Voyez l'Appendice 1, à la fin du volume
2. Multa illi circa commilitones benignitas, mira caritas ; patientia vcro atque humilitas ultra humanum modum. Quibus
ceux, qui étaient dans la peine, à nourrir les indigents, à vêtir ceux qui étaient nus. De tout ce qu'il recevait du gouvernement, paye et ration, il ne gardait que ce qui était indispensable pour sa nourriture quotidienne ; le reste était distribué aux pauvres. Sans souci du lendemain, selon la recommandation du divin Maître, il marchait à grands pas dans la voie des conseils évangéliques.
Déjà depuis plusieurs années, il s exerçait à la pratique de ces vertus, lorsque, unjourd'biver, il rencontra devant une des portes de la ville d'Amiens, où il était alors en garnison, un pauvre complètement nu. Le froid sévissait avec une telle intensité, que beaucoup depersonnes,ne pouvant en supporter les rigueurs, périssaient misérablement. Le malheureux dont nous venons de parler avait en vain fait appel à la charité de tous les passants ; il n'avait rencontré qu'indifférence. Martin, le voyant ainsi abandonné, en conclut que Dieu le réservait à ses soins *. Ainsi raisonne la charité vraiment chrétienne, quand elle a fermé ses oreilles aux objections de la sagesse mondaine, pour ne les ouvrir qu'aux inspirations de l'Esprit-Saint. Cependant notre brillant officier de cavalerie était assez en peine de ce
rébus itasibiomnes oommilitones snos deYlnxerat| utenm miro a£Eectayenerarentar. d (SiUpic, Sever., loo, dt.)
1. Intellexit vir Deo plenus sibiillum reservari. {Sulpic, Sever. îûc, cit.). Ce trait de la vie de saint Martin eut nn grand retentissement dans tout le pays. Non-senlement une cbapelle fut bâtie à l'endroit où saint Martin divisa son manteau, et une église, à la place de rhôtellerie où il eut sa vision, mais encore plus de 140 églises furent dédiées sous son invocation dans le diocèse d'Amiens.
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qu'il devait faire : car son cœur avait déjà vidé sa bourse, et il ne lui restait plus en ce moment que la chlamyde * dont il était couvert. Mais une pensée lumineuse a traversé son esprit ; il saisit son glaive, coupe en deux son manteau, en donne la moitié à l'indigent et se drape de l'autre moitié comme il peut. Aussitôt les uns de tourner en ridicule cet acte sublime, et les autres plus sensés, de l'admirer et d'envier la générosité de sa grande âme. Rougissant de leur égoïsme en présence d'une telle abnégation, ces derniers regrettaient de l'avoir contraint à ce sacrifice.
Martin, indifférent à ces louanges comme à ces moqueries, poursuivit sa route, le cœur joyeux d'avoir protégé un membre souffrant du Christ son Dieu. Le soir venu, il prit son sommeil à l'ordinaire. Soudain, il voit se dérouler devant ses yeux un magnifique spectacle. Le Christ, environné d'une multitude d'anges, vient se placer en face de lui, comme l'empereur devant son armée. Mais, chose merveilleuse ! le Sauveur n'est couvert que de la moitié de la chlamyde dont Martin a revêtu le pauvre mendiant. « Martin, dit le Seigneur, reconnais-tu ce manteau ? » Après la réponse affirmative de son serviteur fidèle, Jésus, se tournant vers les phalanges angéliques : € Voyez, s'écrie-t-il d'une voix puissante, voyez ce vê- € temeuti Cest Martin^ encore catéchumène^ gui € m'en a couvert. Et la vision disparaît. »
Une vision divine ne laisse pas, comme les fantômes de l'imagination, l'âme dans le vide et le vague
1. La chlamyde était un manteau militaire porté parles cava* liers romains.
regret d'une ombre fugitive. Elle laisse au contraire après elle comme des traînées lumineuses et fécondes, qui nourrissent le cœur et illuminent Tintelligencc. Martin en fit l'heureuse expérience. Sous l'influence de la grâce dont il venait d'êti'e Êivorisé, son cœur, loin de s'élever dans l'engouement de la vanité, se sentit abîmé dans la connaissance de son indignité ; et le sens mystérieux de cette parole: c Martin encore catéchumène! » retentit jusqu'au fond de son âme. Il y avait là un enseignement caché, quelque chose comme le doux reproche d'une mère qui prie son fils de s'unir plus étroitement à elle par les liens de la famille, comme une invitation à la régénération baptismale.
