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Rome avait tracé le caractère de M. Guizot, à dix-huit siècles de dislance.
Vers celte époque, le malheur frappa cruellement Saint -Marc Girardin. Sa femme se trouvait à Morsang, village presque inconnu des environs de Paris, où M. Tierriet, son père, avait UDO maison de plaifivi'ce. On propose une promenade sur l'e.m. Madame Saint- Marc de Girardin prend place dans une nacelle à voiles avec ses trois sœurs et son tVëre. Tout ce monde s'embarque avec gaieté. Le ciel est magnifique et le paysage d'alentour est splendide. Soudain un coup de vent fait chavirer l'embarcation et précipite dans la rivière les ciat] personnes qui la montent. M. Cliarles Tierriet, le seul qui sût nager, ramène ses deux plus jeunes sœurs, qui s'accrochent au bateau avec toute l'énergie de l'épouvante. Il s'efforce ensuite,
mais inutilement, de ressaisir madame Saint-Marc, qui perd connaissance et disparaît. L'autre sœur, madame Marchand- Dubreuil, revient un instant sur Teaii, puis disparaît à son tour. A cet affreux spectacle les deux jeunes filles sentent leurs forces défaillir. M. Tierriet est épuisé. Tous vont être victimes, quand, à ce moment suprême passe le bateau à vapeur le Louqsor. On entend leurs cris de détresse. Dix passagers se jettent à la nage, et Ton ramène sur le bateau les trois survivants de ce drame terrible, avec le corps inanimé de madame Saint-Marc Girardin. Le cadavre de madame Marchand-Dubreuil ne fut retrouvé que beaucoup plus tard.
Pendant ce temps -là, notre pauvre député se trouvait a la Chambre. Il n'apprit qu'a neuf heures du soir l'irréparable catastrophe.
42 SAINT-MARC GIRARPIN.
Mais tout n'était pas fini, et le draine devait avoir un épilogue. Attaqué d'une maladie de poitrine, résultat de son immersion dans un moment où il était trempé de sueur. M. Charles Tierriet mourut à quelque temps de là.
Le malheur ne frappait pas cette famille pour la première fois. Madame Marchand-Dubreuil, qui venait de périr si misérablement, s'était trouvée veuve le jour même de son mariage. Préfet de Tune de nos provinces, son mari arriva pour faire célébrer son hymen, juste deux jours avant l'insurrection Barbes.
Au sortir de la mairie, entendant battre la générale, il prend son fusil et marche contre les émeutiers. Revenu à son domicile après l'action, il oublie de décharger son arme, et, le lendemain, comme il venait de s'habiller pour conduire sa femme à l'autel, son pied accroche la
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détente du fusil. Le coup part et lui fait sauter le crâne.
Apres le cruel événenient qui lui avait enlevé sa compagne , M. Saint-Marc • Girardin tomba gravement malade. Une fois convalescent, il partit pour Constantinople et revint en France par Athènes, Trieste et Venise, où il rencontra MM. Scribe et Salvandv.
Officier de la Légion d'honneur en 1839 , et membre du conseil royal de Tinstruction publique, il hérita, quelques années après, à TAcadémie française, du fauteuil de Campenon. Ce fut Victor Hugo que le hasard désigna pour répondre au discours du nouvel élu. Le grand poëte, que celui-ci n'avait pas épargné dans sa critique, eut le tort, en cette circonstance, de trop montrer sa rancune.
Il S6 dispensa de faire à 8on collègue les
compliments d'usage, et prononça une harangue toute politique, innovation dont messieurs les immortels ont beaucoup trop abusé depuis, sans compter qu'ils en abuseront encore, si l'on n'y met ordre.
Après le pèlerinage de Belgravesquare, Saint-Marc, au sein de la commission [chargée de rédiger l'adresse à la couronne, s'éleva contre le mot flétris que la majorité des satisfaits voulait infliger aux légitimistes, mais on lui joua le méchant tour de le nommer rapporteur, et il se vit obligé de soutenir à la tribune l'expression même qui avait encouru son blâme. Il lui en coûta huit à neuf suffrages, lors de son élection à l'Institut.
On voit que ce n'est pas d'aujourd'hui que la politique y a ses grandes entrées.
Le professeur pleurait encore sur la
tombe de sa femme, quand il perdit, en 18^6, à peu de distance l'un de Tantre, son père et Pun de ses enfants. Tous ces coups du sort implacable retentirent douloureusement dans son âme, car il ne vivait que par les affections de famille.
Nous trouvons dans les œuvres de Gutzkow, son ami d'Allemagne, le passage touchant qui va suivre :
« Les dernières heures que j'ai passées à Versailles appartenaient à M. Saint- Marc Girardin. Je le trouvai au milieu de sa famille, devant le feu dont on ne pouvait encore se passer le soir, entouré de ses chers petits enfants qui, à huit heures, venaient gentiment donner la main et dire bonsoir. Je compris qu'en France aussi on peut être heureux parmi les siens ^. »