Briefe an» Parit, tome II, page
Le Cours de littérature dramatique du célèbre professeur contient sur l'amour paternel des pages qu'il est impossible de lire sans être profondément émo.
Comme il a compris la sainteté des devoirs d'un père ! Comme il parle admirablement du caractère indélébile et sacré que ce titre imprime ! Nous n'avons cité jusqu'à présent qu'une partie de ses œuvres. Sans établir la liste complète de ses nombreux écrits, il faut mentionner néanmoins ceux qui ont le plus contribué à sa réputation. En voici les titres :
La PMcelle de Chapelain et la Pucelle de Voltaire , — Edouard Gans ; — les Confessions de saint Augustin; — Sou^ venir s et réflexions sur r Allemagne] — Histoire de sainte Affre^ courtisane;'^ la Légende de saint Chrodegung ; — la Reine Sémiramis^ livre traduit du latin, de Jacob Mosenius, jésuite allemand ; —
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l'Ingrat, conte traduit du même antenr; — Grégoire de Tours, — et les Essais de littérature et de morale, recueil d'articles publiés dans difTérenls journaux, Dolammenl dans le Journal des Débats, Il ne faut pas oublier sur cette liste le Traité de instruction intermédiaire et de son état dans le midi de l'Allemagne.
Ce sont les notes du voyage ofBciel que Saint -Marc fut chargé de faire outre- Riiin, dans le but d'approfondir le système d'éducation professionnelle. Sans respect pour les routioes universitaires, il parle avec sympathie de ces écoles mixtes, o£i pourtant l'étude du dessin linéaire a détrôné sans façon l'étude da grec. On devait attendre de lui celte Impartialité. Comme tous les hommes d'un sens droit, il était frappé du vice intolérable qui aflli{;eaiirédacalion française, éducation illogique, imparfaite, aboutis-
« Chaque fois que la société, V ce de ses écoles, fait „„ ,,„,•:
'"' ^'"'^'■» P'«s tord satisfaire, ou „ viendra l'ennemi mortel de son re
Ah I messieurs les démocrates , à orgueilleux et de désœuvrés incan
«e cette réflexion vous reto^'h la tête et tous écrase !
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plus sûre du style de Tauteur et du caractère de son esprit qu'en lisant les deux premières payes de cette étude.
(( La sympathie que Thomme sent pour l'homme, dit Saint-Marc Girardin, est la cause du plaisir que donnent les arts qui procèdent de l'imitation de la nature humaine. C'est par là que nous aimons les statues et les tableaux. Mais c'est au théâtre surtout que celte sympathie s'exerce et se développe, parce que nulle part l'imitation de la nature humaine n'est poussée plus loin. Au théâtre nous ne voyons pas seulement la forme et la ligure de l'homme, nous voyons les mouvements de son cœur. Nous trouvons un plaisir de curiosité morale à observer nos semblables, à voir comment ils vivent et comment ils agissent; à plaindre leurs malheurs, s'ils sont malheureux, et à rire de leurs défauts, s'ils
sont ridicules. Le théâtre satisfait à ce sentiment, par la comédie qui platt à la malignité de T homme, et par la tragédie qui excite sa pitié. Non pas que Thomme aime le malheur d'autrui ; mais il aime la pitié quUl en éprouve. Et comme, au théâtre, la souffrance des personnages n'a rien de réel, il jouit à son aise de son émotion. L'âme se fait un plaisir de l'agitation que lui donne le spectacle des passions humaines, et un plaisir d'autant plus doux que ces passions ne sont qu'une image, une illusion sans dangers.
Ces sentiments impétueux qui poussent au crime les héros tragiques, ces amours qui font leur joie et leur tourment, nous émeuvent et nous attendrissent sans nous inquiéter. Nous nous rassurons, sachant fort bien que nous ne sommes pas enjeu dans les périls de ce genre; nous jouissons sans scrupule de la vue et du voisi*
nage de ces passions, qui sont tournées en plaisirs. Il y a pourtant dans cette jouissance quelque chose de dangereux.
Ce que reprochent au théâtre les prédicateurs et les moralistes, Bossuet, Nicole, Jean-Jacques Rousseau, c'est de croire qu'en amollissant Tâme il ne la corrompt point, et qu'en remuant le levain des passions il ne les fait pas fermenter. »
Certes, il est impossible de donner du théâtre une explication plus claire, plus complète et plus rapide; mais nous ne sommes pas en tout de l'avis du célèbre professeur. Quelques-unes de ses conclusions nous semblent inadmissibles. Ainsi, par exemple, il déprécie beaucoup trop les modernes, pour exalter les anciens outre mesure.
« Ceux-ci, dit-il, n'ont représenté que
IdAINT-lURG aiBAIlDtN.
les passions du cœur humain les plus générales et les plufl communes : l'amour, la tendresse maternellG, la jalousie, la colère. Ces passions, qui sont simples de leur nature, ils les ont représenlées simplement. Le théâtre moderne, au con> traire, cherche, en fait de passions, In exceptions et les curiosités avec autant de soin que le théâtre ancien les érilait. ■ A l'appui de son dire, Saint-Marc Girardin cite Lucrèce Borgia. Lucrèce Bort;ia ! c'est à dire l'amour maternel. Or ce sentiment, n'en déplaise a l'illustre écrivain, n'est ni une exception ni une curiosité. Sans doute il va nous répondre que nous faisons, de gaieté de cœur, un malentendu. Dans le cas présent, ce n'est pas l'amour maternel que je mets en cause, nous dira-t-il, c'est le rapport tout exceptionnel sous lequel l'auteur l'a considéré. Soit, nousaoceptons l'argument;
mais ouvrez, s'il vous plaît, les tragiques anciens, et commencez par VŒdipe de Sophocle. Trouvez-vous qu'un fils qui tue son père et qui épouse sa mère ne soit pas une exception ? Si vous prenez ensuite Euripide, pensez vous qu'on puisse rien voir de mieux, en fait de curiosité théâtrale, que Phèdre amoureuse d'Hippolyte et désirant ensuite sa mort? Les Atrides vous présentent un père qui égorge sa fille, une femme qui égorge son mari, un fils qui égorge sa mère, et ce sont là, vous en conviendrez, — sans faire mention des autres crimes de la race, — de fort jolies exceptions dramatiques.
M. Saint'^Marc Girardin confond trop volontiers le mélodrame plat et boursoufilé du boulevard avec les œuvres sérieuses du théâtre moderne. Quand il imagine une scène ridicule de sa composition
pour prouver ce qu'il avance i, il imite, comme le fait observer M. Clément de Ris avec beaucoup de vérité, ce docteur candide qui argumentait contre son bonnet, et qui en réfutait victorieusement les raisons.
Ces réserves posées, le Coitrs de littérature dramatique est une des œuvres les plus substantielles que nous ayons dans le genre. Jusqu'à ce jour , Saint- Marc Girardin est peut-être le seul critique moraliste du siècle; mais ses préceptes sont trop rigoureeux, trop exclusifs.
Ainsi que le dit fort bien M. Charles Labitte, dans la Revue des Deux Mondes du 1*^' février 1845, il oublie trop que la fantaisie est la dixième muse. Platon n'eût pas chassé de sa république les poètes que