Saint Martin le comprit. Aussi, à partir de ce jour, il n'eut pas de repos qu'il n'eût reçu les grâces fondamentales que confère ce sacrement. Mais quelle fut la main qui versa sur son front Teau qui donne la vie?
On croit assez généralement que ce fut celle de saint Hilaire de Poitiers *. La vérité nous oblige de
1. L*histoire apocryphe des Septs Barmans de Marmoutiers, attribuée si faussement & saint Grégoire de Tours, dit que saint Martin reçut le baptême des mains de saint Paul, patriarche de Constantinople. Mais l'histoire s'oppose à cette assertion sans fondement : car, d'une part on voit saint Martin à Amiens peu de temps avant son baptême, et non pas à Constantinople ; d'autre part, à l'époque où les événements politiques auraient pu amener dans cette dernière ville notre saint catéchumène,saint Paul était mort en exil (360). Peut-être y a-t-il un récit traditionnel caché sous cette contrefaçon de la vérité ? Et peut-être y avaitil à Marmoutiers des documents parlant du baptême conféré à saint Martin par saint PanUn archevêque de Trêves ? De P(«wlin on aurait fait Paul,
dire que cette opinion ne nous paraît pas fondée. Outre qu'elle est, ce semble, en contradiction avec le texte de Sulpice-Sévère ', nous n'avons trouvé aucune trace du baptême de saint Martn dans tous les documents traditionnels de l'Église de Poitiers. Il nous parait plus probable que ce fut à Trêves et (le la main de l'illustre saint Paulin, évêque de cette ville ^t originaire du Poitou, que notre saint fut baptisé. C'était vers l'an 349 ou 350.
L'empire romain était alors déchirt5 par des guerres intestines. Magnence, après avoir fait mourir Constant, l'un des fils de Constantin le Grand , avait pris la pourpre, s'était emparé des trois Gaules, de l'Italie et de l'Afrique, et s'avançait à rencontre de Constance , autre fils de Constantin , qui se préparait à venger son frère. Le tyran n'avait laissé sur les frontières du Rhin que quelques troupes de cavalerie pour surveiller les barbares de la Germanie. Saint Martin faisait probablement partie de ce petit corps de réserve *, que les monu-
1. Cette contradiction ressort de ce que dit Sulpice- Sévère du motif qui détermina saint Martin à venir se placer sous la conduite de saint Hilaire, après avoir obtenu son congé. Il n'aUègue que la réputation de foi et de vertu que. s'était acquise saint Hilaire. n eût dit autre chose s'il avait existé antérieurement des relations spirituelles entre ce^ deux saints.
2. Saint Martin, d'après Sulpice- Sévère, n'a pris part à aucun combat à partir du jour de son baptême jusqu'à son congé, c'està-dire pendant 2 ou 3 ans, d'après le même auteur. Or il fut congédié en 354 , vers le mois de février ou de mars ; donc U n'a pas suivi Magnence dans son expédition contre l'empereur Constance, qui eut lieu entre les années 361 et 363. D'ailleurs Sulpice- Sévère, par son silence même sur cette guerre intestine, laisse assez à entendre que saint Martin n'y participa point.
ments historiques nous montrent principalement cantonné dans les environs de Trêves *.
Quoi qu'il en soit , notre saint, une fois régénéré par les eaux vivifiantes du baptême, sentit un dégoût profond de la vie des camps. Les événements politiques qui agitaient l'empire n'étaient pas de nature à modérer cette aversion, qu'il n'avait fait taire jusque-là que par la puissante autorité du devoir. Mais désormais son titre de chrétien baptisé lui conférait un droit à la retraite que les lois romaines reconnaissaient, du moins implicitement" ; et son désir de se consacrera Dieu par la vie monastique s'ajoutait encore à ce droit '. Il résolut d'en réclamer les bénéfices. Mais les circonstances étaient difficiles : les chefs courageux et expérimentés étaient plus que jamais nécessaires. Saint Martin, qui était parvenu par son mérite au grade de commandant de deux compagnies*, ne pouvait se retirer sans laisser un vide immense dans la légion dont il faisait partie. Son tribun ou colonel, qui l'estimait et l'aimait comme un ami , le supplia de ne pas l'abandonner, lui promettant, s'il consentait à ce sacrifice, de le suivre comme un disciple dans la
D'où U faut conclure que puisque, pendant cet intervalle, il demeura dans les cadres de l'armée, il a dû faire partie du corps de réserve stationné sur la frontière des Gaules.