le sang-froid des habitants empêcha de plus grands désastres : Tordre régna dans toutes les rues, tandis que les moines, les ouvriers, les femmes mêmes, avec des seaux, du sable, des voiles mouillées, s'empressaient d'éteindre Fincendie partout où les projectiles ennemis l'allumaient.
Cependant, les batteries de La Hollande, du Fort La Reine, du Château et des forts de mer tonnaient sans relâche.
Mais le combat « le plus enragé » se livrait à La Conchée. Ce fort, terminé récemment et puissamment armé, gênait considérablement la flotte ennemie, qui sur lui s'acharna. Quatre vaisseaux de ligne le canonnaient, cinq galiotes y jetaient des bombes, deux brûlots s'y attachèrent et le couvrirent de fer et de feu. Rien ne put ébranler le chef-d'œuvre de Vauban. Jusqu'à la fin, ses pièces casematées envoyèrent des boulets rouges aux Anglais.
Ceux-ci perdirent courage les premiers : le 18 juillet, ils se couvrirent de voiles et s'éloignèrent. L'amiral Barkley aurait avoué que cette expédition lui coûtait plus de 500 hommes, une galiote coulée et deux vaisseaux fortement avariés.
A Saint-Malo, il y eut dix personnes tuées et des dégâts matériels pour 130,000 livres.